Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/03/2015

Baronne Blixen, Dominique de Saint Pern

 91h3-SMA0qL._SL1500_.jpg

Quelle a été ma joie lorsque j'ai découvert la publication de Baronne Blixen ! J'ai lu La Ferme Africaine à 18 ans, dans une petite chambre d'étudiant, tard le soir. Au lieu de réviser les ennuyeuses kholles du lendemain, j'ai voyagé sur un autre continent et dans un autre siècle. Karen Blixen m'a permis de voyager à un moment de ma vie où j'en avais terriblement besoin et elle a ouvert pour moi une fenêtre sur le monde et sur l'Afrique. Ce roman compte pour moi et je lui dois beaucoup.

Baronne Blixen est un roman autobiographique sur la plus célèbre des auteurs danoises. Dominique de Saint Pern nous entraîne sur les pas de Karen Blixen pendant quelques années seulement.

La première partie du roman débute par le tournage de Out of Africa et relate la rencontre de Meryl Streep et Clara, ancienne secrétaire de Karen Blixen et sa testamentaire littéraire. Ensemble, elles visitent des lieux chers à Karen Blixen, retrouvent Tumbo l'enfant noir aimé par Karen devenu grand-père et Clara permet à Meryl Streep de comprendre l'auteur et de rentrer petit à petit dans son rôle. A l'ombre de la terrasse d'une maison dans laquelle Karen venait se réfugier lorsque les ennuis la poursuivaient, Clara raconte à Meryl Streep et aux lecteurs les années qui ont conduit Karen Blixen à la faillite et son retour au Danemark.

Dans la deuxième partie, Dominique de Saint Pern se concentre alors sur l'effondrement d'une femme qui avait tout donné à sa ferme. Karen Blixen, la chasseresse, la planteuse de café, la protectrice de ses kikuyus, la femme aimée par Denys Finch Hatton ne cesse de voir le sol s'effondrer sous ses pas et perd tout ce qui lui permettait de vivre: sa ferme, son amour et sa liberté. Loin du très beau film de Pollack Out of Africa, Dominique de Saint Pern ne nous raconte pas l'apogée de la vie de cette aventurière et de cette amoureuse passionnée mais elle nous relate son lent déclin et ses multiples renonciations. Elle nous dresse le portrait d'une femme ruinée mais héroïque qui se bat pour défendre les droits de ses gens et qui accepte de perdre l'homme qu'elle aime au profit d'une autre avec dignité. Karen et Denys ne forment plus le couple idéalisé par le cinéma américain mais leur histoire passée et revécue par Karen jusqu'à la fin de sa vie n'en reste pas moins flamboyante.

Dans la troisième partie du roman, le lecteur assiste à la résurrection du phénix qui renaît de ses cendres. Karen Blixen ne peut plus être l'aventurière qu'elle a été, elle doit alors se trouver un nouveau masque et s'inventer de nouveau comme un auteur pourrait le faire pour ses personnages. Au Danemark, elle travaille sur son propre personnage de conteuse aristocrate et de sorcière qui envoûte les jeunes poètes des environs. Karen Blixen devient alors le grand auteur nobélisable. Dans sa vie privée, elle joue les tyrans et les protectrices. Elle tyrannise Clara, sa secrétaire, elle passe un pacte digne du diable avec un jeune poète danois et elle manipule son monde comme un marionnettiste pourrait le faire avec ses marionnettes selon Dominique de Saint Pern. La dernière partie du roman relate le déclin physique de l'auteur et sa gloire américaine.

blixen.jpg

J'ai adoré ce roman qui se lit avec beaucoup de plaisir. L'auteur a choisi de ne pas aborder certains moments de la vie de Karen Blixen, j'étais donc contente d'avoir lu cet été la très riche et complète biographie de Judith Thurman qui me permettait de compléter les manques que d'autres lecteurs ont pu avoir. J'ai beaucoup aimé la construction du roman et la plume de Dominique de Saint Pern.

