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31/07/2015

Nous étions les Mulvaney, Joyce Carol Oates

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Dans les années 70, la famille Mulvaney vit à Mont-Ephraim, une petite ville rurale des Etats-Unis située dans l'Etat de New York. Cette famille est heureuse et vit en harmonie avec les animaux et la terre dans une ferme qui est si importante pour eux qu'elle devient un véritable personnage dans le roman. Les quatre enfants du couple Mulvaney, Mike, Marianne, Patrick et Judd s'aiment et vivent un bonheur qui semble idyllique. La famille Mulvaney est parfaite et chaque être humain sain d'esprit rêverait d'en avoir une identique.

Judd, le narrateur et le cadet de la famille, est âgé d'une trentaine d'années lorsqu'il décide de raconter l'histoire de sa famille et de lever le voile sur toutes ces années qu'il n'a pas comprises et durant lesquelles sa famille si formidable s'est désagrégée. Dès la première page le lecteur comprend que quelque chose de grave s'est produit et que cette famille enviée par tous a été la victime des quolibets, de la jalousie et de la bêtise des habitants de leur petite ville. Leur bêtise et leur violence les a détruits et Judd cherche à comprendre comment cela a pu se produire.

Joyce Carol Oates dresse le portrait de cette famille heureuse durant les deux cents premières pages de son roman et le lecteur averti cherche à deviner ce qu'il va bien pouvoir arriver. Les possibilités se réduisent rapidement et le lecteur comprend ce qu'il va arriver à l'unique fille de la fratrie des Mulvaney. (Le roman ne reposant pas sur le suspense je me permets de vous dire ce qu'il va se passer mais si vous ne voulez pas le savoir arrêtez votre lecture ici !).

Lors du bal de la Saint-Valentin, Marianne, ivre, est violée par un camarade de classe de son frère Patrick. La honte et la culpabilité l'empêchent de parler et de porter plainte contre le jeune homme. Marianne s'enferme dans un silence destructeur et la colère et le désespoir de la famille ne font que croître. Partout, dans la ville et dans le lycée, on entend des quolibets et des commérages. Finalement, les Mulvaney n'ont que ce qu'ils méritent, pense la plupart des gens.

Le lecteur souffre bien entendu avec cette famille qu'il a appris à aimer dès le début du roman, comme le père il désire aller tuer ce jeune homme, comme Patrick il ne supporte pas de le voir assis en classe comme si de rien n'était et comme Marianne, il cherche une consolation quelconque.

Puis, le couple honteux n'a plus rien à offrir à leur fille désespérée. Elle est la cause de leur rejet par les gens de la ville et ils n'osent plus poser les yeux sur elle. Marianne s'en va, elle est exilée par ses parents. La fracture de la famille vient de ce choix lâche des parents. Judd, trop petit au moment des faits, n'a pas vraiment compris ce qu'il se passait et pourquoi Marianne vivait chez une tante loin de la ferme et n'était pas invitée à passer Noël avec eux. Mike et Patrick en veulent à leurs parents et détestent la lâcheté de leur père qui a choisi d'abandonner Marianne. Joyce Carol Oates pointe du doigt l'hypocrisie de la société américaine dans laquelle le paraître est roi et où les commérages se mêlent à la vérité sans que l'on cherche à les distinguer. Elle écorche également ce couple Mulvaney qui semble être un modèle et qui finalement est trop puritain et pas assez courageux pour défendre leur fille. Les deux aînés quittent la maison et s'éloignent de Judd et de leurs parents.

Chaque chapitre suit alors un personnage différent et nous montre comment il tente de se reconstruire loin et sans cette famille qui se désagrège petit à petit. Il ne reste rien des flamboyants Mulvaney du début du roman.

J'ai eu un véritable coup de coeur pour Blonde qui fait partie de mes romans préférés et j'ai eu envie de découvrir un nouveau roman de Joyce Carol Oates cet été. Nous étions les Mulvaney n'est pas un coup de coeur mais j'ai beaucoup aimé ce pavé. Je trouve que ce roman est construit avec une grande intelligence et une grande sensiblité. La narration est particulièrement ingénieuse: en racontant l'histoire de la destruction de sa famille, Judd cherche à  assembler les différentes pièces de puzzle mais il veut aussi comprendre comment un événement peut ruiner la vie de toute une famille.

