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30/10/2016

L' Affaire de la belle évaporée, J.J Murphy

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Dorothy Parker, la reine des répliques cinglantes, fait son grand retour avec son "cercle vicieux" pour mener une nouvelle enquête dans l'Hôtel Algonquin à New York dans ce second volume intitulé L'Affaire de la belle évaporée qui sortira le 3 novembre.

Alors que tous préparent une grande fête pour le 31 décembre dans une suite, un cas de variole est découvert et l'Algonquin est mis en quarantaine. Les clients de l'Hôtel se retrouvent malgré tout pour fêter la nouvelle année à venir dans la suite d'un couple de prestigieux acteurs. Les invités viennent de tous les horizons: Dorothy Parker et ses amis, Bibi Bilelot la vedette du moment et sa concurrente du moment Lydia ou encore Arthur Conan Dolye, le célèbre créateur de Sherlock Holmes et son ami le docteur Hurst. Après une arrivée remarquée et provocante qui échauffe les esprits, Bibi Bibelot se baigne dans une baignoire remplie de champagne alors que Dorothy et ses amis s'amusent au jeu de l'assassin. Comme le veut la tradition, les invités descendent à minuit pour se souhaiter la bonne année dans le hall de l'hôtel. Poursuivant le jeu de l'assassin, Dorothy qui a pioché le rôle du tueur, envoie Woollcoot dans la suite des acteurs pour "l'assassiner". Alors qu'elle prépare une réplique "mortelle" dans la suite, Dorothy découvre le corps de Bibi, assassinée dans la baignoire au champagne. Woollcoot s'autoproclame détective et entend bien débusquer le véritable assassin de Bibi. Dorothy accompagnée par son tendre ami Benchley et par Conan Doyle mène l'enquête de son côté.

Quelle joie de retrouver Dorothy Parker et le cercle vicieux dans ce second volume !

Les éléments qui ont fait le succès du premier se retrouvent dans cette nouvelle enquête. J.J Murphy sait nous transmettre toute la tendresse qu'il ressent pour ses personnages. Le roman est tout aussi farfelu et rigolo, on aime suivre ces personnages qui courent à tous les étages de l'hôtel pour chercher des preuves, retrouver l'assassin, traquer des gangsters déguisés ou encore fuir Woollcott qui les agace. Certains passages de ces courses poursuites dans l'hôtel m'ont fait penser à la scène finale de Certains l'aiment chaud dans laquelle Joe et Jerry, déguisés tour à tour en Daphné et Joséphine, en vieil homme handicapé et en son garde malade ou en serveurs fuient des gangsters. Les réflexions piquantes et acides de Dorothy et les jeux de mots de ses amis font le plaisir des lecteurs. L'ambiance du New York des années 20, de la prohibition et des starlettes de Broadway est toujours aussi bien installée par J.J Murphy. Le personnage d'Arthur Conan Doyle que l'on découvre dans ce second tome apporte un petit charme british au roman. L'intrigue policière n'est pas la plus importante dans ces romans puisque J.J Murphy laisse la plus belle part à l'humour, aux scène cocasses et aux répliques qui fusent avec intelligence. Certains des personnages du roman ont véritablement vécus, J.J Murphy expose rapidement à la fin du roman ce qu'il a modifié de la vie réelle de ses personnages pour les besoins de sa fiction. J'ai trouvé ces quelques pages très intéressantes. L'Affaire de la belle évaporée fut une lecture très plaisante pour toutes ces raisons.

Si vous n'avez pas encore lu le premier tome, Le cercle des plumes assassines, il est désormais disponible en poche chez Folio et vous pouvez lire ou relire ma critique ici. 

" Ma foi, vous savez ce que je dis toujours: si vous n'avez rien d'agréable à dire de quelqu'un, venez vous asseoir à côté de moi."

"Woollcott bomba le torse.

- Je tiens à m'entretenir en personne avec les autorités. Et à obtenir leur autorisation officiellr pour traiter cette folle affaire.

- Vous êtes le seul fou bon à être traité, dans le coin."

 

Merci aux éditions Baker Street pour cette lecture si plaisante !