J'ai eu la chance de visiter la maison de Karen Blixen au Danemark cet été et j'ai vraiment adoré pouvoir visualiser les différentes pièces et le parc décrits par la romancière. Baronne Blixen m'a également permis de faire un voyage dans le temps et j'avais l'impression d'être de nouveau dans la maison de Karen Blixen !

Pour conclure, si vous aimez les romans d'aventures, les romans d'amour et si vous aimez lire des destins de femme flamboyants, ce très beau roman ne peut que vous plaire !

" L'Afrique, l'immense et somptueuse Afrique, lui ouvrait ses bras. Une petite voix lui avait bourdonné au fond de sa tête: "L'Afrique aura raison de tes lunes noires." Alors, elle sut. Elle était arrivée quelque part, il lui serait enfin possible d'appartenir à un endroit, d'y posséder une maison à elle. Une poignée de minutes avait suffi pour savoir qu'entre elle et ce pays totalement inconnu des liens se tisseraient dont il lui avait été impossible d'imaginer la force."

DSCN2861.JPG

(Photographie de la maison de Karen Blixen au Danemark, visitée cet été)

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Claire !

Fanny

25/02/2015

Wild, Cheryl Strayed

1505145_716352191815478_8906495126933292574_n.jpg

Dans Wild, Cheryl Strayed fait parcourir aux lecteurs les chemins sombres de son passé et ceux épuisants mais lumineux du Pacific Crest Trail.

Le Pacific Crest Trail ou en français le Chemin des Crètes du Pacifique est un chemin de randonnée qui débute à la frontière mexicaine et qui se termine à la frontière canadienne. La vie de Cheryl est sens dessus dessous, plus rien ne va et elle accumule les malheurs: le décès de sa mère bien aimée, la dislocation de sa famille, l'éloignement de son frère et de sa soeur, son divorce et ses soirées où se mêlent drogue et relations sexuelles avec des inconnus. Cheryl est au bout de tout et d'elle-même: elle ne supporte plus ni son mode de vie ni elle-même. Elle se lance alors dans une longue marche qui doit durer plus de trois mois et la faire traverser plusieurs Etats. Cette marche de la dernière chance et de la rédemption doit lui permettre de vaincre son passé et de dompter le fantôme de sa mère. Les paysages arides, désertiques et enneigés défilent sous les yeux du lecteur qui a la chance de voyager avec Cheryl. Le lecteur partage tout: ses pieds souffrent lorsque les ampoules et les ongles noircis empêchent Cheryl de marcher, il a peur lorsque des inconnus douteux l'abordent alors qu'elle est seule en pleine forêt et meurt de soif lorsque notre héroïne ne trouve pas de points d'eau en plein désert. Cheryl Strayed nous permet d'effectuer avec elle un magnifique et inoubliable voyage. C'est un vrai coup de coeur pour moi!

Ce roman est tellement plaisant à lire ! Que cela fait du bien de suivre une telle héroïne ! Les émotions que suscite ce roman sont diverses et le lecteur ne peut pas rester de marbre. Il est ému, profondément triste lorsque Cheryl se souvient de son passé chaotique, il admire l'héroïne lorsqu'elle ne cesse de repousser ses limites sur le chemin et il est plein d'espoir à la fin du roman. Je conseille ce roman à tous les aventuriers, qu'ils le soient réellement ou qu'ils rêvent de péripéties lorsqu'ils rentrent fatigués et lassés du travail, à tous les amoureux de la nature et à tous ceux qui aiment les histoires lumineuses. 

WILD-Affiche.jpg

J'ai pu voir le film avec une exceptionnelle Reese Witherspoon dans le rôle de l'auteur et je l'ai bien aimé! Le roman est plus marquant mais le film est fidèle et provoque également toutes ces émotions variées chez le spectateur.

Avez-vous lu le roman ou vu le film? Qu'en avez-vous pensé?

