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26/03/2016

Propos cocasses et insolites entendus en libraire, Jen Campbell

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Les soirs de lassitude professionnelle, chaque lecteur de tous les coins du monde a dû, lors d'un court instant et en imagination, bazarder son métier et rêver de tenir une jolie librairie avec un sol en parquet, des étagères qui sentent bon le bois et un bouquet de fleurs sur "le comptoir". Nous nous sommes tous vus dans une librairie qui ressemble à celle de Meg Ryan dans Vous avez un message, entourés de ces livres que nous aimons et qui nous semblent parfois plus familiers que certains membres de notre famille. Et puis, nous nous réveillons subitement de ce doux rêve.

Jen Campbell nous montre que, contrairement à notre rêve idéaliste, les librairies ne sont pas fréquentées uniquement par des gens instruits, intelligents, aimables, sympathiques et raisonnables.

Propos cocasses et insolites entendus en librairie est une anthologie des choses les plus loufoques, stupides, absurdes, attendrissantes ou drôles que Jen Campbell et d'autres libraires anglophones ont entendu en travaillant. Tout est vrai dans ce recueil. La vie des libraires n'est pas un long fleuve tranquille et nécessite une bonne dose de patience ! Des dessins de Pancho accompagnent les conversations entre le libraire et le client.

J'ai toujours aimé lire les perles liées à mon métier, celui de professeur. Les élèves, leurs parents et les collègues sont une source inépuisable de rigolade. J'avais donc un a priori positif sur Propos cocasses et insolites entendus en librairie et je n'ai pas du tout été déçue ! J'ai beaucoup ri et j'ai partagé certaines conversations entre libraire et client avec les miens. Nous nous moquons souvent de ces clients loufoques, nous nous attendrissons en entendant certaines réflexions enfantines et nous restons parfois sans voix face au sans-gêne ou à l’ignorance de certains.

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Client : " Est-ce que vous avez des livres écrits par Emma Bovary ? "

Client : " Je file au supermarché, juste le temps de faire mes courses pour la semaine. Je dépose mes fils chez vous, OK ? Ils ont trois et cinq ans. Ils ne vous dérangeront pas."

Client: "Je cherche un livre vraiment abominable pour offrir à quelqu'un que je déteste."

Client (en train d'acheter Treize façons de se débarrasser d'un cadavre, murmure sérieusement):  " En fait, vous savez, il en a quatorze .... "

Client: " A votre avis, qu'est-ce que je devrais lire quand je suis dans le métro pour séduire les filles ? "

 

Cette découverte divertissante arrivait à point nommé après la lecture d'une biographie et fut un régal. En commençant, je ne savais pas si j'allais lire ce recueil d'une traite ou parcourir chaque soir une section et un thème. Je l'ai finalement lu sans discontinuité tant il est agréable.

Je remercie Madame Liebow et Les Editions BaKer Street pour cette lecture divertissante.

Fanny

Recueil lu en lecture commune avec Fanny

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08/02/2016

Les Indociles, Murielle Magellan

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Résumé de la maison d'édition :

Ce n'est pas une romance, pense Olympe. On ne voit rien d'elle que ses mains, et pourtant on a la sensation de son emprise sur lui. Pas de l'amour ; du pouvoir. Olympe scrute. Sonde. Dans sa chambre ronde, assise en tailleur sur son lit, l'ordinateur entre ses cuisses, Jean-Sébastien Bach dans le casque, elle agrandit l'image. Une main, un dos. C'est le sujet du peintre. À l'arrière-plan, c'est de l'aquarelle noire. Elle aime cette main de femme. Elle aime ce dos rose d'homme. Musclé mais rose bonbon. Elle voudrait être avec eux. Dans le tableau. Surtout dans ce qu'on ne voit pas du tableau. "
Les Indociles dressent le portrait plus vrai que nature d'un don Juan au féminin, créature irrésistible et vénéneuse, toute en contradictions. D'une grande finesse, ce roman, qui n'est pas sans rappeler Les Liaisons dangereuses, nous livre une belle réflexion sur l'amour et sur la création artistique.