Fanny
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21/10/2016

Chanson douce, Leïla Slimani

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La cruelle chanson douce de Leïla Slimani commence par cette phrase qui n'est pas sans nous rappeler le début de L'Etranger d'Albert Camus : "Le bébé est mort."

Leïla Slimani nous livre la fin de l'intrigue dès le premier chapitre: Myriam rentre plus tôt du travail pour passer davantage de temps avec ses enfants et découvre les corps de Mila et d'Adam, tués par Louise, la nounou, qui a tenté de se suicider. Nous n'avons alors plus qu'une seule question: Pourquoi Louise en est-elle venue à tuer deux enfants qu'elle semblait aimer ? Connaissant la fin et ayant ainsi une supériorité sur les personnages, le lecteur prend de la hauteur et regarde alors les protagonistes s'animer, comme s'ils étaient de petites poupées, jusqu'au dénouement. Le roman rembobine la chronologie et on retrouve Myriam, débordée, se laissant submerger par l'aigreur et les regrets, ayant l'impression d'être exclue de la vie et qui décide de trouver une nounou pour pouvoir reprendre son travail d'avocate. Paul et Myriam ont choisi Louise, une sorte de Mary Poppins: elle est parfaite, aime immédiatement Mila et Adam, fait à manger et range l'appartement. Myriam retrouve avec joie son travail et la carrière de Paul prend un nouveau tournant. Le couple rentre de plus en plus tard, Louise s'immisce de plus en plus dans leur vie. Le couple ne peut plus se passer d'elle et Louise, veuve, sans nouvelle de sa fille, a enfin l'impression de plus souffrir de la solitude et de faire partie d'une famille aimante. Petit à petit, Louise semble agir étrangement mais elle est toujours plus dévouée à la famille. Myriam et Paul remarquent ces bizarreries, envisagent de la congédier mais ils ne franchissent jamais le pas. Une relation complexe et ambiguë s'est crée entre cette famille et la nounou et le piège se referme tout doucement sur eux.

Chanson douce est un thriller et un conte cruel de notre vie moderne qui aborde de nombreux sujets. Leïla Slimani dresse un portrait criant de vérité d'un jeune couple qui ressemble à tant de couples d'aujourd'hui: Myriam a besoin de travailler pour ne pas devenir une horrible mégère mais elle culpabilise à chaque instant de laisser ses enfants, Paul, qui s'était juré de ne jamais avoir de principes rigides, se montre autoritaire lorsqu'il s'agit de l'éducation de ses enfants. L'auteur aborde également le thème de l'argent: ces couples égoïstes, laissent entrer ces nourrices dans leur intimé mais ils ne les connaissent pas véritablement et ne cherchent pas à les aider face à leurs problèmes financiers.

Leïla Slimani décrit avec beaucoup de tendresse ces nounous, vivant dans la précarité, venues du bout du monde qui protègent et aiment des enfants qui oublient leur nom et qui ne les reconnaissent pas dans la rue lorsqu'ils sont devenus adolescents. L'écriture de Leïla Slimani est tranchante, efficace et nous tient en haleine durant tout le roman.

Vous l'aurez compris, j'ai tout aimé dans ce roman. Chanson douce est une très belle réussite !

"Il y a les mères aussi, les mères au regard vague. Celle qu’un accouchement récent retient à la lisière du monde et qui, sur ce banc, sent le poids de son ventre encore flasque. Elle porte son corps de douleur et de sécrétions, son corps qui sent le lait aigre et le sang. Cette chair qu’elle traîne et à qui elle n’offre ni soin ni repos. Il y a les mères souriantes, radieuses, les mères si rares, que tous les enfants couvent des yeux. Celles qui n’ont pas dit au revoir ce matin, qui ne les ont pas laissés dans les bras d’une autre. Celles qu’un jour de congé exceptionnel a poussées là et qui profitent avec un enthousiasme étrange de cette banale journée d’hiver au parc."

"Son cœur s'est endurci. Les années l'ont recouvert d'une écorce épaisse et froide et elle l'entend à peine battre. Plus rien ne parvient à l'émouvoir. Elle doit admettre qu'elle ne sait plus aimer. Elle a épuisé tout ce que son cœur contenait de tendresse, ses mains n'ont plus rien à frôler."

