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17/08/2015

Le roman de monsieur Molière, Mikhaïl Boulgakov

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Assis face à une feuille de papier dans sa maison russe, Mikhaïl Boulgakov imagine en 1932 la naissance de Jean-Baptiste Poquelin et donne des conseils à l'accoucheuse pour qu'elle mette au monde sans maux cet enfant qui sera un génie. L'auteur russe, amateur de théâtre et adorateur de Molière, nous raconte l'enfance du comédien, ses journées passées dans les théâtres parisiens avec son grand-père, ses disputes avec son père tapissier du roi et son envol hors de la maison lorsqu'il décide de monter sa troupe de comédiens au grand désespoir de son père. Les ennuis débutent alors pour Molière qui forme un couple passionné par le théâtre avec Béjart et prêt à tout pour se faire un nom sur les planches. Les honneurs, la protection de Louis XIV, la gloire et les haines des hommes d'Eglise, des médecins, des Précieuses, des auteurs et comédiens jalousant son succès inspirées par ses oeuvres Tartuffe, Les Précieuses ridicules et Dom Juan.

Mikhaïl Boulgakov retrace la vie du comédien avec passion et brio. L'auteur russe aime profondément le dramaturge français et cet attachement rend ce livre très touchant. Ce n'est pas une biographie froide et neutre mais une ode au théâtre et une déclaration d'amour à Molière. Le roman de Monsieur Molière est passionnant. J'ai eu envie de le lire parce que j'aime cet auteur mais je pense que des lecteurs n'appréciant pas forcément ses pièces peuvent lire avec plaisir ce roman. Au collège, je n'aimais pas particulièrement Molière lorsqu'on l'étudiait en classe mais en le lisant en prépa et à la fac j'ai appris à aimer Molière et à comprendre son immense génie et sa modernité. Boulgakov ne raconte pas que la vie de Molière mais il narre également les aventures et déboires des comédiens et auteurs de l'époque et la vie à Versailles. J'ai beaucoup aimé l'écriture de Mikhaïl Boulgakov empreinte d'ironie et qui écorche les médecins de l'époque, les catholiques et leurs représentants et les ennemis de la culture et du rire. Le roman de monsieur Molière est un monument à la gloire du comédien érigé avec amour et admiration.

" Une accoucheuse qui avait appris son art à la maternité de l’Hôtel-Dieu de Paris sous la direction de la fameuse Louise Bourgeois délivra le 13 janvier 1622 la très aimable madame Poquelin, née Cressé, d’un premier enfant, un prématuré de sexe masculin.
Je peux vous dire sans crainte de me tromper que si j’avais pu expliquer à l’honorable sage-femme qui était celui qu’elle mettait au monde, elle eût pu d’émotion causer quelque dommage au nourrisson, et du même coup à la France.
Et voilà : j’ai une veste aux poches immenses et à la main une plume non d’acier, mais d’oie.
Devant moi se consument des bougies de cire, et mon cerveau est enflammé.- Madame, dis-je, faites attention au bébé, n’oubliez pas qu’il est né avant terme. La mort de ce bébé serait une très grande perte pour votre pays.- Mon Dieu ! Madame Poquelin en fera un autre
- Madame Poquelin n’en fera jamais plus un semblable, et aucune dame n’en fera de semblable avant un certain nombre de siècles."

Fanny

31/07/2015

Nous étions les Mulvaney, Joyce Carol Oates

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Dans les années 70, la famille Mulvaney vit à Mont-Ephraim, une petite ville rurale des Etats-Unis située dans l'Etat de New York. Cette famille est heureuse et vit en harmonie avec les animaux et la terre dans une ferme qui est si importante pour eux qu'elle devient un véritable personnage dans le roman. Les quatre enfants du couple Mulvaney, Mike, Marianne, Patrick et Judd s'aiment et vivent un bonheur qui semble idyllique. La famille Mulvaney est parfaite et chaque être humain sain d'esprit rêverait d'en avoir une identique.