 

Olympe est une trentenaire au sommet de sa carrière: sa galerie d'art à Paris connait un tel succès qu'elle en a ouvert une nouvelle à New York, ses goûts sont sûrs et son influence dans le milieu est grandissante. Elle ne vit que pour son travail et sa vie privée se résume à des relations nocturnes et légères avec des hommes et des femmes. Elle vit pour le plaisir que lui procure l'art et les corps d'amants ou de maîtresses plus ou moins réguliers ou de parfaits inconnus.

Elle rencontre des indociles, comme elle, qui vont bouleverser sa vie: Solal, le vieil artiste méprisant le monde de l'art qui, selon lui, n'existe que par et pour l'argent, Khalia, une jeune stagiaire gitane en rupture avec sa famille et Paul, un scientifique et un heureux père de famille.

Paul entre un jour dans sa galerie pour acheter un tableau pour sa femme mais se rend compte rapidement qu'il n'en a pas les moyen. Olympe va alors rechercher un tableau qu'il pourrait acquérir et en fouillant dans le téléphone de Khalia elle découvre un tableau qui l'interpelle. Accompagnée par sa stagiaire, elle se rend à Perpignan pour rencontrer le peintre. Elle veut acheter ses œuvres et organiser une exposition à Paris, mais le vieux monsieur a connu le monde des galeries parisiennes dans sa jeunesse et il en est dégoûté. Solal a aujourd'hui plus de 70 ans, ce n'est pas maintenant qu'il connaîtra la gloire. C'est trop tard, il n'en veut plus et méprise Olympe et tout ce qu'elle représente. Ce mépris de surface cache une véritable recherche de reconnaissance et, après quelques réflexions, Solal accepte de vendre ses œuvres à Olympe et de signer un contrat. Simultanément à sa rencontre avec Solal, Olympe se rend compte qu'elle est troublée par Paul, le scientifique et que ce trouble ressemble bien à de l'amour. Après une enfance et une adolescence difficile, elle avait pourtant décider de bannir ce sentiment et de vivre en toute liberté et légèreté. Ces deux hommes vont bouleverser ses idées et sa vision de l'existence.

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Les références en quatrième de couverture à Dom Juan et Aux liaisons dangereuses, deux classiques que j'aime beaucoup, m'ont convaincue de lire ce roman. Comme Dom Juan, Olympe a besoin de posséder ce qu'elle désire, que ce soit les humains comme les oeuvres d'art, mais ses raisons ne sont jamais ambiguës et elle ne se sert pas des relations sexuelles pour manipuler les hommes comme le fait la marquise de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses.

J'ai apprécié l'originalité du roman: je n'ai pas l'habitude de lire des romans de ce genre. Je trouve que Murielle Magellan ne porte pas de regard critique sur les personnages: elle s'en distance et nous l'imitons. Olympe, Solal ou Paul sont parfois agaçants mais nous n'avons pas envie de porter un regard moralisateur sur leurs choix.

J'ai particulièrement aimé les regards opposés de Solal et d'Olympe sur l'art et la critique du monde des galeries parisiennes. Les personnages avec leurs pensées arrêtées qu'ils ne cessent de contredire nous permettent de nous interroger sur l'amour, les relations de couple, l'art, l'économie de l'art et la vieillesse. Khalia est particulièrement attachante. La fin du roman est très réussie et surprenante.

Je remercie vivement Adeline pour s'être intéressée au blog et pour nos échanges ainsi que les éditions Julliard pour leur confiance.

Fanny 

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29/01/2016

Un flair infaillible pour le crime, Ann Granger

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Dans ce quatrième volume des enquêtes de Lizzie et Benjamin Ross, le jeune couple est confronté au meurtre d'un homme vivant dans leur rue : Thomas Tapley. Le vieux monsieur aimable et sans histoires a été sauvagement assassiné dans sa chambre qui lui était louée par une femme d'un certain âge et irréprochable. Qui aurait bien pu s'acharner à ce point sur le corps de cet homme modeste et discret ? La victime ne semblait avoir aucun ennemi, le crime ne semble motivé par aucun mobile et pourtant il a bien eu lieu. Un mystère plane sur le passé du vieux monsieur qui s'est montré étrangement silencieux sur sa jeunesse. Comment a-t-il trouvé une chambre à louer chez une femme respectable sans avoir de recommandations ? Comment occupait-il ses journées dans Londres ? Pourquoi paraissait-il pauvre alors qu'il payait toujours son loyer à temps et qu'il avait de l'argent pour ses loisirs ? Autant de questions que Benjamin et Lizzie vont se poser et qui vont les mener jusqu'à des révélations sur le passé "scandaleux" de la victime.