Merci à Price Minister pour les Matchs de la rentrée littéraire !

Fanny

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16/10/2016

The Girls, Emma Cline

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Evie passe quelques jours toute seule dans la maison d'un ami avec vue sur la mer. Alors que le fils adolescent de son ami fait irruption dans la maison pour passer une nuit avec sa petite amie, Evie se souvient de sa propre jeunesse. Lorsque ses parents se sont séparés et que sa meilleure amie a pris ses distances, Evie s'est retrouvée seule et s'ennuyait. Elle était une adolescente dans les années 60 en Californie et elle traînait sa solitude dans un parc ou un super marché lorsqu'elle rencontre par deux fois Suzanne, une jeune femme mystérieuse à la beauté envoûtante. Evie est immédiatement attirée par Suzanne et devient prête à tout pour parler à cette jeune femme brune qui semble différente de toutes les personnes qu'elle a rencontrées.

Suzanne la conduit au repère de son groupe, un vieux ranch dans lequel la saleté, le désordre et le partage entre jeunes gens font loi. Personne ne possède rien, chacun pioche dans un sac de vêtements commun, chaque membre a un rôle dans la maison et les enfants grouillent partout sans que l'on sache qui sont les parents. Evie, délaissée par sa mère et son père qui s'occupent davantage de leur nouveau conjoint respectif, trouve dans ce ranch un foyer et dans ces jeunes gens une nouvelle famille parmi laquelle on trouve un lot de jeunes femmes admiratives et envoûtées par Russell. L'influence de Russell, manipulateur et séducteur, est immense sur les autres habitants du ranch et il devient une sorte de gourou pour ces jeunes femmes: il donne les ordres, elles les exécutent. A 14 ans, Evie découvre une nouvelle vie dont les horizons sont plus vastes et la liberté sans limites. Toutes les frontières fixées par la société de l'époque n'existent : la propriété privée et la propreté sont bannies du ranch alors que la drogue, l'alcool, le sexe, le vol font partie intégrante de cette vie commune. Evie, à la recherche de sa propre personnalité et d'affection, abandonne la gentille adolescente qu'elle était pour devenir un membre à part du ranch. Elle adopte tous les principes et les règles de vie que le groupe prône tant elle est attirée par Suzanne. Mais au fur et à mesure le verni s'écaille et ce groupe ressemble de plus en plus à une secte aux yeux d'Evie. La violence de Russell s'accrue, Suzanne prend ses distances et certains membres quittent le ranch. Spectatrice de tous ces changements, Evie aperçoit de plus en plus distinctement le nouveau chemin violent et fou que semble suivre la secte.

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The Girls est inspiré par l'histoire de la secte dirigée par Charles Manson qui commis des assassinats d'une grande violence et sans véritables motifs apparents à la fin des années 60 en Californie dont celui de Sharon Tate. Charles Manson prévoyait les meurtres, "ses filles" les commettaient. Ces meurtres bouleversèrent les Etats-Unis et l'image bien gentille et insouciante des hippies de la fin des années 60 disparut avec cette secte.

Emma Cline met en scène la fascination du mal et de la violence. Evie est fascinée par Suzanne, la meurtrière la plus violente du groupe et même lorsqu'elle prend connaissance des assassinats, les filles sont toutes envoûtées par la folie de Russell et le lecteur est également happé par la descente aux enfers du groupe. Ce roman est étrangement prenant. Une fois qu'Evie fait partie de la communauté du ranch nous sommes piégés par un double élan: le lecteur veut suivre ces personnages fous qui le fascine également mais en même temps il est mal à l'aise durant divers scènes glauques.

The Girls est également un roman d'apprentissage: Evie perdra son innocence dans ce roman et deviendra une adulte hantée par ce qu'elle a vécu avec cette secte.