" Les familles sont comme ça, parfois. Quelque chose se détraque et personne ne sait quoi faire et les années passent...et personne ne sait quoi faire. "

La romancière est impitoyable avec la société américaine et avec cette culture du paraître et j'ai également aimé qu'elle égratigne l'image idyllique donnée par les parents. L'écriture de Joyce Carol Oates est très belle. Pour conclure, Nous étions les Mulvaney est un roman poignant et sensible qui ne peut pas laisser insensible son lecteur.

"Mais ce document n’est pas une confession. Absolument pas. J’y verrais plutôt un album de famille. Comme maman n’en a jamais tenu, totalement véridique. Comme la mère de personne n’en tient. Mais, si vous avez été enfant dans une famille, quelle qu’elle soit, vous en tenez un, fait de souvenirs, de conjectures, de nostalgie, et c’est l’oeuvre d’une vie, peut-être la grande et la seule oeuvre de votre vie. "

Fanny

08/07/2015

Kouri, Dorothée Werner

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En février 1950, une rescapée d'un camp de la mort traverse la France et l'Allemagne en train pour aller témoigner au procès de deux anciennes gardiennes du camp.

Cette femme, surnommée Kouri par les résistants, est Germaine Tillion. Ce voyage sera l'occasion pour Kouri de replonger dans son passé et de se confronter à ses souvenirs du Monde Noir qu'elle ne parvient pas à regarder en face. Ce grand plongeon dans ces malheurs passés qui la poursuivront jusqu'à la fin de sa vie sont nécessaires puisqu'ils lui permettront de faire un choix. Les deux anciennes gardiennes du camp sont jugées pour avoir tranché la tête de prisonnières de camp. Kouri les croit innocentes de ces actes barbares en particulier mais elle sait également qu'elles en ont commis bien d'autres. Alors que faire ? Témoigner contre ces deux femmes qui ont recommencé leur petite vie tranquillement après la guerre, comme si de rien n'était? Les faire condamner pour un crime qu'elles n'ont pas commis et venger enfin, leurs victimes de toutes les autres horreurs qu'elles ont commises dans le camp? Ou alors défendre coûte que coûte la vérité quitte à ce que ces deux monstres soient relâchés? Opter pour la vérité n'est-ce pas trahir tous ces morts ? Mentir n'est-ce pas trahir ce pour quoi ces femmes ont cherché à survivre dans cet Enfer, c'est-à-dire trahir ce besoin de crier haut et fort la vérité et de dénoncer le sort qu'elles ont subi ?

Kouri sait que son témoignage pourrait faire basculer le verdict. Le lecteur plonge dans son esprit qui tente de résoudre ce dilemme en se remémorant certains épisodes de sa vie en Afrique lorsqu'elle était ethnologue, puis ces terribles moments dans les camps avec sa mère et enfin la libération et le retour à une vie dite normale mais qui ne le sera plus jamais. Kouri revoit ses chers disparus; son père décédé lorsqu'elle était enfant, sa nourrice, sa mère et ses amies mortes dans les camps mais aussi l'homme qui l'a trahie ou les bourreaux du Monde Noir.

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Ce roman est un long monologue qui s'inspire de faits réels mais qui n'est pas une biographie de Germaine Tillion. J'ai trouvé qu'il était plutôt difficile de débuter le roman. La forme peut surprendre puisqu'il ne se passe presque rien dans ce roman: les pensées vont et viennent et le lecteur les suit uniquement. Je crois que j'ai également mis du temps à accrocher à ce roman pour une cause qui lui est extérieure: j'avais envie de découvrir un peu plus la vie de Germaine Tillion récemment inhumée au Panthéon mais en ce début de vacances cette lecture était grave et peu légère. Le style de Dorothée Werner est très beau. Une fois que l'on s'est plongé dans le début du roman, la suite se lit avec beaucoup de plaisir. Enfin, l'auteur pose des questions primordiales et qu'il est important d'avoir à l'esprit tout au long de notre vie sur le courage face à des événements extraordinaires, la justice et le plus souvent l'échec de la justice face à la barbarie, l'insoumission, la lâcheté, l'honneur, la fidélité à soi même et aux siens et le devoir de vérité et de mémoire.