Après ses révélations sur la jeunesse de Thomas, les assassins potentiels et les mobiles du meurtre pleuvent et le couple Ross ne sait plus qui suspecter.

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J'adore cette série et je ne m'en lasse pas ! J'ai aimé de nouveau retrouver le couple qui évolue au fil des volumes. Installée à Londres en tant que Madame Ross, Lizzie essaie désormais de se faire une place à Scotland Yard auprès de son mari et incite le surintendant Dunn à embaucher des femmes dans la police. La relation de Lizzie et de Bessie, sa femme à tout faire, est également développée et je trouve que la jeune fille qui n'a pas la langue dans sa poche est attachante. J'ai également apprécié l'ambiance de Londres au XIXe siècle.

Comme les volumes précédents, l'intrigue n'est pas inoubliable et Ann Granger ne cherche pas à écrire le roman policier du siècle mais elle nous offre un un très bon moment de lecture. C'est un plaisir de chercher l'assassin dans les rues de Londres en compagnie de Lizzie et Benjamin !

Pour conclure, cette série est une petite pépite que je retrouve toujours avec joie !

Lu pour le challenge A years in England chez Titine et pour le challenge XIXe siècle chez Fanny !

Fanny

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18/01/2016

Passé imparfait, Julian Fellowes

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Après un silence de quarante ans, Damian Baxter écrit au narrateur pour l'inviter dans sa grande et belle demeure. Il a fait fortune et c'est l'ennemi juré du narrateur depuis un mystérieux événement ayant eu lieu quarante ans auparavant lors de vacances au Portugal. Poussé par la curiosité, le narrateur accepte cette invitation et retrouve son ancien ami à l'article de la mort. Damian a reçu, il y a fort longtemps, une lettre lui annonçant qu'il a un fils qu'il n'a pas reconnu et l'insultant pour son comportement passé. Ne possédant plus les forces de partir à la recherche de l'expéditeur de cette lettre anonyme afin de retrouver son fils, il demande au narrateur, comme le dernier service que l'on doit bien à un mourant même s'il est votre pire ennemi, de retrouver la femme qui lui a envoyé cette lettre. Il fournit alors une liste de six jeunes femmes qui auraient pu avoir un enfant de lui à l'époque dont il est question dans la lettre anonyme. Le narrateur était ami avec toutes ces jeunes femmes qu'il n'a pas vues depuis la fameuse soirée au Portugal. Marqués par cet événement, tous les protagonistes de la soirée n'ont plus voulu se revoir, se sont distancés les uns des autres au point de presque oublier l'existence de ces anciens jeunes gens aristocrates devenus des hommes et des femmes en prise avec le monde moderne qui cherche à les faire disparaître. Par sens du devoir, le narrateur accepte cette mission et retrouve chaque femme afin de retrouver le fils de Damian qui héritera d'une fortune colossale d'ici peu.

Le narrateur va devoir se plonger dans son propre passé et dans celui de Damian afin de comprendre pourquoi celui-ci provoqua cet événement apocalyptique qui fit de lui l'ennemi du héros. Cette mission engendrera chez le narrateur de difficiles mises au point personnelles sur son amour fou pour Serena, une jeune fille qui n'avait d'yeux que pour Damian pendant leur jeunesse. Il constatera avec lucidité et sévérité ce que sont devenus l'aristocratie à laquelle il appartenait dans sa jeunesse et ces jeunes gens aveuglés par leur sentiment de supériorité qui n'ont pas su s'adapter au monde des années 70.

