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19/04/2015

Le cercle des plumes assassines, JJ Murphy

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Présentation de la maison d'édition:

 Critique, nouvelliste, poète, et plus tard scénariste, Dorothy Parker fut l’un des piliers de la célèbre Table Ronde de l’hôtel Algonquin, où déjeunaient ensemble les esprits les plus caustiques de New York. Dans ce roman qui nous fait revivre les années 20, elle se retrouve malgré elle au centre d’une enquête criminelle. Un matin, elle découvre, sous la table habituelle du cercle d’amis, un inconnu poignardé en plein cœur. Pour compliquer l’affaire, un jeune outsider, venu du Sud, un certain William (« Billy ») Faulkner, qui rêve de devenir écrivain, apporte un témoignage troublant. Il prétend avoir eu un furtif aperçu du tueur… Bientôt il sera traqué aussi bien par la police que par les malfrats les plus redoutables de la ville.

Dans un rythme endiablé, ce roman qui allie suspense et humour nous plonge dans l’ambiance de Manhattan à l’époque de la Prohibition. On y croise gangsters notoires, stars de cinéma, légendes littéraires, des personnes réelles côtoyant des êtres de fiction. Jeux de mots, propos acidulés, insultes à peine voilées : les répliques fusent comme des tirs de mitraillette, le tout dans une joyeuse anarchie.

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 Comme chaque jour à 13h, Dorothy Parker entre dans le restaurant de l'hôtel de l'Algonquin pour manger avec ses amis et confrères journalistes et auteurs mais surtout pour partager les derniers ragots et rivaliser de bons mots et de piques assassines. Alors que Dorothy Parker s'installe à la Table Ronde, elle découvre deux jambes dépassant de dessous la table. Elle pense alors que ses amis, portés sur la bouteille, sont déjà ivres. Elle se trompe amèrement, l'homme n'est pas ivre mais mort. Commence alors pour Dorothy et ses amis auteurs, journalistes et critiques qui se surnomment eux-mêmes le cercle vicieux une enquête pour retrouver l'assassin de leur confrère Mayflower tué avec un stylo-plume.

Le cercle vicieux est directement montré du doigt par la police et par les journaux à scandales puisque Mayflower a été retrouvé sous la Table Ronde qui est uniquement réservée à Dorothy Parker et à ses amis. Notre héroïne rencontre alors un jeune sudiste, William Faulkner, venu à New York pour devenir écrivain qui affirme avoir vu le tueur dans le hall de l'hôtel juste avant la découverte du cadavre. Dorothy est touchée par ce jeune homme qu'elle prend sous son aile et qu'elle présente au cercle vicieux. Suite à ces déclarations, Dorothy, son ami le plus proche Benchley et Faulkner sont poursuivis et menacés par un tueur en série qui veut les réduire au silence...

Dorothy Parker et ses amis vont se retrouver dans des situations improbables décrites avec beaucoup d'humour par JJ Murphy. Ils rencontreront des gangsters, traqueront un assassin, se cacheront sous des lits pour trouver des preuves dans l'appartement de la victime, risqueront d'être arrêtés parce qu'ils se moquent allègrement des inspecteurs de police et iront boire pour oublier toutes ces péripéties.

Avec beaucoup de talent, JJ Murphy plonge le lecteur dans le New York de la Prohibition et des années folles. Le lecteur est entraîné dans tout New York: il pénètre dans une imprimerie, dans un troquet malfamé ou encore dans des soirées littéraires où les invités vont se servir du punch caché dans la baignoire. A cette époque, William Faulkner cherche sa voix et Dorothy Parker est davantage connue pour ses répliques acidulées que pour sa poésie. A ma grande honte je ne connaissais pas Dorothy Parker, c'est une faute corrigée grâce à JJ Murphy. J'espère la lire très prochainement.

J'ai aimé suivre ces personnages, fictifs ou réels, qui ne manquent pas de mordant. Le cercle des plumes assassines est très original, atypique et totalement farfelu. L'intrigue policière est parfois oubliée au profit de l'humour et de scènes décalées et loufoques. Elle en devient même secondaire. J'ai franchement ri en découvrant certaines situations dans lesquelles se trouvent les personnages ou leurs jeux de mots et répliques piquantes rendus avec beaucoup d'intelligence par la traductrice Hélène Collon. On est presque parfois jaloux de la vivacité d'esprit et de l'humour corrosif de Dorothy. Le cercle des plumes assassines est le premier tome d'une série de romans policiers.