Fanny

28/01/2015

Le livre d'un été, Tove Jansson

DSC_0012~2.jpg

Sophie a perdu sa maman à sa naissance et depuis elle vit ses étés avec son père et sa grand-mère dans une cabane sur une île du golfe de Finlande. Elle est alors en harmonie avec la nature et les animaux. Elle vit pleinement et ses sens se développent grâce à sa grand-mère qui lui apprend à ressentir et à voir ces belles petites choses que nous ne voyons plus véritablement. Rien ne se passe réellement dans ce roman qui est à la fois un roman initiatique et un conte dédié à la nature. Cette grand-mère, sorte de sorcière bienveillante et bienfaisante, passe le flambeau de l'amour de la nature à Sophie et ne renonce pas à des aventures sur l'île malgré son âge. Sa complicité pudique avec sa petite fille est très touchante. Malgré sa fatigue, elle suit sa petite fille dans ses découvertes, l'accompagne et lorsqu'elle ne le peut pas elle revit à travers elle ses années passées et ses souvenirs. Ensemble, elles mangent le monde à pleines dents.

Le début de ce roman est atypique et nous déroute: les chapitres se suivent sans lien perceptible en décrivant les observations et activés de l'enfant et de la grand-mère sur cette île. Elles reconstruisent Venise avec des allumettes et bouts de bois dans le marais à côté de la maison, Sophie écrit un livre sur les vers de terre, elles plantent des fleurs, cherchent le dentier de la grand-mère tombé dans les fleurs ou écoutent les oiseaux. La curiosité de l'enfant fait naître des conversations graves qui ont pour sujet la mort, l'oubli, la vieillesse et Dieu.

Ce court roman de la Finlandaise Tove Jansson (très connue pour ces romans enfantins et pour les personnages des Moomins) n'a pas été sans me faire penser à certains écrits de Colette. Comme chez l'auteur française, l'enfance et l'amour de la nature ont la part belle dans ce roman. Le roman ne plaira pas à tous à cause de sa construction et d'une certaine simplicité. C'est justement cette simplicité qui est belle. La pudeur des personnages, leur complicité qui dépasse les mots et qui n'est visible qu'à travers leurs gestes et leur sensibilité font de ce roman une oeuvre douce et touchante à découvrir.  

 

" Elle demanda comment Dieu pouvait faire attention à tous les gens qui le priaient en même temps.
- Il est très sage, murmura la grand-mère en somnolant sous son chapeau .
- Réponds correctement, dit Sophie . Comment a-t-il le temps?
- Il a des secrétaires ...
- Mais comment arrive-t-il à exaucer votre prière s'il n'a pas le temps de parler avec ses secrétaires avant que ça ne tourne mal?
Grand-mère fit semblant de dormir, mais elle savait bien qu'elle ne trompait personne et, finalement elle déclara qu'il s'était arrangé pour que rien ne puisse arriver entre le moment où on priait et celui où il recevait votre prière. Mais sa petite fille demanda alors ce qui arrivait quand on tombait d'un sapin et qu'on priait pendant qu'on était en l'air."

Fanny

18/01/2015

Mille femmes blanches, Jim Fergus

mille feùùes blanches.jpg

Septembre 1874. Little Wolf, chef d’une tribu cheyenne, rencontre le président américain Ulysses S. Grant et lui propose d’échanger mille chevaux contre le même nombre de femmes blanches. L’objectif du chef cheyenne est de faire de ces femmes des épouses pour son peuple, dont la descendance, grâce au métissage, favoriserait l’intégration au sein du peuple américain. Si officiellement les autorités américaines se disent choquées par la proposition, en coulisse le rassemblement de femmes blanches « volontaires » s’organise. Certaines femmes sont recrutées grâce à une annonce promettant aventure et exotisme à de jeunes femmes désireuses de se marier ; mais l’essentiel des effectifs est en réalité puisé dans les prisons et asiles. Parmi ces femmes il y a May Dodd, 25 ans. Issue d’une riche et importante famille, May a été placée en asile par son père pour être tombée amoureuse de l’un de ses contremaîtres, avoir vécu avec lui hors des liens du mariage et donné naissance à deux enfants. En se portant volontaire pour cette « mission », May voit surtout un moyen de s’échapper de l’asile et de fuir les mauvais traitements qu’elle y subit. Les femmes s’engagent à intégrer une tribu indienne pour deux années à la fin desquelles elles seront libres de rejoindre la civilisation. Pour May il y a donc au bout de ces deux années un espoir de liberté et la possibilité de retrouver ses enfants.