Judd, le narrateur et le cadet de la famille, est âgé d'une trentaine d'années lorsqu'il décide de raconter l'histoire de sa famille et de lever le voile sur toutes ces années qu'il n'a pas comprises et durant lesquelles sa famille si formidable s'est désagrégée. Dès la première page le lecteur comprend que quelque chose de grave s'est produit et que cette famille enviée par tous a été la victime des quolibets, de la jalousie et de la bêtise des habitants de leur petite ville. Leur bêtise et leur violence les a détruits et Judd cherche à comprendre comment cela a pu se produire.

Joyce Carol Oates dresse le portrait de cette famille heureuse durant les deux cents premières pages de son roman et le lecteur averti cherche à deviner ce qu'il va bien pouvoir arriver. Les possibilités se réduisent rapidement et le lecteur comprend ce qu'il va arriver à l'unique fille de la fratrie des Mulvaney. (Le roman ne reposant pas sur le suspense je me permets de vous dire ce qu'il va se passer mais si vous ne voulez pas le savoir arrêtez votre lecture ici !).

Lors du bal de la Saint-Valentin, Marianne, ivre, est violée par un camarade de classe de son frère Patrick. La honte et la culpabilité l'empêchent de parler et de porter plainte contre le jeune homme. Marianne s'enferme dans un silence destructeur et la colère et le désespoir de la famille ne font que croître. Partout, dans la ville et dans le lycée, on entend des quolibets et des commérages. Finalement, les Mulvaney n'ont que ce qu'ils méritent, pense la plupart des gens.

Le lecteur souffre bien entendu avec cette famille qu'il a appris à aimer dès le début du roman, comme le père il désire aller tuer ce jeune homme, comme Patrick il ne supporte pas de le voir assis en classe comme si de rien n'était et comme Marianne, il cherche une consolation quelconque.

Puis, le couple honteux n'a plus rien à offrir à leur fille désespérée. Elle est la cause de leur rejet par les gens de la ville et ils n'osent plus poser les yeux sur elle. Marianne s'en va, elle est exilée par ses parents. La fracture de la famille vient de ce choix lâche des parents. Judd, trop petit au moment des faits, n'a pas vraiment compris ce qu'il se passait et pourquoi Marianne vivait chez une tante loin de la ferme et n'était pas invitée à passer Noël avec eux. Mike et Patrick en veulent à leurs parents et détestent la lâcheté de leur père qui a choisi d'abandonner Marianne. Joyce Carol Oates pointe du doigt l'hypocrisie de la société américaine dans laquelle le paraître est roi et où les commérages se mêlent à la vérité sans que l'on cherche à les distinguer. Elle écorche également ce couple Mulvaney qui semble être un modèle et qui finalement est trop puritain et pas assez courageux pour défendre leur fille. Les deux aînés quittent la maison et s'éloignent de Judd et de leurs parents.

Chaque chapitre suit alors un personnage différent et nous montre comment il tente de se reconstruire loin et sans cette famille qui se désagrège petit à petit. Il ne reste rien des flamboyants Mulvaney du début du roman.

J'ai eu un véritable coup de coeur pour Blonde qui fait partie de mes romans préférés et j'ai eu envie de découvrir un nouveau roman de Joyce Carol Oates cet été. Nous étions les Mulvaney n'est pas un coup de coeur mais j'ai beaucoup aimé ce pavé. Je trouve que ce roman est construit avec une grande intelligence et une grande sensiblité. La narration est particulièrement ingénieuse: en racontant l'histoire de la destruction de sa famille, Judd cherche à  assembler les différentes pièces de puzzle mais il veut aussi comprendre comment un événement peut ruiner la vie de toute une famille.

" Les familles sont comme ça, parfois. Quelque chose se détraque et personne ne sait quoi faire et les années passent...et personne ne sait quoi faire. "

La romancière est impitoyable avec la société américaine et avec cette culture du paraître et j'ai également aimé qu'elle égratigne l'image idyllique donnée par les parents. L'écriture de Joyce Carol Oates est très belle. Pour conclure, Nous étions les Mulvaney est un roman poignant et sensible qui ne peut pas laisser insensible son lecteur.