Je remercie Babelio et les éditions JC Lattès pour cette lecture enrichissante ! 

Fanny

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12/06/2015

Un assassinat de qualité, Ann Granger

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Dans ce troisième tome des aventures de Lizzie et Ben Ross, notre couple de héros, désormais marié et logeant à Londres, se trouve confronté à une nouvelle séries de meurtres.

Ann Granger plante dès le premier chapitre le décor des rues de Londres enveloppées par le fog et dans lesquelles il est dangereux de se déplacer. Alors qu'il rentre chez lui, Ben Ross entend une femme qui court et qui semble fuir quelque chose ou quelqu'un. Il heurte une jeune prostituée qui dit avoir été attaquée, comme d'autres de ses camarades, par le spectre de la Tamise qui n'apparaît que les soirs de brouillard. Ben ne croit pas à ces histoires à dormir debout et tente de rassurer la jeune fille. Le lendemain matin, alors que le brouillard a disparu, le corps d'une jeune femme appartenant à une classe sociale élevée est retrouvé dans Green Park. Allegra Benedict était très belle et elle était l'épouse d'un riche marchand d'art. Ben commence son enquête. Bessie, la femme à tout faire du couple Ross, affirme bien connaître la dame de compagnie d'Allegra Benedict. Elle a rencontré Miss Marchwood dans un groupe qui lutte contre l'alcool et ses dérives et qu'elle fréquente le dimanche. Lizzie, accompagnée par Bessie, intègre ce groupe pour se rapprocher de Miss Marchwood et pour mener son enquête en toute discrétion. Alors que les recherches de Ben n'avancent pas, il apprend par Daisy, la jeune prostituée au début du roman, qu'une de ses amies a disparu depuis une semaine. S'ajoute à cela le silence obstiné de Miss Marchwood qui semble être terrifiée par quelqu'un ou par quelque chose.

Ce fut un véritable plaisir de retrouver notre couple british! Tout comme les deux premiers volets, ce roman fut vraiment plaisant à lire. J'ai retrouvé tous les éléments déjà apprécié dans les autres romans: le cadre anglais, la fin du XIXe siècle, l'intrigue et les personnages attachants. Cette enquête est surtout menée par Ben et Lizzie est plus absente que dans les précédents tomes. Cerise sur le gâteau: comme pour les volets précédents, la couverture est très belle.

Si vous n'avez pas encore rencontré le couple Ross, foncez !

Fanny

Roman policier lu dans le cadre de la lecture commune autour d'Ann Granger pour le mois anglais organisé par Lou, Titine et Cryssilda.

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19/04/2015

Le cercle des plumes assassines, JJ Murphy

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Présentation de la maison d'édition:

 Critique, nouvelliste, poète, et plus tard scénariste, Dorothy Parker fut l’un des piliers de la célèbre Table Ronde de l’hôtel Algonquin, où déjeunaient ensemble les esprits les plus caustiques de New York. Dans ce roman qui nous fait revivre les années 20, elle se retrouve malgré elle au centre d’une enquête criminelle. Un matin, elle découvre, sous la table habituelle du cercle d’amis, un inconnu poignardé en plein cœur. Pour compliquer l’affaire, un jeune outsider, venu du Sud, un certain William (« Billy ») Faulkner, qui rêve de devenir écrivain, apporte un témoignage troublant. Il prétend avoir eu un furtif aperçu du tueur… Bientôt il sera traqué aussi bien par la police que par les malfrats les plus redoutables de la ville.

Dans un rythme endiablé, ce roman qui allie suspense et humour nous plonge dans l’ambiance de Manhattan à l’époque de la Prohibition. On y croise gangsters notoires, stars de cinéma, légendes littéraires, des personnes réelles côtoyant des êtres de fiction. Jeux de mots, propos acidulés, insultes à peine voilées : les répliques fusent comme des tirs de mitraillette, le tout dans une joyeuse anarchie.