Nous suivons le destin de May ainsi que celui de ses compagnes au travers de carnets dans lesquels May écrit des lettres pour sa famille et y décrit l’aventure dans laquelle elle se retrouve embarquée. Ces femmes, sans trop savoir ce qui les attendent, entament un incroyable voyage pour aller à la rencontre de leurs futurs époux indiens dont elles ignorent tout du mode de vie, des croyances et coutumes mais aussi de la langue. Si May et ses compagnes croient tout d’abord, comme il leur a été expliqué, qu’elles ont un rôle à jouer dans l’intégration des Indiens, en leur apportant la « culture » et le « savoir », elles vont vite se retrouver totalement oubliées et perdues derrière les conflits entre les forces américaines et les Indiens. Quelques mois après l’intégration de ces femmes au sein des tribus indiennes, les relations entre Indiens et Américains se détériorent du fait des enjeux de la possession des territoires Black Hills. Les Américains ont découvert que ces territoires offrent beaucoup d’or et souhaitent donc en déloger les Indiens pour les installer dans des réserves. Au sein de cette guerre des territoires, difficile pour ces femmes de savoir quelle est leur identité…

J’ai beaucoup apprécié ma lecture car elle m’a permis d’entamer un véritable voyage dans le temps mais aussi vers les territoires indiens d’Amérique et de découvrir de petits bouts du mode de vie, des croyances ainsi que des traditions indiennes ce qui a été très intéressant. Ce roman est également marquant car Jim Fergus nous offre des portraits de femmes incroyables que j’ai eu plaisir à suivre tout au long du roman. On s’attache bien sûr à la courageuse May dont on suit les aventures le plus en détails du fait de la forme de journal de ses carnets de lettres, mais ses compagnes sont tout aussi marquantes et attachantes. A travers chacune d’elles on découvre des réactions, intégrations et évolutions différentes au cœur de la tribu.

Le récit de Jim Fergus est une fiction. Little Wolf a bien rencontré le président Ulysses S. Grant mais l’échange de ces mille femmes blanches est imaginé par l’auteur. Le récit n’en est pas moins tout à fait prenant et l’auteur nous offre ici une très belle lecture !

Emilie

14/12/2014

Cris, Laurent Gaudé

41MshYn-+CL._SS500_.jpg

 

En superposant les courts récits de nombreux soldats, Laurent Gaudé dresse un immense tableau de tous ces hommes sacrifiés et magnifiques.

Il nous donne à entendre la voix d'une multitude de soldats et d'un médecin. Qu'ils quittent les tranchées, qu'ils prennent la relève, qu'ils traquent un soldat fou qui hurle à la mort, qu'ils tuent, qu'ils sauvent, qu'ils soignent ou aident à mourir; ces hommes nous racontent leurs petites histoires qui participent à la Grande histoire de la première guerre mondiale. Tout commence lorsque Jules, honteux, quitte les tranchées sans prévenir ses amis, Marius et Boris, qui ne peuvent quitter le front. En traversant les boyaux, il croise la relève et ces nouveaux soldats confient leurs peurs et leur inexpérience au lecteur.

Les voix de ces hommes touchent le lecteur au cœur. Tout comme Jules, il entendra encore longtemps, une fois le livre fermé, les voix des camarades des tranchés ou sera hanté comme Boris et Marius, par ces cris inhumains de cet homme-animal vivant dans le no man's land. Les phrases très courtes et hachées de Laurent Gaudé percutent le lecteur.

J'ai particulièrement aimé la construction du roman qui nous donne à lire le récit de soldats présents tout le long du roman mais aussi pour quelques pages seulement. L'auteur semble ainsi prêter sa voix à des anonymes, que les soldats eux-mêmes oublient dans le roman, à l'image du gazé qui agonise dans un trou d'obus et que les soldats ont oublié en se disant qu'il était certainement mort et qu'il ne servait à rien de risquer sa vie pour aller le chercher.