J'ai d'abord eu un peu de mal à entrer dans le roman : la première partie qui nous montre Evie adulte n'est pas la plus prenante et puis il faut s'habituer au ton du roman. Les 100 dernières pages sont haletantes et sont vraiment l'apogée du roman. Evie adulte s'interroge: qu'aurait-elle fait si elle était partie avec le groupe qui allait assassiner la famille ?

Avant de lire The Girls j'avais entendu des avis dithyrambiques sur le roman. Mon ressenti est moins enthousiaste: j'ai beaucoup aimé The Girls mais ce ne sera pas le livre de l'année pour moi. L'engouement pour le roman est tout à fait mérité: The Girls est vraiment une lecture atypique qui créer un ressenti complexe chez son lecteur qui ne peut pas rester indifférent. Même si The Girls ne fut pas un coup de cœur je sais que ces filles-là vont rester une lecture marquante pour moi.

" C'est seulement après le procès que certaines choses se précisèrent, cette nuit-là formait maintenant un arc familier. Tous les détails et les anomalies étaient rendus publics. Parfois, j’essaie de deviner quel rôle j’aurais pu jouer. Quelle responsabilité me reviendrait. Il est plus simple de penser que je n’aurais rien fait, peut-être les aurais-je arrêtés, ma présence étant l’ancre qui aurait maintenu Suzanne dans le monde des humains. C’était un souhait, la parabole convaincante. Mais il existait une autre possibilité lancinante, insistante et invisible. Le croque-mitaine sous le lit, le serpent au pied de l'escalier: peut-être que j'aurais fait quelque chose, moi aussi. Peut-être que ça aurait été facile. "

Merci à Babelio et aux éditions de La Table ronde.

J'ai partagé ma lecture avec Fanny du Manoir aux livres !

Fanny

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17/09/2016

Le témoignage du pendu, Ann Granger

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Le témoignage du pendu est le cinquième volume des enquêtes de Benjamin et Elizabeth Ross. Mills, un condamné à mort, demande comme dernière volonté de s'entretenir avec l'homme qui l'a arrêté: Benjamin Ross. Avant de mourir, il veut soulager sa conscience : pendant dix-sept il a gardé le silence mais aujourd'hui il veut témoigner sur un crime dont il a été le témoin. Piégé par l'orage en pleine campagne, Mills chercha refuge dans la seule maison des alentours. Il s'approcha de cette maison et aperçut par la fenêtre un vieil homme se faire tuer par une jeune femme. Effrayé, il fuit et se tut pendant dix-sept. Benjamin Ross ne sait que penser: Mills dit-il la vérité ou est-ce une astuce pour retarder sa condamnation à mort? Lizzie se propose alors pour retourner sur les lieux, retrouver cette maison et le nom de la victime. Alors que Mills est exécuté et que le couple Ross espère trouver assez de preuves pour ouvrir officiellement l'enquête, Monsieur Canning, bourgeois londonien, déclare que sa femme et sa fille ont été enlevées par des malfaiteurs à la recherche d'une rançon. Le doute s'installe dans l'esprit de Benjamin: il pense avoir aperçu la veille cette femme et son enfant dormant sous un pont de Londres. Benjamin et Lizzie devront alors résoudre deux mystères : comprendre la disparition de Madame Canning et Charlotte afin de les retrouver vivantes et trouver des preuves pour confondre une meurtrière qui a échappé à la justice pendant dix-sept ans.

Ce cinquième tome est, selon moi, le moins réussi de tous. Mon ressenti est mitigé: j'étais ravie de retrouver ce couple pour une nouvelle enquête et l'ambiance de l'Angleterre du XIXe siècle décrite par Ann Granger me plait toujours autant. Mais cette double intrigue ne m'a pas convaincue. Le début était prometteur mais la disparition de Madame Canning et sa fille vient se greffer à la première enquête sans apporter de véritable intérêt à l'histoire. L'enquête de la disparition est intéressante parce qu'elle décrit la condition féminine et les malheurs que les femmes du XIXe siècle devaient fatalement subir. Mais elle n'est pas intéressante en elle-même et elle est vite résolue par le lecteur. L'intrigue concernant le meurtre vieux de dix-sept est plus palpitante mais elle s'essouffle à cause de la seconde enquête qui l'a ralentie. Enfin, Lizzie Ross n'est pas assez présente à mon goût.
J'espère que cette petite déception avec Le témoignage du pendu sera effacée par un sixième volume qui aura les qualités des volumes précédents !