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J'ai moins aimé Passé imparfait que ce que je l'aurais souhaité. Après l'épisode final de Downton Abbey j'ai eu envie de rester en compagnie du monde de Julian Fellowes et cette lecture fut en partie une déception. Le livre n'est pas ennuyeux mais il est très lent et très long à lire. Les ravages du temps sur des générations et la chute d'une caste sont les principaux sujets de roman et ils nécessitent évidemment un nombre de pages conséquent. Avec de tels thèmes, la longueur du roman semble inévitable mais j'ai tout de même souffert avec quelques longueurs.  Je ne suis pas parvenue à m'attacher aux personnages: le narrateur, Damian et Serena m'ont agacé. Je reconnais que la description de l'aristocratie est très intéressante et j'ai beaucoup aimé l'ironie présente tout au long du roman.

Fanny

     Lu dans le cadre de A year in England chez Titine !logo-by-eliza1.jpg

 

 

08/12/2015

La terre qui penche, Carole Martinez (MRL15)

 

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La terre qui penche débute par le récit d'une catastrophe naturelle qui a eu lieu au Moyen-âge. Le lit de la Loue s'est asséché et, alors que des hommes, des femmes et des enfants se trouvaient à l'intérieur pour venir admirer cette étrangeté, les eaux sont remontées et ont noyé ces humains. Une vieille âme raconte de cet événement tragique même si elle annonce que la petite fille qu'elle était est morte la veille. Le récit est raconté par deux voix: celle de la vieille âme et celle la petite fille morte qui n'a jamais vieilli et qui prend la parole pour raconter ce que la mémoire de la vieille âme a oublié au fil des siècles. Cette petite fille disparue à 12 ans en 1361 se nomme Blanche et elle est une fille légitime et mal aimée du seigneur Martin qui passe ses journées à faire la guerre et à courir après toutes les femmes. La voix de la vieille âme nous annonce dès le début du roman que la petite fille qui vit à ses côtés est morte à douze ans et, qu'ensemble, elles vont retracer sa courte existence et les événements qui l'ont amené jusqu'à sa disparition.

Dans tout le roman, Blanche cherche partout une image ou un souvenir de sa mère qu'elle n'a jamais connue et dont elle pourrait s'emparer. Blanche, petite et maigrelette, a survécu à la peste qui a ravagé le monde lorsqu'elle était enfant et qui a emporté sa mère. Elle vit avec ses frères et soeurs légitimes, avec ses soeurs bâtardes et passe ses journées à coudre en silence alors qu'elle rêve d'apprendre à lire et à écrire. Selon Martin, ces choses là ne s'apprennent pas aux jeunes filles, il ne faut pas faire entrer le diable dans son esprit. Blanche est gênante au château parce qu'elle parle dans son sommeil, révèle la haine qu'elle ressent pour son père, conteste l'éducation qui lui est donnée. Son destin sera alors tranché par son père et elle devra le suivre. Elle imagine alors le pire, son père la livrera-t-elle au diable ? La sacrifiera-t-elle pour que la peste ne sévisse plus jamais ?

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La Terre qui penche est un conte pour adulte, un poème lyrique et un roman initiatique. J'ai adoré la double narration qui mêle la voix et les souvenirs de l'enfant à ceux de la vieille âme. J'ai aimé l'intrigue dont les péripéties surprennent le lecteur et plus particulièrement à la fin. L'atmosphère du roman est très prenante et nous déambulons avec Blanche dans ces forêts inquiétantes, dans ce château médiéval posté sur une terre qui penche et nous sentons également l'eau de la Loue sur notre peau grâce à l'écriture sensuelle de Carole Martinez. Sous sa plume le monde est fascinant et mystérieux: une rivière devient une belle femme en colère et amoureuse, un cheval couleur terre se transforme en chemin sur lequel l'héroïne avance et un enfant idiot et fou s'imagine poisson. Son écriture poétique et incantatoire ensorcelle le lecteur qui est porté par les phrases et par les mots qu'il répète lentement et à haute voix pour mieux s'en imprégner. Ce roman est très original et je pense qu'il ne laisse pas indifférent. Pour ma part, je l'ai adoré. Je suis ravie d'avoir découvert cette auteur avec La terre qui penche.

Je remercie vivement Price Minister et les matchs de la rentrée littéraire (MRL15) pour ce très beau roman !