"Mais ce document n’est pas une confession. Absolument pas. J’y verrais plutôt un album de famille. Comme maman n’en a jamais tenu, totalement véridique. Comme la mère de personne n’en tient. Mais, si vous avez été enfant dans une famille, quelle qu’elle soit, vous en tenez un, fait de souvenirs, de conjectures, de nostalgie, et c’est l’oeuvre d’une vie, peut-être la grande et la seule oeuvre de votre vie. "

Fanny

08/07/2015

Kouri, Dorothée Werner

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En février 1950, une rescapée d'un camp de la mort traverse la France et l'Allemagne en train pour aller témoigner au procès de deux anciennes gardiennes du camp.

Cette femme, surnommée Kouri par les résistants, est Germaine Tillion. Ce voyage sera l'occasion pour Kouri de replonger dans son passé et de se confronter à ses souvenirs du Monde Noir qu'elle ne parvient pas à regarder en face. Ce grand plongeon dans ces malheurs passés qui la poursuivront jusqu'à la fin de sa vie sont nécessaires puisqu'ils lui permettront de faire un choix. Les deux anciennes gardiennes du camp sont jugées pour avoir tranché la tête de prisonnières de camp. Kouri les croit innocentes de ces actes barbares en particulier mais elle sait également qu'elles en ont commis bien d'autres. Alors que faire ? Témoigner contre ces deux femmes qui ont recommencé leur petite vie tranquillement après la guerre, comme si de rien n'était? Les faire condamner pour un crime qu'elles n'ont pas commis et venger enfin, leurs victimes de toutes les autres horreurs qu'elles ont commises dans le camp? Ou alors défendre coûte que coûte la vérité quitte à ce que ces deux monstres soient relâchés? Opter pour la vérité n'est-ce pas trahir tous ces morts ? Mentir n'est-ce pas trahir ce pour quoi ces femmes ont cherché à survivre dans cet Enfer, c'est-à-dire trahir ce besoin de crier haut et fort la vérité et de dénoncer le sort qu'elles ont subi ?

Kouri sait que son témoignage pourrait faire basculer le verdict. Le lecteur plonge dans son esprit qui tente de résoudre ce dilemme en se remémorant certains épisodes de sa vie en Afrique lorsqu'elle était ethnologue, puis ces terribles moments dans les camps avec sa mère et enfin la libération et le retour à une vie dite normale mais qui ne le sera plus jamais. Kouri revoit ses chers disparus; son père décédé lorsqu'elle était enfant, sa nourrice, sa mère et ses amies mortes dans les camps mais aussi l'homme qui l'a trahie ou les bourreaux du Monde Noir.

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Ce roman est un long monologue qui s'inspire de faits réels mais qui n'est pas une biographie de Germaine Tillion. J'ai trouvé qu'il était plutôt difficile de débuter le roman. La forme peut surprendre puisqu'il ne se passe presque rien dans ce roman: les pensées vont et viennent et le lecteur les suit uniquement. Je crois que j'ai également mis du temps à accrocher à ce roman pour une cause qui lui est extérieure: j'avais envie de découvrir un peu plus la vie de Germaine Tillion récemment inhumée au Panthéon mais en ce début de vacances cette lecture était grave et peu légère. Le style de Dorothée Werner est très beau. Une fois que l'on s'est plongé dans le début du roman, la suite se lit avec beaucoup de plaisir. Enfin, l'auteur pose des questions primordiales et qu'il est important d'avoir à l'esprit tout au long de notre vie sur le courage face à des événements extraordinaires, la justice et le plus souvent l'échec de la justice face à la barbarie, l'insoumission, la lâcheté, l'honneur, la fidélité à soi même et aux siens et le devoir de vérité et de mémoire.

Je remercie Babelio et les éditions JC Lattès pour cette lecture enrichissante ! 