Comme vous l'aurez compris, j'ai énormément apprécié cette lecture et ce roman est un régal à lire.  

" Dorothy Parker observa les jambes immobiles qui dépassaient de la nappe, sous la Table Ronde de l'Algonquin.

Ça m'apprendra à arriver en avance, songea-t-elle.

D'habitude, elle n'arrivait jamais en avance nulle part. Souvent elle était même la dernière. Mais ce jour-là, malgré toute sa bonne volonté, quelqu'un l'avait précédée.

- Eh bien, on roule déjà sous la table alors qu'on n'a même pas déjeuné? Lança-t-elle en s'adressant aux deux jambes. Même moi, j'attends midi passé pour tomber si bas."

 

" Le téléphone sonna. Elle décrocha machinalement. C'était encore Mickey Finn.

- Raccrochez-moi au nez une fois de plus et vous serez la prochaine sainte à entrer au paradis.

- Au paradis, moi? Vous vous êtes trompé de numéro."

 

Je remercie infiniment Madame Liebow et les éditions Baker Street pour cette lecture mordante !

Fanny                                                                                             40eedf0fdabe3928abf88e5170f09aa7_400x400.jpeg

 

 

27/03/2015

L'Affaire Protheroe, Agatha Christie

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La vie est paisible et même un peu ennuyeuse à Saint Mary Mead. Les vieilles demoiselles se retrouvent autour d'une tasse de thé pour échanger les derniers commérages, tout le village se connaît et les jours se suivent sans surprise.

Jusqu'au jour où le pasteur Monsieur Clément donne rendez-vous au colonel Protheroe dans son bureau. Un petit fait de plus sans importance, seulement voilà, quand le pasteur arrive dans son bureau, le colonel Protheroe est mort. Détesté par tous, le colonel avait mille et un ennemis qui souhaitaient sa mort et le pasteur lui-même avait affirmé quelques jours auparavant que sa disparition serait bénéfique au plus grand nombre. Alors que les inspecteurs et le pasteur lui-même enquêtent sur ce crime, le peintre du village M. Redding va se livrer à la police. Son pistolet est l'arme du crime, il a été le dernier à voir le colonel vivant et il s'est disputé avec lui peu de temps auparavant... Tout concorde et l'affaire est sur le point d'être classée lorsque Madame Protheroe s'accuse d'avoir tué son mari... Les inspecteurs ne savent plus où donner de la tête et le pasteur ne sait plus quoi penser de ses ouailles. Heureusement, parmi ces vieilles dames vivant tranquillement dans un cottage, espionnant tout, furetant partout et commérant sur toute chose, il y a Miss Marple. Avec son sens inouï de l'observation, avec sa logique infaillible et sa connaissance approfondie de la nature humaine sans même sortir de son jardin, elle aidera Monsieur Clément et les enquêteurs à retrouver l'assassin !

L'Affaire Protheroe est le premier roman dans lequel le personnage de Miss Marple apparaît. Le pasteur Clément est au centre du roman: il en est le narrateur, le crime est commis chez lui, il suit les inspecteurs dans leurs investigations mais il écoute également les avis de sa voisine Miss Marple. L'héroïne d'Agatha Christie se fait discrète dans ce roman. Comme toujours, elle est bien trop intelligente pour nous autres, vils mortels (tout du moins pour moi) et elle trouve infailliblement l'assassin. La fin du roman est très surprenante et le récit est mené tambour battant sans ornements descriptifs.

Pour conclure, comme toujours , j'ai eu un immense plaisir à lire ce roman d'Agatha Christie et j'ai ressenti une véritable tendresse pour Miss Marple.

Fanny

23/03/2015

L'Art d'écouter les battements de coeur, Jan-Philipp Sendker

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Le père de Julia, Tin Win, a disparu depuis quatre ans. Un jour, il a pris un avion pour une prétendue réunion à Boston et il n'est jamais revenu. Partagée entre la colère, l'incompréhension et la tristesse, Julia découvre un carton contenant les documents de son père et une lettre d'amour adressée à une mystérieuse Mi Mi vivant en Birmanie. Elle décide alors de partir à la recherche de son père en Birmanie, son pays natal. Sur place, elle va rencontrer un homme énigmatique, U Ba, qui semble en savoir bien plus sur son père qu'elle même. Le voyage de Julia va la conduire à la découverte de la Birmanie, de sa culture et de ses croyances mais surtout à la découverte du passé de son père dont elle ne sait rien. U Ba lui raconte alors l'histoire d'un enfant maudit par les étoiles, abandonné par ses parents, capable d'entendre les battements des coeurs et follement amoureux d'une jeune fille de son village. Petit à petit, Julia va retrouver les traits de son père dans ceux de cet enfant.