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 Comme chaque jour à 13h, Dorothy Parker entre dans le restaurant de l'hôtel de l'Algonquin pour manger avec ses amis et confrères journalistes et auteurs mais surtout pour partager les derniers ragots et rivaliser de bons mots et de piques assassines. Alors que Dorothy Parker s'installe à la Table Ronde, elle découvre deux jambes dépassant de dessous la table. Elle pense alors que ses amis, portés sur la bouteille, sont déjà ivres. Elle se trompe amèrement, l'homme n'est pas ivre mais mort. Commence alors pour Dorothy et ses amis auteurs, journalistes et critiques qui se surnomment eux-mêmes le cercle vicieux une enquête pour retrouver l'assassin de leur confrère Mayflower tué avec un stylo-plume.

Le cercle vicieux est directement montré du doigt par la police et par les journaux à scandales puisque Mayflower a été retrouvé sous la Table Ronde qui est uniquement réservée à Dorothy Parker et à ses amis. Notre héroïne rencontre alors un jeune sudiste, William Faulkner, venu à New York pour devenir écrivain qui affirme avoir vu le tueur dans le hall de l'hôtel juste avant la découverte du cadavre. Dorothy est touchée par ce jeune homme qu'elle prend sous son aile et qu'elle présente au cercle vicieux. Suite à ces déclarations, Dorothy, son ami le plus proche Benchley et Faulkner sont poursuivis et menacés par un tueur en série qui veut les réduire au silence...

Dorothy Parker et ses amis vont se retrouver dans des situations improbables décrites avec beaucoup d'humour par JJ Murphy. Ils rencontreront des gangsters, traqueront un assassin, se cacheront sous des lits pour trouver des preuves dans l'appartement de la victime, risqueront d'être arrêtés parce qu'ils se moquent allègrement des inspecteurs de police et iront boire pour oublier toutes ces péripéties.

Avec beaucoup de talent, JJ Murphy plonge le lecteur dans le New York de la Prohibition et des années folles. Le lecteur est entraîné dans tout New York: il pénètre dans une imprimerie, dans un troquet malfamé ou encore dans des soirées littéraires où les invités vont se servir du punch caché dans la baignoire. A cette époque, William Faulkner cherche sa voix et Dorothy Parker est davantage connue pour ses répliques acidulées que pour sa poésie. A ma grande honte je ne connaissais pas Dorothy Parker, c'est une faute corrigée grâce à JJ Murphy. J'espère la lire très prochainement.

J'ai aimé suivre ces personnages, fictifs ou réels, qui ne manquent pas de mordant. Le cercle des plumes assassines est très original, atypique et totalement farfelu. L'intrigue policière est parfois oubliée au profit de l'humour et de scènes décalées et loufoques. Elle en devient même secondaire. J'ai franchement ri en découvrant certaines situations dans lesquelles se trouvent les personnages ou leurs jeux de mots et répliques piquantes rendus avec beaucoup d'intelligence par la traductrice Hélène Collon. On est presque parfois jaloux de la vivacité d'esprit et de l'humour corrosif de Dorothy. Le cercle des plumes assassines est le premier tome d'une série de romans policiers.

Comme vous l'aurez compris, j'ai énormément apprécié cette lecture et ce roman est un régal à lire.  

" Dorothy Parker observa les jambes immobiles qui dépassaient de la nappe, sous la Table Ronde de l'Algonquin.

Ça m'apprendra à arriver en avance, songea-t-elle.

D'habitude, elle n'arrivait jamais en avance nulle part. Souvent elle était même la dernière. Mais ce jour-là, malgré toute sa bonne volonté, quelqu'un l'avait précédée.

- Eh bien, on roule déjà sous la table alors qu'on n'a même pas déjeuné? Lança-t-elle en s'adressant aux deux jambes. Même moi, j'attends midi passé pour tomber si bas."

 

" Le téléphone sonna. Elle décrocha machinalement. C'était encore Mickey Finn.

- Raccrochez-moi au nez une fois de plus et vous serez la prochaine sainte à entrer au paradis.

- Au paradis, moi? Vous vous êtes trompé de numéro."

 

Je remercie infiniment Madame Liebow et les éditions Baker Street pour cette lecture mordante !