Fanny

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26/06/2015

Les confessions de Mr Harrison, Elizabeth Gaskell

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Charles vient passer quelques semaines chez son vieil ami le docteur Harrison. Il rencontre l'épouse de son ami et leur bébé. Le premier soir de leurs retrouvailles, Charles demande à Will qui deviendra plus tard Frank (ce roman a été publié en feuilleton dans les journaux et au fil des chapîtres Elizabeth Gaskell a oublié le nom de son héros) de raconter comment il a rencontré son épouse. Will narre à son ami son arrivée à Ducombe, petit village de l'Angleterre, et toutes ses péripéties matrimoniales.

Le début de son récit n'est pas sans nous rappeler le début d'Orgueil et préjugés: "Il était une fois un fringant jeune homme à marier" courtisé par toutes les dames des environs lors de son arrivée. Le jeune médecin londonien s'installe avec une veuve sans le sou qui doit tenir sa maison et travaille avec Mr Morgan, un vieil ami de son père. Dans un village où une majorité de dames vit, les potins se répandent comme une traînée de poudre.

De quiproquos en malentendus, le héros va être confronté à des promesses de mariages qu'il n'a pas faites, à des colères de père dont il n'a pas cherché à séduire la fille et au mépris de vieilles filles qui n'ont pas la langue dans leur poche.

Tous les rebondissements du roman rappellent l'intrigue d'une comédie théâtrale. Ce court roman d'Elizabeth Gaskell est plaisant à lire mais n'est pas inoubliable.

J'ai aimé retrouver l'ironie de l'auteur mais elle est moins présente que dans Cranford. Le portrait des commères de villages et des règles de bienséance entre les hommes et les femmes est très intéressant. Nous sommes parfois désespérés pour notre héros et il est effrayant de voir comment le moindre mouvement de gentillesse ou d'attention d'un homme pour une femme pouvait avoir des conséquences catastrophiques pour ce dernier.

Pour conclure, j'ai bien aimé ma lecture mais j'ai tout de même été déçue de ne pas retrouver la qualité de Nord et Sud ou de Cranford. Cela doit s'expliquer par les conditions de l'écriture du roman rédigé rapidemment pour être publié dans un journal.

Fanny

Lu dans le cadre du mois anglais chez Martine, Cryssilda et Lou !

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24/06/2015

Rebecca, Daphné Du Maurier

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Maxim de Winter, marqué par la mort de son épouse, tente d'oublier ses malheurs à Monte-Carlo pendant que Madame Van Hopper  se repose avec sa dame de compagnie, la narratrice et l'héroïne du roman. Madame Van Hopper tombe malade et son absence permet à Maxim de Winter d'inviter pour des promenades en voiture ou des repas la jeune et modeste dame de compagnie. Sur un coup de tête, Madame Van Hopper veut partir pour les Etats-Unis avec sa femme de compagnie alors que celle-ci est tombée amoureuse de Maxim au fil de leurs rencontres. Il lui propose de choisir entre suivre Mme Van Hopper en Amérique ou de l'épouser et de vivre à Manderley.

Sans le connaître réellement, la narratrice épouse Maxim et devient la maîtresse du domaine de Manderley alors qu'elle n'avait jamais rien possédé de sa vie. Cette demeure est remplie de secrets et l'époux est bien plus énigmatique que prévu. La nouvelle Madame de Winter souffre de timidité et ne parvient pas à s'imposer comme la maîtresse de maison. Le fantôme de l'ancienne Madame de Winter, Rebecca, se dresse entre le couple et entre la narratrice et les domestiques. Rebecca est toujours dans l'esprit de tous et l'héroïne a l'impression qu'elle peut apparaître à tout moment.

Sa gouvernante, Madame Danvers prend garde à conserver toute chose dans la maison comme cela l'était un an auparavant lorsque Rebecca était encore vivante. Cette détestable et effrayante Mme Danvers malmène la narratrice et va jusqu'à lui conseiller de porter le même costume que Rebecca lors du bal organisé à Manderley par Maxim en l'honneur de sa nouvelle épouse.