" A tes côtés, je m'émerveille.
Blottie dans mon ombre, tu partages ma couche.
Tu dors, ô mon enfance,
Et, pour l'éternité, dans la tombe, je veille.
Tout aurait dû crever quand tu as gagné ton trou, gamine,
Au lieu de quoi la vie a dominé, sans joie.
Seule la rivière a tenté quelque chose pour marquer ton départ, ma lumineuse."

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Fanny et Kheira .

Fanny

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19/10/2015

Hiver, Christopher Nicholson

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Après avoir lu et adoré Loin de la foule déchaînée et Une femme d'imagination et autres contes, je me suis précipitée sur Hiver lorsque Babelio et La Table ronde ont proposé de le recevoir lors de la dernière masse critique. Je les remercie vivement pour cette belle découverte.

Comme un invité de marque, Christopher Nicholson guide le lecteur dès la première page sur le chemin de terre qui mène au cottage des Hardy et nous montre du doigt le vieux monsieur qui descend l'allée de son jardin jusqu'à son portail blanc accompagné de son fidèle Wessex. La vie quotidienne du grand auteur célébré par toute l'Angleterre est strictement organisée: tous les matins, Thomas Hardy promène son chien dans le jardin et malgré ses quatre-vingt-quatre ans il passe le reste de la journée dans son bureau à écrire pendant que Florence, sa seconde épouse de quarante-cinq ans, écrit sa biographie ou répond à son courrier. Même si sa feuille reste vierge, l'auteur n'envisage pas de quitter son bureau sur lequel il s'imagine mourir d'ici peu. Ces journées improductives sont alors pour lui l'occasion de se replonger dans son passée, de se remémorer des souvenirs heureux ou malheureux avec sa première épouse ou simplement de penser à la première adaptation de Tess d'Uberville qui se prépare.

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Après avoir défendu bec et ongles son roman préféré, Thomas Hardy a finalement accepté qu'il soit adapté au théâtre. Comme un dernier sursaut avant la mort, il est tombé sous le charme de la jeune femme de vingt-cinq qui joue Tess: Gertrude Bugler. Et comme le hasard se mêle de tout, il se trouve que Gerturde est la fille de cette mystérieuse et belle paysanne qu'Hardy rencontra un jour de promenade et dont il s'inspira pour créer son personnage. Florence est aux aguets et tente de refréner les élans amoureux et tardifs de son mari. Mais Florence doit également mener d'autres combats : elle est hantée par la première épouse de son mari qui a laissé sur la maison une trace indélébile, elle se sent prisonnière de cette maison froide et sombre à cause des arbres dont elle ne supporte plus l'ombre et qui ne cessent de croître et elle souffre de l'indifférence de son mari.

Elle se trouve reléguée au sombre rôle de secrétaire alors qu'elle a tout sacrifié pour lui et que désormais il n'a plus d'yeux que pour une jeune femme qui joue faux selon Florence et qui n'est pas aussi belle qu'on veut bien le dire.

Hiver n'est ni une biographie distanciée ni une biographie romancée. Hiver est plutôt une sorte de promenade que nous faisons dans le Dorset en tenant le bras de Thomas Hardy d'un côté et de l'autre celui de Florence Hardy.

Nicholson donne la voix à chaque personnage et le narrateur change d'un chapitre à l'autre: les événements sont décrits par Hardy, Florence et Gertrude. Gertrude, le dernier amour oublié de la biographie sur Thomas écrite par Florence, a enfin son mot à dire. Ce changement de narrateur nous laisse percevoir tous les sentiments que les personnages n'osent pas exprimer et permettent au lecteur d'approcher la résignation du grand auteur qui sent sa fin venir ou d'imaginer le désespoir et les regrets de Florence.

Le lecteur est immergé dans l'intimité du couple et assiste au lent et douloureux effondrement du couple et de l'auteur. Je trouve que la psychologie des personnages est parfaitement campée, à tel point que le lecteur a l'impression d'être oppressé comme Florence lorsqu'elle devient narratrice. J'étais parfois mal à l'aise parce que j'avais l'impression d'être dans une position de voyeurisme vis-à-vis de cette femme encore jeune mais qui donne l'impression d'être si vieille et de ce vieux monsieur dont les élans ne sont plus de son âge. Certaines pages sur le temps, sur la dissolution du couple, sur le vieillissement, sur la gloire et sur la mort sont magnifiques, nous touchent droit au coeur et apportent à l'oeuvre une tonalité mélancolique.