Fanny                                                                                             40eedf0fdabe3928abf88e5170f09aa7_400x400.jpeg

 

 

23/03/2015

L'Art d'écouter les battements de coeur, Jan-Philipp Sendker

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Le père de Julia, Tin Win, a disparu depuis quatre ans. Un jour, il a pris un avion pour une prétendue réunion à Boston et il n'est jamais revenu. Partagée entre la colère, l'incompréhension et la tristesse, Julia découvre un carton contenant les documents de son père et une lettre d'amour adressée à une mystérieuse Mi Mi vivant en Birmanie. Elle décide alors de partir à la recherche de son père en Birmanie, son pays natal. Sur place, elle va rencontrer un homme énigmatique, U Ba, qui semble en savoir bien plus sur son père qu'elle même. Le voyage de Julia va la conduire à la découverte de la Birmanie, de sa culture et de ses croyances mais surtout à la découverte du passé de son père dont elle ne sait rien. U Ba lui raconte alors l'histoire d'un enfant maudit par les étoiles, abandonné par ses parents, capable d'entendre les battements des coeurs et follement amoureux d'une jeune fille de son village. Petit à petit, Julia va retrouver les traits de son père dans ceux de cet enfant.

L'Art d'écouter les battements de coeur est un conte moderne. Les prémonitions et les étoiles guident les Birmans et cette culture laisse une large place au surnaturel et à l'extraordinaire. J'ai aimé la narration enchâssée : U Ba raconte à Julia le passé de son père qu'elle nous rapporte à son tour. J'ai aimé l'aspect merveilleux de certains extraits et l’immersion dans la culture birmane qui nous offre un regard différent sur la vie, l'amour et la mort. Cependant, je crois que l'aspect merveilleux du conte m'a empêchée de m'attacher véritablement aux personnages. La fin du roman est vraiment très surprenante.

J'avais lu d'excellentes critiques avant de participer à la masse critique de Babelio. J'ai été déçue de ne pas plus aimé le roman et de ne pas plus être touchée par la quête de Julia et par l'histoire de son père. Pour sa défense, j'ai lu L'Art d'écouter les battements de coeur juste après mon grand coup de coeur pour La Promesse. C'est toujours bien difficile pour un roman qui suit un coup de coeur...

Pour conclure, L'Art d'écouter les battements de coeur est un conte moderne empreint d'orientalisme agréable à lire mais pas inoubliable.

Je remercie vivement Babelio et la maison d'édition Le Livre de Poche !

 

Fanny

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09/03/2015

La Promesse, Jean-Guy Soumy

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Résumé de l'éditeur: « Une femme deviendrait un homme. Une morte, un vivant. Cela ne se peut... »Et pourtant... Camille, jeune armateur bordelais qui a toujours vécu sous l'emprise de sa mère, se retrouve contraint par la justice d'incarner dans son procès « le corps et la voix » de sa cousine Jeanne, accusée d'« homicide contre elle-même ». Nous sommes à la veille de la Révolution et le royaume intente des procès aux suicidés, coupables du pire des crimes contre Dieu et contre le roi : s'ôter la vie. Si le fait est reconnu, la sentence est terrible : la mémoire de la condamnée doit être « éteinte et supprimée à perpétuité », son cadavre traîné dans les rues, face contre terre, puis pendu, et enfin jeté avec les immondices et cadavres d'animaux, comme « indigne d'une sépulture chrétienne ». 

Comment Camille pourrait-il accepter que Jeanne, sa Jeanne, soit traitée ainsi ? Des années plus tôt, à l'âge du premier grand amour, il a laissé sa famille le séparer de Jeanne. Toutes ces années, comme ils se l'étaient promis, elle l'a attendu. Il n'est pas venu. Il en a épousé une autre. Jeanne a fini par se tuer, de chagrin. Comme si elle avait compris que seul cet acte, le plus tabou qui fût dans la société de l'époque, pouvait les réunir, par-delà la vie et la mort. Et révéler, enfin, Camille à lui-même, en l'obligeant à honorer la promesse de leurs quinze ans.