Un bateau s'échoue près du domaine et un scaphandrier retrouve le bateau de Rebecca. Contre toutes attentes, le corps de Rebecca est à l'intérieur. Qui repose dans la crypte à sa place? Pourquoi et comment un accident si bête a-t-il pu se produire alors que Rebecca savait naviguer ? Par quoi ou par qui les trous dans la coque ont-ils été faits? Est-ce un suicide ? Un meurtre?

Les personnages et le lecteur se poseront toutes ses questions jusqu'à ce que la vérité soit révélée à la narratrice. Le lecteur et l'héroïne croiront connaître la vérité mais il n'en est rien. Ils se rendront compte que celle-ci cache un autre secret dont la révélation sera tout à fait inattendue.

Certains aspects du roman laissent apparaître l'héritage des soeurs Brontë. J'ai souvent pensé à Jane Eyre: la personnalité effacée au début du roman des deux héroïnes mal à l'aise en société, celle énigmatique de Maxim et de Rochester ou encore les secrets autour de la première femme.

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Rebecca est un roman très prenant qu'il est difficile de lâcher une fois commencé.

Etant adolescente j'avais vu l'adaptation d'Hitchcok mais finalement j'avais oublié certains éléments de l'intrigue donc j'ai été emportée par les mystères et par l'ambiance qui règnent à Manderley.

J'ai vraiment adoré les premières pages du roman que je trouve très belles et pleines de poésie. Je crois que "J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley" est devenu aussi célèbre que le "Longtemps je me suis couché de bonne heure" de Proust.J'ai parfois eu envie de secouer la narratrice ou Maxim de Winter pour qu'ils mettent des claques à Danvers mais le couple qu'ils forment est attachant. Pour conclure, je suis conquise et Rebecca devient mon roman préféré de Daphné Du Maurier. 

(J'ai choisi de lire cette ancienne traduction de Rebecca avec des coupures pour une raison sentimentale, ce livre appartenait à ma grand-mère et à ma mère et j'avais juste envie de lire la même version qu'elles.)

Fanny

Lu dans le cadre du mois anglais chez Lou, Cryssilda et Martine. 

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13/06/2015

La Chaine d'Amour, Daphné du Maurier

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La Chaine d’Amour est le premier roman de Daphné du Maurier. Il s’agit d’une saga familiale dans laquelle on suit quatre générations. On découvre tout d’abord Janet Coombe alors qu’elle est encore une toute jeune femme sur le point d’épouser son cousin Thomas. Ils vivent à Plyn, petit port de Cornouailles où Thomas dirige le chantier naval. Janet a toujours été plutôt singulière. Elle aime la mer et aurait voulu être un homme pour pouvoir partir à la découverte des océans. Jeune mariée, elle goûte un temps le plaisir d’avoir un mari aimant, sa propre maison ainsi que les joies de la maternité, mais elle se retrouve vite rattrapée par son attirance irrésistible pour la mer. Janet a six enfants mais n’est véritablement proche que de Joseph, son deuxième fils. Ils partagent tous les deux cette passion pour la mer et sont liés par une relation fusionnelle. Janet va vivre son rêve de conquérir les océans à travers Joseph, qui devient marin et travaille dur pour obtenir son brevet de capitaine. Lorsqu’il l’obtient, un navire est fabriqué dans le chantier naval familial avec une figure de proue à l’effigie de Janet. Cette surprise est la joie ultime pour Janet.