"Il avait passé sa vie professionnelle à fréquenter les morts, les ressuscitant sous diverses apparences imaginaires: il ne parvenait pourtant pas, quand on l'y acculait, à croire à l'existence d'une vie après la mort, à tout le moins au sens d'une vie après la mort qui serait une prolongation de l'existence terrestre. Il y avait trop d'arguments contre, en dépit de tout le mal que s'étaient donné les spirites. Mais l'idée d'un sursis, d'un retrait progressif plutôt que soudain parmi les ombres, lui plaisait encore. "

Les descriptions de la nature et de l'Angleterre du début du Xxe siècle sont très bien rendues. Nous avons l'impression d'être au coin du feu, dans un fauteuil près de celui de Thomas Hardy en buvant un thé en compagnie de James Matthew Barrie alors que le vent souffle en rafales à l'extérieur.

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Hiver ne se lit pas d'une traite mais il se lit au coin d'un feu, sous un plaid et dans un silence absolu pour que les mots résonnent plus longtemps en nous. Vous l'aurez compris, l'écriture de Christopher Nicholson et Hiver m'ont séduite. 

Fanny

 

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Lu dans le cadre A year in England  

10/09/2015

Les jours fragiles, Philippe Besson

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Le poète génial, l'ancien adolescent révolté, l'aventurier africain est de retour en France. Isabelle ne l'attendait plus, ne l'espérait plus. Le roman est le journal de cette petite soeur qui connaît mal ce frère constamment fuyant. Elle sait bien qu'il n'est revenu que parce qu'il en a été forcé. Arthur Rimbaud doit soigner son genou infecté. A Marseille, son mal est plus grand qu'il ne l'imaginait et les médecins l'amputent. Coincé dans cet hopital, souffrant atrocement, Arthur espère infiniment retourner en Afrique. Il n'a que cette idée en tête comme s'il n'avait pas compris que ses expéditions n'auront plus jamais lieu. Son état s'aggrave.

Le poète désire rentrer une dernière fois dans les Ardennes, chez celle qu'il surnomme la mère Rimb' pour retrouver sa soeur Isabelle qui n'a pas pu le rejoindre à Marseille et pour revoir cette terre qu'il a voulue fuir toute sa vie et qu'il déteste tant. Isabelle observe les retrouvailles de Rimbaud et de sa maison d'enfance, les silences qui séparent chaque jour un peu plus le fils et sa mère et le poète lui confie certains de ses secrets et de ses souvenirs.

 

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Ce séjour d'un mois semble déjà trop long à celui qui reste l'adolescent en colère: malgré ses nombreuses souffrances, Arthur veut repartir au plus vite en Afrique et pour cela il est prêt à tout. Isabelle consigne ses peurs, celles de son frères également, son désespoir lorsqu'elle comprend que son frère est perdu mais aussi ses inquiétudes concernant la postérité d'Arthur et l'Enfer qui l'attend après sa mort si elle ne parvient pas à le sauver malgré lui.

Je n'ai encore jamais lu de Philippe Besson mais aimant énormément Rimbaud j'ai eu envie de me plonger dans ce roman. L'auteur prête sa voix à une femme empêtrée dans les carcans de ce siècle, étouffée par sa mère, par ses croyances catholiques et par sa relation compliquée avec son frère. Nous pouvons percevoir l'influence importante qu'Isabelle a eu sur la postérité d'Arthur. Elle a tenté de mystifier la vérité et de lisser le portrait de ce génie qui a voulu vivre toutes les expériences. L'auteur utilise un style simple et mélancolique et rend ainsi les derniers mois du poète émouvants. Les jours fragiles est un livre intéressant pour mieux connaître le poète et bien écrit mais il ne fut pas pour moi un coup de coeur.

"Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'oeil furieux: sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or: je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. Je serai [...] sauvé." Rimbaud,  Une Saison en enfer

 

Lu dans le cadre du challenge XIXe siècle chez Fanny

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Fanny