Cris est un long chant poignant et émouvant mais aussi une immense statue dressée à la mémoire de tous ces hommes. Ce roman est un coup de poing au cœur et au ventre qui laisse le lecteur sonné et ému.

"Je mets des pansements sur les morts et j'ampute les vivants. Il y a trop de cris autour de moi. Je n'entends plus les voix. Et je me demande bien quel visage a le monstre qui est là-haut, qui se fait appeler Dieu, et combien de doigts il a à chaque main pour pouvoir compter autant de morts."

"Je ne pensais pas que la mort pouvait avoir le visage d’un gamin de dix-huit ans. Ce gamin-là, avec ses yeux clairs et son nez d’enfant, c’était ma mort."

"Je ne sais pas ce qui peut produire les cris dont tu parles et que j'ai moi-même entendus, animal ou homme. Je ne sais pas si ce sont des lamentations ou les fous rires d'une bête sauvage. On dit que c'est un soldat, aliéné lors d'une attaque, qui n'a jamais retrouvé ses lignes et qui erre en nous insultant, nous qui n'avons jamais rien fait pour le retrouver. Personne ne peut dire si c'est un Allemand ou un Français. Personne ne peut dire de quoi il vit et où il se terre. Certains affirment que c'est le fantôme écorché du champ de bataille. Qu'il vient hurler à nos oreilles, la nuit, pour nous rappeler nos meurtres du jour."

Fanny

Ps: Merci à ma soeur, admiratrice de Gaudé, qui m'a conseillé ce roman !

Lu dans le cadre du challenge Première guerre mondiale organisé par Claire !

3257094219.jpg

 

30/11/2014

La lumière des étoiles mortes, John Banville

 

CVT_LUMIERE-DES-ETOILES-MORTES_7440.jpeg

 

 J'ai acheté ce roman sans connaître son auteur après avoir eu un coup de coeur pour son titre poétique, pour la quatrième couverture et pour une citation du roman parce qu'elle touche une des questions existentielles qui me bouleverse :

" Où tout cela va-t-il donc quand nous mourons, tout ce que nous avons été ? "

Ce roman plonge le lecteur dans deux époques bien distinctes de la vie du narrateur, Alex, qui part à la recherche du temps perdu et se remémore avec certaines difficultés l'été qu'il passa avec son premier grand amour: la mère de son meilleur ami âgée de 35 ans alors qu'il n'en avait que 15. L'auteur nous plonge dans les mécanismes et les méandres de la mémoire qui nous joue des tours, brouille les cartes, nous fait oublier le plus important ou encore ne fixe que les détails insignifiants.

Petit à petit, les souvenirs laissent la place au présent du narrateur, ancien comédien de théâtre, qui expérimente les plateaux de cinéma et qui traîne derrière lui le fardeau de la disparition de sa fille unique, Cass, morte dix ans plus tôt. Puis, le roman trouve un équilibre entre évocation du passé et récit du présent.

La fin du roman est sublime, poignante et laisse un petit pincement au coeur du lecteur.

Les réflexions de l'auteur sur les souvenirs, sur le passé parfois plus vivant que le présent et sur la mort ont su véritablement me toucher et trouveront sûrement un écho chez tous les lecteurs.

L'écriture de John Banville est sensible, délicate et poétique. Tout a su me toucher dans ce roman : les personnages, l'intrigue, les thèmes et l'écriture.

La lumière des étoiles mortes est un très beau roman que je ne risque pas d'oublier et qui ouvre la voie à de prochaines lectures de cet auteur !

"En quel royaume éternel, dois-je croire, lequel dois-je choisir? Aucun, puisque tous mes morts sont tous vivants dans mon coeur, moi pour qui le passé est un présent plus lumineux et éternel; vivants pour moi et néanmoins disparus, sinon dans le fragile au-delà de ces mots."