L'Art d'écouter les battements de coeur est un conte moderne. Les prémonitions et les étoiles guident les Birmans et cette culture laisse une large place au surnaturel et à l'extraordinaire. J'ai aimé la narration enchâssée : U Ba raconte à Julia le passé de son père qu'elle nous rapporte à son tour. J'ai aimé l'aspect merveilleux de certains extraits et l’immersion dans la culture birmane qui nous offre un regard différent sur la vie, l'amour et la mort. Cependant, je crois que l'aspect merveilleux du conte m'a empêchée de m'attacher véritablement aux personnages. La fin du roman est vraiment très surprenante.

J'avais lu d'excellentes critiques avant de participer à la masse critique de Babelio. J'ai été déçue de ne pas plus aimé le roman et de ne pas plus être touchée par la quête de Julia et par l'histoire de son père. Pour sa défense, j'ai lu L'Art d'écouter les battements de coeur juste après mon grand coup de coeur pour La Promesse. C'est toujours bien difficile pour un roman qui suit un coup de coeur...

Pour conclure, L'Art d'écouter les battements de coeur est un conte moderne empreint d'orientalisme agréable à lire mais pas inoubliable.

Je remercie vivement Babelio et la maison d'édition Le Livre de Poche !

 

Fanny

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09/03/2015

La Promesse, Jean-Guy Soumy

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Résumé de l'éditeur: « Une femme deviendrait un homme. Une morte, un vivant. Cela ne se peut... »Et pourtant... Camille, jeune armateur bordelais qui a toujours vécu sous l'emprise de sa mère, se retrouve contraint par la justice d'incarner dans son procès « le corps et la voix » de sa cousine Jeanne, accusée d'« homicide contre elle-même ». Nous sommes à la veille de la Révolution et le royaume intente des procès aux suicidés, coupables du pire des crimes contre Dieu et contre le roi : s'ôter la vie. Si le fait est reconnu, la sentence est terrible : la mémoire de la condamnée doit être « éteinte et supprimée à perpétuité », son cadavre traîné dans les rues, face contre terre, puis pendu, et enfin jeté avec les immondices et cadavres d'animaux, comme « indigne d'une sépulture chrétienne ». 

Comment Camille pourrait-il accepter que Jeanne, sa Jeanne, soit traitée ainsi ? Des années plus tôt, à l'âge du premier grand amour, il a laissé sa famille le séparer de Jeanne. Toutes ces années, comme ils se l'étaient promis, elle l'a attendu. Il n'est pas venu. Il en a épousé une autre. Jeanne a fini par se tuer, de chagrin. Comme si elle avait compris que seul cet acte, le plus tabou qui fût dans la société de l'époque, pouvait les réunir, par-delà la vie et la mort. Et révéler, enfin, Camille à lui-même, en l'obligeant à honorer la promesse de leurs quinze ans.

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Dès le début du roman, Isabelle de Gralis, aristocrate et négociante bordelaise, annonce à son fils, Camille, que sa cousine s'est suicidée. Cette cousine c'est Jeanne, son amour de jeunesse qu'il n'a pas vue depuis une dizaine d'années et avec laquelle il avait vécu de magnifiques instants à la campagne dont il a pris soin de refouler les souvenirs depuis qu'il est adulte. Au XVIIIe siècle, le suicide est reconnu par l'Eglise Catholique et par la Justice comme un homidice contre soi-même et du même fait contre le Roi et contre Dieu. Le cadavre du suicidé est enfermé en prison en attendant son procés. Le "criminel" doit alors être représenté par un membre de sa famille lors de son procès et doit essayer de se défendre par delà la mort et grâce à la voix du vivant.

Camille va devoir venir le corps et l'âme de Jeanne lors de ce procès. La peine encourue est double: le corps de la suicidée sera traînée face contre terre dans la ville, pendue sur la place publique et enterrée hors de la terre sacrée et sa mémoire sera effacée, son nom n'apparaîtra plus sur aucun registre et ce sera comme si elle n'a jamais existé. Le XVIIIe siècle et ce sujet sont très intéressants à découvrir. Camille est prêt à se battre pour défendre le corps et la mémoire de sa cousine quitte à fâcher sa mère et à choquer le tribunal.