Fanny

Lu dans le cadre du challenge XIXe siècle chez Fanny et de A year in England chez Titine.

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29/06/2016

L'été avant la guerre, Helen Simonson

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Beatrice Nash arrive à Rye, petite ville rurale du Sud de l'Angleterre, durant l'été 1914. Elle est la nouvelle professeur de latin de l'école de Rye. Orpheline depuis peu, Beatrice sait que ce poste lui permettra de s'affranchir de la tutelle de sa tante bourgeoise et de mener la vie qu'elle souhaite en restant célibataire et en écrivant. Agatha Kent, femme à fort caractère influente dans le village, l'accueille, la chaperonne et lui présente le beau monde du village mais aussi les familles moins fortunées. Beatrice rencontre également les deux neveux d'Agatha: Daniel, poète cynique, extravagant et d'une grande beauté et son cousin Hugh, médecin intelligent et drôle. Beatrice n'est pas insensible aux charmes de Daniel et à l'intelligence de Hugh. Elle s'attache également à Agatha qui la défend et la protège des attaques de la femme du maire, Bettina Fothergill, première concurrente et ennemie d'Agatha. Le cercle d'Agatha Kent compte également un écrivain de renom que Beatrice admire, la fille du pasteur militant pour le droit de vote des femmes, des bourgeoises et plus tard un professeur belge réfugié en Angleterre avec sa fille. Alors que Beatrice rêve de publier un recueil des lettres de son père, que Daniel désire créer une revue poétique avec un ami et que Hugh fait des projets matrimoniaux et professionnels, la guerre est déclarée. Elle chamboule la vie de tous les personnages: homme et femme, envoyé au front en France ou resté en Angleterre.

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Les personnages imaginés par Helen Simonson sont très attachants. Ils sont le point très positif du roman: ils sont intelligents, drôles, sensibles et ne peuvent laisser insensibles. J'ai adoré les échanges sarcastiques ou moments de tendresse entre Daniel et Hugh. Agatha Kent est également très vive, tendre et drôle. La petite "guéguerre" qu'elle mène contre l'épouse du maire pour avoir la plus grande influence possible dans le village est très drôle. Helen Simonson a su équilibrer des instants de légèreté et d'ironie et d'autres tragiques et touchants dans son roman. La fin est très réussie et particulièrement émouvante. 

J'ai trouvé que le roman était un peu trop long, particulièrement au début. J'ai cru que Beatrice occuperait dès les premières pages son poste de professeur et que la guerre serait déclenchée très rapidement. Le début est trop long mais je crois que l'auteur avait tout de même besoin de tout ce temps pour créer une certaine ambiance et pour nous présenter tous les personnages du village. L'ambiance est réussie : entre ragots, guéguerres, amitiés, vieilles rancunes, rivalités, le lecteur s'amuse de tous ces personnages et a vraiment l'impression de faire partie du village. On a un peu l'impression de se trouver dans le village de Donwnton Abbey ou dans celui des Dames de Cranford d'Elizabeth Gaskell.

Helen Simonson parvient également à dresser le portraits des laissés pour compte du début du Xxe siècle: les femmes et les pauvres. Les femmes sont encore les gentilles marionnettes qui doivent faire ce que la société attend d'elles: Beatrice ne peut pas disposer de son héritage comme elle l'entend, elle ne peut pas affirmer qu'elle écrit sans se faire traiter d'idiote, l'intelligente Abigail a été retirée de l'école car elle doit être une sage petite servante, Mme Witte, divorcée et écrivain à succès est la pariât du village. Les pauvres sont destinés à le rester et même le directeur d'école n'espère pas que la culture et l'enseignement puissent leur permettre une ascension sociale. Beatrice semble être l'héroïne du roman mais de nombreux personnages ont une place très importante. Helen Simonson a dressé le portrait des hommes et des femmes de toute une époque qui s'apprête à sombrer dans l'horreur.