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Dès le début du roman, Isabelle de Gralis, aristocrate et négociante bordelaise, annonce à son fils, Camille, que sa cousine s'est suicidée. Cette cousine c'est Jeanne, son amour de jeunesse qu'il n'a pas vue depuis une dizaine d'années et avec laquelle il avait vécu de magnifiques instants à la campagne dont il a pris soin de refouler les souvenirs depuis qu'il est adulte. Au XVIIIe siècle, le suicide est reconnu par l'Eglise Catholique et par la Justice comme un homidice contre soi-même et du même fait contre le Roi et contre Dieu. Le cadavre du suicidé est enfermé en prison en attendant son procés. Le "criminel" doit alors être représenté par un membre de sa famille lors de son procès et doit essayer de se défendre par delà la mort et grâce à la voix du vivant.

Camille va devoir venir le corps et l'âme de Jeanne lors de ce procès. La peine encourue est double: le corps de la suicidée sera traînée face contre terre dans la ville, pendue sur la place publique et enterrée hors de la terre sacrée et sa mémoire sera effacée, son nom n'apparaîtra plus sur aucun registre et ce sera comme si elle n'a jamais existé. Le XVIIIe siècle et ce sujet sont très intéressants à découvrir. Camille est prêt à se battre pour défendre le corps et la mémoire de sa cousine quitte à fâcher sa mère et à choquer le tribunal.

Ce procès va forcer Camille à enquêter sur les circonstances de la mort de sa cousine mais il va surtout lui permettre de faire un voyage dans le temps. Il va devoir revivre son passé, comprendre sa relation amoureuse adolescente avec sa cousine et surtout comprendre pourquoi il n'a pas respecté la promesse faite à sa cousine.

J'ai adoré ce roman qui est un véritable coup de coeur pour moi ! La Promesse est une très belle surprise ! Je trouve que la narration est très intéressante: le récit nous est raconté par un narrateur externe qui nous permet d'appréhender l'histoire de manière objective puis le héros nous rapporte les événements en dévoilant ses sentiments, ses troubles et ses souffrances. Un dialogue s'instaure entre Jeanne et Camille par delà la mort puisque certains chapitres nous donnent à entendre la voix de Jeanne.

La psychologie des personnages, leurs sentiments ou leurs motivations nous donnent l'impression de bien les comprendre. Camille, son frère Bertrand et Jeanne sont attachants. L'écriture de Jean-Guy Soumy est très poétique. Ce roman est délicieux à lire et le sujet abordé est inhabituel et passionnant !

 

"Allons ! Je t'en prie, Camille ne sois pas triste. Le suis-je, moi? Nous sommes de nouveau réunis. Certes, il a fallu que les événements se précipitent... Me précipitent. Au fond, c'est bien ainsi. Je ne regrette rien. Il n'y avait pas d'autre issue.

Tout au contraire, réjouis-toi! Nous allons de nouveau passer de longues heures ensemble. Éprouver la douce fusion que nous avons jadis connue. Nous allons réaliser ce vœu qui nous tenait à cœur. Notre promesse, t'en souviens-tu? Ne t'inquiète pas, je ne souffre plus.

Mais, Camille, tu ne m'entends toujours pas? "  

 

Fanny

Je remercie très vivement la maison d'édition Robert Laffont et Babelio qui m'ont offert ce roman dans le cadre de la masse critique. Merci de m'avoir fait découvrir ce roman et cet auteur !

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05/03/2015

Baronne Blixen, Dominique de Saint Pern

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Quelle a été ma joie lorsque j'ai découvert la publication de Baronne Blixen ! J'ai lu La Ferme Africaine à 18 ans, dans une petite chambre d'étudiant, tard le soir. Au lieu de réviser les ennuyeuses kholles du lendemain, j'ai voyagé sur un autre continent et dans un autre siècle. Karen Blixen m'a permis de voyager à un moment de ma vie où j'en avais terriblement besoin et elle a ouvert pour moi une fenêtre sur le monde et sur l'Afrique. Ce roman compte pour moi et je lui dois beaucoup.

Baronne Blixen est un roman autobiographique sur la plus célèbre des auteurs danoises. Dominique de Saint Pern nous entraîne sur les pas de Karen Blixen pendant quelques années seulement.