Ce procès va forcer Camille à enquêter sur les circonstances de la mort de sa cousine mais il va surtout lui permettre de faire un voyage dans le temps. Il va devoir revivre son passé, comprendre sa relation amoureuse adolescente avec sa cousine et surtout comprendre pourquoi il n'a pas respecté la promesse faite à sa cousine.

J'ai adoré ce roman qui est un véritable coup de coeur pour moi ! La Promesse est une très belle surprise ! Je trouve que la narration est très intéressante: le récit nous est raconté par un narrateur externe qui nous permet d'appréhender l'histoire de manière objective puis le héros nous rapporte les événements en dévoilant ses sentiments, ses troubles et ses souffrances. Un dialogue s'instaure entre Jeanne et Camille par delà la mort puisque certains chapitres nous donnent à entendre la voix de Jeanne.

La psychologie des personnages, leurs sentiments ou leurs motivations nous donnent l'impression de bien les comprendre. Camille, son frère Bertrand et Jeanne sont attachants. L'écriture de Jean-Guy Soumy est très poétique. Ce roman est délicieux à lire et le sujet abordé est inhabituel et passionnant !

 

"Allons ! Je t'en prie, Camille ne sois pas triste. Le suis-je, moi? Nous sommes de nouveau réunis. Certes, il a fallu que les événements se précipitent... Me précipitent. Au fond, c'est bien ainsi. Je ne regrette rien. Il n'y avait pas d'autre issue.

Tout au contraire, réjouis-toi! Nous allons de nouveau passer de longues heures ensemble. Éprouver la douce fusion que nous avons jadis connue. Nous allons réaliser ce vœu qui nous tenait à cœur. Notre promesse, t'en souviens-tu? Ne t'inquiète pas, je ne souffre plus.

Mais, Camille, tu ne m'entends toujours pas? "  

 

Fanny

Je remercie très vivement la maison d'édition Robert Laffont et Babelio qui m'ont offert ce roman dans le cadre de la masse critique. Merci de m'avoir fait découvrir ce roman et cet auteur !

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05/03/2015

Baronne Blixen, Dominique de Saint Pern

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Quelle a été ma joie lorsque j'ai découvert la publication de Baronne Blixen ! J'ai lu La Ferme Africaine à 18 ans, dans une petite chambre d'étudiant, tard le soir. Au lieu de réviser les ennuyeuses kholles du lendemain, j'ai voyagé sur un autre continent et dans un autre siècle. Karen Blixen m'a permis de voyager à un moment de ma vie où j'en avais terriblement besoin et elle a ouvert pour moi une fenêtre sur le monde et sur l'Afrique. Ce roman compte pour moi et je lui dois beaucoup.

Baronne Blixen est un roman autobiographique sur la plus célèbre des auteurs danoises. Dominique de Saint Pern nous entraîne sur les pas de Karen Blixen pendant quelques années seulement.

La première partie du roman débute par le tournage de Out of Africa et relate la rencontre de Meryl Streep et Clara, ancienne secrétaire de Karen Blixen et sa testamentaire littéraire. Ensemble, elles visitent des lieux chers à Karen Blixen, retrouvent Tumbo l'enfant noir aimé par Karen devenu grand-père et Clara permet à Meryl Streep de comprendre l'auteur et de rentrer petit à petit dans son rôle. A l'ombre de la terrasse d'une maison dans laquelle Karen venait se réfugier lorsque les ennuis la poursuivaient, Clara raconte à Meryl Streep et aux lecteurs les années qui ont conduit Karen Blixen à la faillite et son retour au Danemark.

Dans la deuxième partie, Dominique de Saint Pern se concentre alors sur l'effondrement d'une femme qui avait tout donné à sa ferme. Karen Blixen, la chasseresse, la planteuse de café, la protectrice de ses kikuyus, la femme aimée par Denys Finch Hatton ne cesse de voir le sol s'effondrer sous ses pas et perd tout ce qui lui permettait de vivre: sa ferme, son amour et sa liberté. Loin du très beau film de Pollack Out of Africa, Dominique de Saint Pern ne nous raconte pas l'apogée de la vie de cette aventurière et de cette amoureuse passionnée mais elle nous relate son lent déclin et ses multiples renonciations. Elle nous dresse le portrait d'une femme ruinée mais héroïque qui se bat pour défendre les droits de ses gens et qui accepte de perdre l'homme qu'elle aime au profit d'une autre avec dignité. Karen et Denys ne forment plus le couple idéalisé par le cinéma américain mais leur histoire passée et revécue par Karen jusqu'à la fin de sa vie n'en reste pas moins flamboyante.