L'été avant la guerre contient des longueurs mais reste une lecture agréable. Les personnages intelligents, drôles et l'ambiance créée dans le roman sont plein de charmes.

Je remercie les éditions Nil et Babelio pour cette agréable lecture !

Fanny

Lu dans le cadre du mois anglais chez Cryssilda et Lou.

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20/06/2016

Freddie Friday, Eva Rice

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Marnie est l'élève exemplaire d'un lycée privé, douée en mathématiques et belle fille d'un acteur célèbre. Miss Crewe est sa brillante professeur de mathématiques, ancienne danseuse et amoureuse blessée depuis de longues années. Marnie et Miss Crewe sont tour à tour narratrices. Pour fêter sa réussite spectaculaire à un examen de mathématiques, Marnie et son amie Rachel font l'école buissonnière. Devant l'usine de la ville, elles rencontrent un jeune homme mystérieux, Freddie Friday, qui attire Marnie comme un aimant. Elles boivent plus que de raison et lorsqu'elles rentrent au lycée pour participer à la traditionnelle cérémonie qui consiste à nager dans la piscine, dans l'obscurité et en tenant une chandelle dans la main, un drame se produit. La vie de Marnie est alors bouleversée. Elle se rappelle de ce jeune homme rencontré avant le drame: Freddie Friday. Son obsession est de le retrouver. Freddie est un électricien qui passe ses samedis après-midi à danser clandestinement dans l'usine dans laquelle il travaille. Il ne vit que pour la danse malgré les réticences de son grand-père chez lequel il vit depuis le décès de ses parents. Marnie découvre son rêve de gloire et lui propose de lui trouver un professeur pour l'aider à progresser: Miss Crewe, l'ancienne danseuse qui a dû devenir professeur de mathématiques. Miss Crewe accepte sur un coup de tête de s'embarquer dans l'aventure proposée par Marnie : elle passe ses samedis avec Marnie et Freddie dans l'usine. Ces cours à la sauvette la replonge dans son propre passé, dans ses aventures à New-York alors qu'elle cherchait à être remarquée et à vivre de sa passion et dans ses rêves d'amour auprès de Jo. Elle remue des souvenirs qu'elle désire enterrer depuis de longues années mais dont elle ne parvient pas tout à fait à se défaire. Marnie, quant à elle, a l'impression d'avoir tout perdu et s'accroche aux rêves de Freddie comme si c'était les siens. Chaque membre du trio vit dans l'attente de ces retrouvailles du samedi après-midi. Des relations complexes se tissent entre les personnages. La rencontre de ce trio laissera une trace indélébile dans la vie de chaque personnage.

Freddie Friday est un roman d'apprentissage très agréable à lire et Eva Rice ne cherche jamais la facilité dans sa narration ou dans les personnalités des personnages et leurs relations. Le lecteur n'a pas l'impression que tout est tracé dès le début. Le roman réserve des surprises au lecteur. J'ai beaucoup aimé la double narration féminine: celle de Marnie qui cherche une lumière pour sortir de l'obscurité dans laquelle elle est plongée, qui découvrira un secret familial et qui est follement amoureuse de Freddie et celle de Miss Crewe, tournée vers le passé et qui lui permet de dépasser ses blocages. Les trois personnages principaux sont une grande qualité du roman: ils tous les trois attachants et ne sont pas lisses ou mièvres même si l'un des grands thèmes du roman est l'amour. Mention spéciale pour le frère de Marnie, Caspar, jeune homme intelligent et a l'humour noir.

N'étant pas une fanatique des mathématiques (...) et la danse n'étant pas la forme artistique qui me plait le plus, j'avais un peu peur de passer parfois "à côté" de certains passages du roman mais ce ne fut pas du tout le cas !

Freddie Friday est un roman touchant et agréable qu'il faut lire au plus vite ! Je le vois très bien trôner très vite sur les chaises longues de jardin et serviettes de plage cet été.

Je remercie vivement les Editions Baker Street et Madame Liebow qui m'a fait découvrir la fameuse Eva Rice dont les deux premiers romans ont été des succès !