La première partie du roman débute par le tournage de Out of Africa et relate la rencontre de Meryl Streep et Clara, ancienne secrétaire de Karen Blixen et sa testamentaire littéraire. Ensemble, elles visitent des lieux chers à Karen Blixen, retrouvent Tumbo l'enfant noir aimé par Karen devenu grand-père et Clara permet à Meryl Streep de comprendre l'auteur et de rentrer petit à petit dans son rôle. A l'ombre de la terrasse d'une maison dans laquelle Karen venait se réfugier lorsque les ennuis la poursuivaient, Clara raconte à Meryl Streep et aux lecteurs les années qui ont conduit Karen Blixen à la faillite et son retour au Danemark.

Dans la deuxième partie, Dominique de Saint Pern se concentre alors sur l'effondrement d'une femme qui avait tout donné à sa ferme. Karen Blixen, la chasseresse, la planteuse de café, la protectrice de ses kikuyus, la femme aimée par Denys Finch Hatton ne cesse de voir le sol s'effondrer sous ses pas et perd tout ce qui lui permettait de vivre: sa ferme, son amour et sa liberté. Loin du très beau film de Pollack Out of Africa, Dominique de Saint Pern ne nous raconte pas l'apogée de la vie de cette aventurière et de cette amoureuse passionnée mais elle nous relate son lent déclin et ses multiples renonciations. Elle nous dresse le portrait d'une femme ruinée mais héroïque qui se bat pour défendre les droits de ses gens et qui accepte de perdre l'homme qu'elle aime au profit d'une autre avec dignité. Karen et Denys ne forment plus le couple idéalisé par le cinéma américain mais leur histoire passée et revécue par Karen jusqu'à la fin de sa vie n'en reste pas moins flamboyante.

Dans la troisième partie du roman, le lecteur assiste à la résurrection du phénix qui renaît de ses cendres. Karen Blixen ne peut plus être l'aventurière qu'elle a été, elle doit alors se trouver un nouveau masque et s'inventer de nouveau comme un auteur pourrait le faire pour ses personnages. Au Danemark, elle travaille sur son propre personnage de conteuse aristocrate et de sorcière qui envoûte les jeunes poètes des environs. Karen Blixen devient alors le grand auteur nobélisable. Dans sa vie privée, elle joue les tyrans et les protectrices. Elle tyrannise Clara, sa secrétaire, elle passe un pacte digne du diable avec un jeune poète danois et elle manipule son monde comme un marionnettiste pourrait le faire avec ses marionnettes selon Dominique de Saint Pern. La dernière partie du roman relate le déclin physique de l'auteur et sa gloire américaine.

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J'ai adoré ce roman qui se lit avec beaucoup de plaisir. L'auteur a choisi de ne pas aborder certains moments de la vie de Karen Blixen, j'étais donc contente d'avoir lu cet été la très riche et complète biographie de Judith Thurman qui me permettait de compléter les manques que d'autres lecteurs ont pu avoir. J'ai beaucoup aimé la construction du roman et la plume de Dominique de Saint Pern.

J'ai eu la chance de visiter la maison de Karen Blixen au Danemark cet été et j'ai vraiment adoré pouvoir visualiser les différentes pièces et le parc décrits par la romancière. Baronne Blixen m'a également permis de faire un voyage dans le temps et j'avais l'impression d'être de nouveau dans la maison de Karen Blixen !

Pour conclure, si vous aimez les romans d'aventures, les romans d'amour et si vous aimez lire des destins de femme flamboyants, ce très beau roman ne peut que vous plaire !

" L'Afrique, l'immense et somptueuse Afrique, lui ouvrait ses bras. Une petite voix lui avait bourdonné au fond de sa tête: "L'Afrique aura raison de tes lunes noires." Alors, elle sut. Elle était arrivée quelque part, il lui serait enfin possible d'appartenir à un endroit, d'y posséder une maison à elle. Une poignée de minutes avait suffi pour savoir qu'entre elle et ce pays totalement inconnu des liens se tisseraient dont il lui avait été impossible d'imaginer la force."

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(Photographie de la maison de Karen Blixen au Danemark, visitée cet été)

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Claire !

Fanny