Dans la troisième partie du roman, le lecteur assiste à la résurrection du phénix qui renaît de ses cendres. Karen Blixen ne peut plus être l'aventurière qu'elle a été, elle doit alors se trouver un nouveau masque et s'inventer de nouveau comme un auteur pourrait le faire pour ses personnages. Au Danemark, elle travaille sur son propre personnage de conteuse aristocrate et de sorcière qui envoûte les jeunes poètes des environs. Karen Blixen devient alors le grand auteur nobélisable. Dans sa vie privée, elle joue les tyrans et les protectrices. Elle tyrannise Clara, sa secrétaire, elle passe un pacte digne du diable avec un jeune poète danois et elle manipule son monde comme un marionnettiste pourrait le faire avec ses marionnettes selon Dominique de Saint Pern. La dernière partie du roman relate le déclin physique de l'auteur et sa gloire américaine.

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J'ai adoré ce roman qui se lit avec beaucoup de plaisir. L'auteur a choisi de ne pas aborder certains moments de la vie de Karen Blixen, j'étais donc contente d'avoir lu cet été la très riche et complète biographie de Judith Thurman qui me permettait de compléter les manques que d'autres lecteurs ont pu avoir. J'ai beaucoup aimé la construction du roman et la plume de Dominique de Saint Pern.

J'ai eu la chance de visiter la maison de Karen Blixen au Danemark cet été et j'ai vraiment adoré pouvoir visualiser les différentes pièces et le parc décrits par la romancière. Baronne Blixen m'a également permis de faire un voyage dans le temps et j'avais l'impression d'être de nouveau dans la maison de Karen Blixen !

Pour conclure, si vous aimez les romans d'aventures, les romans d'amour et si vous aimez lire des destins de femme flamboyants, ce très beau roman ne peut que vous plaire !

" L'Afrique, l'immense et somptueuse Afrique, lui ouvrait ses bras. Une petite voix lui avait bourdonné au fond de sa tête: "L'Afrique aura raison de tes lunes noires." Alors, elle sut. Elle était arrivée quelque part, il lui serait enfin possible d'appartenir à un endroit, d'y posséder une maison à elle. Une poignée de minutes avait suffi pour savoir qu'entre elle et ce pays totalement inconnu des liens se tisseraient dont il lui avait été impossible d'imaginer la force."

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(Photographie de la maison de Karen Blixen au Danemark, visitée cet été)

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Claire !

Fanny

25/02/2015

Wild, Cheryl Strayed

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Dans Wild, Cheryl Strayed fait parcourir aux lecteurs les chemins sombres de son passé et ceux épuisants mais lumineux du Pacific Crest Trail.

Le Pacific Crest Trail ou en français le Chemin des Crètes du Pacifique est un chemin de randonnée qui débute à la frontière mexicaine et qui se termine à la frontière canadienne. La vie de Cheryl est sens dessus dessous, plus rien ne va et elle accumule les malheurs: le décès de sa mère bien aimée, la dislocation de sa famille, l'éloignement de son frère et de sa soeur, son divorce et ses soirées où se mêlent drogue et relations sexuelles avec des inconnus. Cheryl est au bout de tout et d'elle-même: elle ne supporte plus ni son mode de vie ni elle-même. Elle se lance alors dans une longue marche qui doit durer plus de trois mois et la faire traverser plusieurs Etats. Cette marche de la dernière chance et de la rédemption doit lui permettre de vaincre son passé et de dompter le fantôme de sa mère. Les paysages arides, désertiques et enneigés défilent sous les yeux du lecteur qui a la chance de voyager avec Cheryl. Le lecteur partage tout: ses pieds souffrent lorsque les ampoules et les ongles noircis empêchent Cheryl de marcher, il a peur lorsque des inconnus douteux l'abordent alors qu'elle est seule en pleine forêt et meurt de soif lorsque notre héroïne ne trouve pas de points d'eau en plein désert. Cheryl Strayed nous permet d'effectuer avec elle un magnifique et inoubliable voyage. C'est un vrai coup de coeur pour moi!