Roman lu en lecture commune avec Claire !

Fanny

 

15/11/2014

Je voulais te dire, Louisa Young

 

 

je-voulais-te-dire-plat1.jpg

Je remercie tout d'abord Madame Liebow et les éditions Baker Street de m'avoir envoyé ce roman et de m'avoir ainsi fait découvrir cette histoire.

Tout débute par pur hasard lorsque Riley reçoit une boule de neige en plein visage dans Kensington garden. Cette boule de neige a été lancée par le cousin de Nadine Waveney et permet la rencontre entre deux enfants qui ne se quitteront plus. Riley et Nadine viennent de deux milieux que tout oppose: il appartient à la classe ouvrière alors qu'elle est bourgeoise. Pourtant, Riley intègre petit à petit le monde de Nadine en travaillant pour Sir Alfred, un peintre ami de la famille Waveney et développe ainsi des ambitions inhabituelles pour sa classe sociale.

Nadine et Riley deviennent de jeunes gens et leur amitié enfantine se transforme en amour impossible. La famille de Nadine, qui s'était attachée à Riley lorsqu'il était enfant, ne voit plus d'un très bon oeil le jeune homme qu'il est devenu et s'oppose à l'idée d'une quelconque relation amoureuse. Lorsque la guerre est déclarée, Riley, comme tous les autres, est persuadé qu'elle sera courte et il s'engage pour toute la durée de la guerre. Il semble prendre cette décision déterminante sur un coup de tête car il considère son amour pour Nadine comme impossible et il ne désire pas l'ennuyer avec ses sentiments.

La guerre engendre une multitude de rencontres et le lecteur découvre alors de nouveaux personnages comme Peter le supérieur de Riley dans les tranchées, Julia son épouse vivant à l'arrière et cherchant inlassablement à se perfectionner physiquement pour le retour de son mari mais aussi Rose, cousine de Peter, qui est une infirmière courageuse et n'espérant plus se marier.

Les destins de ces deux couples et de Rose ne cesseront alors plus de se croiser pendant la guerre mais aussi après.

DSCN3112.JPGJe découvre Je voulais te dire après avoir lu le second tome, Ravage, mais je retrouve avec joie les personnages. J'ai passé un agréable moment avec ce livre et j'ai toujours aimé suivre le destin de ses personnages même si je connaissais par avance ce qu'ils allaient devenir.

Louisa Young aborde d'une manière originale la première guerre mondiale en s'intéressant au travail de la médecine et aux progrès effectués pour "rendre" un visage aux gueules cassées. J'ai particulièrement aimé les moments où Riley réapprend à vivre en communauté et à montrer son visage.

J'ai aussi beaucoup aimé le traitement de la condition féminine en temps de guerre. Les trois personnages féminins nous apportent trois points de vue différents sur la guerre et sur la place des femmes. Elles considèrent toutes les trois qu'il est nécessaire de s'engager et d'aider les blessés. Julia, qui n'en est pas capable, apporte un regard intéressant sur la société du début du XXe siècle et elle en est une des premières victimes. Elevée pour être belle et pour rendre heureux son mari, elle n'est plus rien lorsque son mari n'est plus là et qu'elle ne peut plus être admirée par d'autres hommes. Julia devient alors le symbole des femmes qui n'ont pas réussi à faire aussi ce pas de géant que la société a effectué en temps de guerre en donnant une place de premier choix aux femmes devenues chauffeuses d'ambulance, infirmières, travailleuses dans les usines ou encore agricultrices.

J'ai aimé découvrir à la fin du roman que certains personnages avaient existé et que Louisa Young a puisé son inspiration dans sa propre famille. Et enfin,étant une grande admiratrice et lectrice de James Matthew Barrie, le père littéraire de Peter Pan, j'ai été heureuse de retrouver l'auteur devenu personnage sous la plume de Louisa Young.

Fanny 

Roman lu dans le cadre du lecture commune avec Claire, Fanny et Isabelle et du Challenge Première guerre mondiale organisée par Claire !  c43t.jpg3257094219.jpg