Dans la deuxième partie du roman, on suit la deuxième génération de cette famille et plus particulièrement Joseph. Bien qu’épanoui sur les eaux, il cherchera toute sa vie à retrouver une complicité équivalente à celle qu’il a eu avec sa mère, à présent décédée. Il place tous ses espoirs en son fils ainé Christopher, auquel il s’efforce de transmettre sa passion pour les eaux. Cela devient son seul et unique but, allant jusqu’à l’obsession. C’est donc naturellement que dans la suite du roman on suit le destin de Christopher puis celui de sa propre fille Jennifer, portrait craché de son arrière-grand-mère Janet…

Difficile de parler de cette histoire sans trop en dévoiler…. J’ai beaucoup aimé ce roman car il nous fait découvrir des générations et personnages très différents mais tous très intéressants, même les plus sombres. J’ai particulièrement aimé le personnage de Jennifer. Née plusieurs décennies après Janet, elle ose aller contre la bienséance et prendre son indépendance pour suivre ses envies et ses rêves. C’est également elle qui apporte la vengeance tant attendue depuis plusieurs générations dans cette famille.

La mer occupe une place importante dans ce roman. Bien que très différents, tous les membres de la famille Coombe sont liés par la mer et la passion qu’elle inspire. Qu’ils s’éloignent du petit port de Plyn volontairement ou non, ils finissent tous par y revenir.

Daphné du Maurier nous offre ici également une très belle fresque des passions humaines en dépeignant entre les personnages l’amour, la solidarité tout comme la haine et la vengeance. J’ai avant tout été marquée par la belle relation entre Janet et Joseph. Leur relation est forte et fusionnelle au point de ne plus laisser aucune place aux autres membres de la famille. C’est ce lien et la transmission par la mère de sa passion à son fils qui cèlent le destin de Joseph ainsi que des générations suivantes. J’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur nous dépeint les relations au sein de cette famille. J’ai navigué avec les personnages et ai été tenue en haleine jusqu’au bout !

Emilie

12/06/2015

Un assassinat de qualité, Ann Granger

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Dans ce troisième tome des aventures de Lizzie et Ben Ross, notre couple de héros, désormais marié et logeant à Londres, se trouve confronté à une nouvelle séries de meurtres.

Ann Granger plante dès le premier chapitre le décor des rues de Londres enveloppées par le fog et dans lesquelles il est dangereux de se déplacer. Alors qu'il rentre chez lui, Ben Ross entend une femme qui court et qui semble fuir quelque chose ou quelqu'un. Il heurte une jeune prostituée qui dit avoir été attaquée, comme d'autres de ses camarades, par le spectre de la Tamise qui n'apparaît que les soirs de brouillard. Ben ne croit pas à ces histoires à dormir debout et tente de rassurer la jeune fille. Le lendemain matin, alors que le brouillard a disparu, le corps d'une jeune femme appartenant à une classe sociale élevée est retrouvé dans Green Park. Allegra Benedict était très belle et elle était l'épouse d'un riche marchand d'art. Ben commence son enquête. Bessie, la femme à tout faire du couple Ross, affirme bien connaître la dame de compagnie d'Allegra Benedict. Elle a rencontré Miss Marchwood dans un groupe qui lutte contre l'alcool et ses dérives et qu'elle fréquente le dimanche. Lizzie, accompagnée par Bessie, intègre ce groupe pour se rapprocher de Miss Marchwood et pour mener son enquête en toute discrétion. Alors que les recherches de Ben n'avancent pas, il apprend par Daisy, la jeune prostituée au début du roman, qu'une de ses amies a disparu depuis une semaine. S'ajoute à cela le silence obstiné de Miss Marchwood qui semble être terrifiée par quelqu'un ou par quelque chose.

Ce fut un véritable plaisir de retrouver notre couple british! Tout comme les deux premiers volets, ce roman fut vraiment plaisant à lire. J'ai retrouvé tous les éléments déjà apprécié dans les autres romans: le cadre anglais, la fin du XIXe siècle, l'intrigue et les personnages attachants. Cette enquête est surtout menée par Ben et Lizzie est plus absente que dans les précédents tomes. Cerise sur le gâteau: comme pour les volets précédents, la couverture est très belle.

Si vous n'avez pas encore rencontré le couple Ross, foncez !

Fanny

Roman policier lu dans le cadre de la lecture commune autour d'Ann Granger pour le mois anglais organisé par Lou, Titine et Cryssilda.

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