Ce roman est tellement plaisant à lire ! Que cela fait du bien de suivre une telle héroïne ! Les émotions que suscite ce roman sont diverses et le lecteur ne peut pas rester de marbre. Il est ému, profondément triste lorsque Cheryl se souvient de son passé chaotique, il admire l'héroïne lorsqu'elle ne cesse de repousser ses limites sur le chemin et il est plein d'espoir à la fin du roman. Je conseille ce roman à tous les aventuriers, qu'ils le soient réellement ou qu'ils rêvent de péripéties lorsqu'ils rentrent fatigués et lassés du travail, à tous les amoureux de la nature et à tous ceux qui aiment les histoires lumineuses. 

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J'ai pu voir le film avec une exceptionnelle Reese Witherspoon dans le rôle de l'auteur et je l'ai bien aimé! Le roman est plus marquant mais le film est fidèle et provoque également toutes ces émotions variées chez le spectateur.

Avez-vous lu le roman ou vu le film? Qu'en avez-vous pensé?

Fanny

22/02/2015

Lecture commune Elizabeth Gaskell

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Nous nous sommes lancées avec joie dans la lecture commune organisée par Fanny pour le challenge XIXe siècle. Ce challenge devait nous amener à lire un roman d'Elizabeth Gaskell. Emilie a choisi Femmes et filles et Fanny Cranford. 

 

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Cranford est un charmant petit village dans lequel vivent presque uniquement des femmes, sorte d’Amazones rejetant et craignant les hommes. Le lecteur est invité à entrer dans un décor fait de cottages, de rues pavées, de dentelles, de thés et de scones par une narratrice, extérieure au village mais logeant chez Miss Matty. Nous nous retrouvons donc dans un groupe de vieilles filles de bonne famille mais pauvres. Leur vie quotidienne est animée par des parties de cartes et de thés fumants pendant lesquels les commérages vont bon train. Un rien surprend ces femmes qui ne sont jamais sorties de leur village et qui fuient les hommes. Leur excitation est à son comble lorsqu'un magicien débarque à Cranford et leur effroi est à son apogée lorsqu'une série de cambriolages a lieu dans le village. Et que dire de leur stupéfaction lorsqu'elles remarquent que leurs domestiques fricotent avec des garçons du village ou lorsqu'elles apprennent qu'une dame de leur groupe prévoit de se remarier! La narratrice, Mary Smith, est parfois aussi crédule que ces dames mais elle s'amuse aussi avec le lecteur de leur ridicule. Le lecteur sourit, rit parfois devant les réactions et répliques de ces vieilles dames tendres et étonnées par toute chose. Malgré leur peur des hommes et malgré l'image aristocratique qu'elles tentent de défendre, ou qu'elles font semblant de défendre, elles deviennent amies avec tous ceux qui ont le coeur bon, à l'image de Monsieur Brown qui les choque tout d'abord par son peu d'éducation et par ses goûts littéraires ou le docteur Hoggins véritable rustre selon elles.

Ce roman est délicieux de bout en bout. Chaque chapitre nous plonge un peu plus dans ce petit univers que l'on voudrait visiter véritablement. Petit à petit, le lecteur rencontre de nouveaux personnages et il s'imagine finalement très bien à la table de ces dames et échangeant des ragots avec elles. Nous ne pouvons que nous attacher à ces personnages tendres, drôles (parfois malgré eux), modestes et généreux. La pudeur est également l'un des beaux sentiments de cette communauté: l'attachement entre deux personnages se lit plutôt à travers un serrement de main plus intense que par de longs discours. Tout est infiniment joli dans ce roman qui ne ressemble à aucun autre. Elizabeth Gaskell montre sa grande maîtrise de l'ironie (qui n'est pas sans nous rappeler celle de Jane Austen) et de l'émotion calculée au millimètre près. Son écriture est magnifique et très élégante.

J'avais adoré Nord et Sud et j'ai tout autant aimé Cranford même si les deux romans sont incomparables. Vous l'aurez compris, Cranford est un chef-d'oeuvre plein d'humanité et d'une tendresse contagieuse. Elizabeth Gaskell est un auteur à lire et à relire au plus vite !

 

Avez-vous vu l’adaptation de Cranford par la BBC? Qu'en avez-vous pensé?  