Fanny

Lu dans le cadre du mois anglais et de la journée auteur anglais contemporain organisés par Cryssilda et Lou.

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01/06/2016

Manderley for ever, Tatiana de Rosnay

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L'an dernier lorsque Manderley for ever est sorti, j'ai eu très envie de le lire, tout comme beaucoup de lecteurs. Les éloges fleurissaient sur les blogs. J'avais déjà lu Le monde infernal de Branwell Brontë, L'Auberge de la Jamaïque et Le Bouc émissaire mais je voulais lire Rebecca avant de découvrir Manderley for ever.

En préparant ma PAL pour le mois anglais j'ai eu très envie de sortir cette biographie de ma bibliothèque, enfin.

Tatiana de Rosnay retrace la vie de Daphné du Maurier en parcourant les lieux chers à l'auteur. Chaque partie de la biographie est dédiée à un lieu de vie de Daphné et ces parties débutent par la découverte de ces endroits par Tatiana de Rosnay en 2013. J'ai beaucoup aimé le choix de cette structure qui révèle l'amour passionné de Daphné du Maurier pour les lieux, les demeures et les jardins dans lesquels elle a vécu de son enfance à son décès.

Petites filles d'un artiste et écrivain, filles d'un acteur, les soeurs du Maurier sont nées dans une berceau protégé par la fée des Arts qui leur a attribué le don de l'imagination et de la création. Dès leur plus jeune âge, Daphné et son aînée Angela écrivent alors que Jeanne, la petite dernière, peint. Elles fréquentent des comédiens, des auteurs comme James Batthew Barrie qui est un intime de la famille et le tuteur de leurs cousins germains. Devenue jeune fille, Daphné séjourne en France pour apprendre le Français, la langue de ses ancêtres et perfectionner son éducation. Elle tombe amoureuse de Fernande Yvon, la directrice de son école. De retour en Angleterre, Daphné sait déjà qu'elle veut gagner son indépendance grâce à ses nouvelles et romans. Très rapidement, Daphné se marie et connaît le succès avec L'Amour dans l'âme, L'Auberge de la Jamaïque et vient enfin la gloire avec Rebecca. Daphné devient une des auteurs les plus lues au monde. Ses ancêtres français, les lieux, les voyages l'inspirent pour ses romans qui sont la plupart du temps des succès populaires mais que les critiques égratignent. Daphné, à son grand désespoir, est cataloguée comme auteur "romantique" et "gothique" malgré ses protestations. Les malheurs, tourments se multiplient et la mémoire de Daphné est effacée petit à petit par un brouillard que l'auteur ne parviendra pas à faire disparaître.

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L'amour profond de Tatiana de Rosnay pour Daphné Du Maurier fait de Manderley for ever une réussite. Parfois, les biographies semblent écrites par des gens qui n'aiment pas la personne dont il retrace la vie et le livre paraît alors froid et distant. L'admiration du biographe pour son sujet est une nécessité selon moi pour écrire une biographie agréable à lire. Manderley for ever est une biographie passionnée qui se lit comme un roman que l'on ne peut plus abandonner.

La personnalité de Daphné du Maurier est complexe: déterminée, passionnée par ses amours et par son domaine Menabilly, intransigeante, éprise de liberté, indépendante mais aussi égoïste et préférant désespérément son fils à ses filles. Manderley for ever nous donne envie de visiter Fowey et de lire les romans de Daphné, plus particulièrement Ma cousine Rachel dans mon cas. Tatiana de Rosnay, par un tour de force, nous montre si bien la passion profonde de Daphné pour l'écriture qu'elle en vient presque à donner envie au lecteur d'écrire. L'écriture de Tatiana de Rosnay est très agréable.

Je vous conseille de lire Manderley for ever qui est une véritable réussite !

" Daphné fait partie de ces écrivains qui préfèrent regarder en arrière, pas de l'avant, qui sont capables de noircir des pages entières sur ce qui fut, un lieu, une trace, mettre des mots sur la fugacité de l'instant, la fragilité du souvenir qu'il faut embouteiller comme un parfum. "

Fanny

Lu dans le cadre du mois anglais organisé par Lou et Cryssilda

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