Fanny

 

 

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Dans les années 1820, Molly Gibson vit dans la petite ville rurale anglaise de Hollingford. Sa mère est décédée alors qu’elle était encore une toute petite fille et elle a été élevée par son père, médecin très respecté et apprécié de sa communauté, pour devenir une jeune femme généreuse, douce et intelligente. Molly est proche de son père et lui est très attachée. M. Gibson quant à lui, s’il n’est pas très démonstratif, reste néanmoins un père totalement dévoué à sa fille dont il veille au bonheur mais aussi à la bonne éducation. Ainsi, quand il découvre que l’un de ses apprentis s’est épris de sa fille, il envoie Molly quelques temps chez ses amis, les Hamley, une grande famille aristocratique des environs habitant un magnifique château. Molly y devient une amie chère de Mme Hamley et parvient également à adoucir M. Hamley, au premier abord un peu bourru. Les Hamley finissent par considérer Molly comme leur fille, eux qui n’ont que deux fils, Osborne et Roger. Molly va d’ailleurs avoir l’occasion de les rencontrer lors d’une de leur visite à leurs parents et va particulièrement se lier d’amitié avec Roger, le cadet de la famille et grand passionné de sciences. Pendant cette absence de Molly, son père décide de se remarier et ce dans l’intérêt de sa fille. Très absent du foyer du fait de son travail, il désire avoir un chaperon et surtout une mère pour Molly, maintenant que celle-ci entre dans un âge où de nouveaux enjeux se présentent et face auxquels le père sent que la présence d’une femme pour sa fille serait bénéfique. Il va donc épouser Mme Kirkpatrick, elle aussi veuve et qui a une fille de l’âge de Molly : Cynthia. Ce mariage est un bouleversement pour Molly qui a du mal à s’en réjouir. Sa vie va être complètement changée par l’arrivée de cette belle-mère, avec laquelle elle va devoir composer, et de cette demi-sœur, à laquelle elle va beaucoup s’attacher mais qui va se révéler très différente d’elle.

Le sous-titre du roman est « An Everyday Story » et c’est bien ce qui nous est offert par l’auteur. Elizabeth Gaskell nous dépeint ici plusieurs familles et s’intéresse plus particulièrement aux relations familiales : entre père et fille, mère et fille/belle-fille, père et fils etc et c’est ce qui rend le roman très riche en fournissant beaucoup de matière pour les intrigues de l’histoire. Le roman est aussi très  drôle. Gaskell utilise à ravir l’ironie jusqu’à parfois pousser les personnages jusqu’à la caricature, pour le plus grand bonheur du lecteur… Mme Gibson, par exemple, est ainsi bien sûr obnubilée par le désir de marier Cynthia et Molly et de préférence sa fille avant sa belle-fille même si elle se défend de traiter Molly comme sa propre fille. Ce désir est pour Gaskell l’occasion de nous offrir des scènes et discours de Mme Gibson très drôles !

Les personnages sont très attachants mais surtout intéressants car ils évoluent beaucoup au cours du roman. Molly, notre héroïne m’a beaucoup plu car elle est pleine de qualités mais présente aussi ses petits défauts ce qui la rend plus réelle et crédible. Je l’ai trouvée très touchante dans sa relation avec son père et son destin m’a tenue en haleine. Le roman est long mais je ne me suis pas du tout ennuyée, au contraire ! Les nombreux personnages offrent des moments drôles qui viennent rythmer une intrigue très intéressante. Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est qu’il ne m’a pas été possible de me douter de la fin du roman avant d’y arriver. J’avais mes espoirs pour le destin de Molly et des autres personnages, mais le roman est ponctué de révélations et rebondissements qui viennent à chaque fois remettre en question la fin qui semble tracée, ce qui m’a tenue accrochée jusqu’au bout !

Ce roman est le dernier écrit par Elizabeth Gaskell et reste inachevé car elle n’a pas eu le temps d’écrire le dernier chapitre. Ses intentions pour le destin final des personnages sont néanmoins connues et nous sont révélées en fin de livre, mais il faut avouer que l’on aimerait bien lire le dénouement de la belle plume de Gaskell elle-même !

Vous l’aurez compris j’ai adoré ma lecture et je crois même que Femmes et Filles est venu supplanter Nord et Sud dans mon cœur, que j’avais pourtant beaucoup aimé !

Emilie

 

Merci beaucoup à Fanny pour ce beau challenge qui 2071237519.pngnous a permis de mieux découvrir Elizabeth Gaskell !