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06/09/2016

Chaleur du sang, Irène Némirovsky

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L'été dernier, j'avais lu et adoré Suite Française. J'avais été bien incapable de partager mon avis tant le roman était dense, riche et beau. Avec Chaleur du sang, roman plus court, je m'en sens à peu près capable.

Le roman se déroule dans les années 30 dans la campagne bourguignonne. Silvio, un vieil homme, assiste au mariage de Colette, la fille d'une amie, et de François. Le lecteur suit plusieurs couples : il y a Colette et François, fraîchement mariés, Brigitte, mariée à un vieil homme mais qui aime passionnément son amant Marc et Hélène et François, les parents de Colette, qui s'aiment comme au premier jour lorsque Hélène était encore l'épouse d'un premier mari. Les destins de ces trois couples sont tous entremêlés par des secrets qu'ils pensaient enfouis mais qui resurgissent lors d'un événement tragique qui affectera Colette et Françoise. Du haut de sa sagesse et sa solitude, Silvio, le narrateur, observe ces passions amoureuses et se souvient de sa propre jeunesse, à l'époque lointaine où il brûlait encore de cette "chaleur du sang", disparue pour lui aujourd'hui.

Ce roman est un tableau réaliste et acerbe de la campagne et des paysans qui n'est pas dénué de tendresse pour le monde rural. Chaleur du sang est une tragédie, celle de la jeunesse qui brûle et se consume dans ses amours et ses égarements et celle de la vieillesse qui se meure par manque de passions. Irène Némirovsky dresse un sublime portrait de la jeunesse et de la vieillesse. C'est également la tragédie de tout un village dans lequel tous les habitants semblent liés par un même destin inéluctable. L'événement tragique qui bouleverse la vie de ces trois couples parait inévitable au regard du passé de leurs ancêtres et de leurs secrets. L'écriture d'Irène Némirovsky est incroyablement belle, délicate et poétique. Je suis de nouveau sous le charme de l'intrigue, des personnages et de l'écriture d'Irène Némirovsky.

"Je ressemble à un faune : un vieux faune vraiment, qui ne court plus les nymphes, qui se cache au coin de son feu. Et comment décrire les plaisirs que j'y trouve ? Je jouis de choses simples et qui sont à ma portée : un bon repas, un bon vin, ce carnet où je me procure, en y griffonnant, une joie sarcastique et secrète ; par-dessus tout la divine solitude. Que me faut-il de plus ? Mais, à vingt ans, comme je brûlais !...Comment s'allume en nous ce feu ? Il dévore tout, en quelques mois, en quelques années, en quelques heures parfois, puis s'éteint. Après, vous pouvez dénombrer ses ravages. Vous vous trouvez lié à une femme que vous n'aimez plus, ou, comme moi, vous êtes ruiné, ou, né pour être épicier, vous avez voulu vous faire peintre à Paris et vous finissez vos jours à l'hôpital. Qui n'a pas eu sa vie étrangement déformée et courbée par ce feu dans un sens contraire à sa nature profonde ? Si bien que nous sommes tous plus ou moins semblables à ces branches qui brûlent dans ma cheminée et que les flammes tordent comme elles veulent."

Fanny

 

07/04/2016

Jude l'obscur, Thomas Hardy

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Après mon coup de coeur pour Tess d'Urberville et avant d'aller visiter le sud de l'Angleterre d'ici quelques jours, j'ai voulu lire le dernier roman de l'auteur, considéré comme l'ultime chef d'oeuvre de Thomas Hardy : Jude l'obscur, roman à ne pas mettre en des mains tristounettes sans prendre le risque de les rendre encore plus désespérées.

Je ne vous raconterai pas toute l'histoire de Jude, tout d'abord le roman perdrait de son intérêt et je ne suis pas certaine de lui rendre justice. (Mieux vaut ne pas lire la quatrième de couverture du Livre de poche.)

Nous pouvons juste esquisser les premières fondations du roman qui sont si importantes pour la suite. Jude, un jeune orphelin, vit chez sa tante et travaille pour ne pas être considéré comme une bouche inutile à nourrir par sa parente. Lorsque son maître d'école quitte le village au début du roman, il lui fait promettre de ne jamais abandonner ses études et de toujours chercher à se cultiver. Jude fait cette promesse qui va orienter son destin. Dès lors, Jude n'a qu'une obsession: aller à Christminster, ville universitaire et pieuse, pour devenir quelqu'un : un homme cultivé, intelligent, affranchi de la terre et de la misère. Il n'aura de cesse de tendre vers cet objectif mais de nombreuses barrières se dresseront devant lui.

Ces obstacles seront extérieurs: la société telle qu'elle est au XIXe siècle ne permet pas à un petit jeune homme obscur de devenir un grand homme, ne donne ni temps ni forces à un travailleur manuel usé par ses journées de labeur pour s'instruire. De plus, cette société est est composée d'hommes et de femmes rongés par les préjugés, le fanatisme religieux, l'hypocrisie, nourris de scandales, de ragots et qui aiment plus que tout juger leur prochain. Les difficultés rencontrées par Jude seront également liées à sa propre personnalité: sa faiblesse pour l'alcool, sa sensualité qui le pousse dans les bras d'Arabella, sa passion pour Sue, ses propres préjugés et croyances religieuses joueront également contre lui et contre son idéal. Enfin, la pensée de Jude se trouvera confrontée à celle de Sue, sa cousine. Les idées de Jude en seront chamboulées: Jude est croyant, considère les cérémonies et lois religieuses comme sacrées. Sue, plus libre et indépendante que son cousin, est cultivée et possède un esprit critique aiguisé. Sans jamais le dire, ses faits et gestes montrent qu'elle ne croit pas en Dieu et elle rejette les institutions religieuses.

Jude l'obscur est une tragédie moderne : comme chez les Grecs, le "fatum", le destin se joue des personnages. Ils sont quatre: Jude, Sue sa cousine, Arabella une jeune paysanne et Richard un instituteur. Il seront désespérément liés, séparés et amenés à se rencontrer sans cesse au fil du roman. Ils subiront chacun leur tour les choix des autres personnages, le regard et les jugements de leurs contemporains et les nombreux pièges que la société du XIXe siècle tend à l'homme tout au long de sa vie pour le contraindre, le soumettre et anéantir sa liberté: le mariage et la religion. Sue et Jude, couple maudit, ont "cinquante ans d'avance sur leur monde". Influencé par Sue, Jude rejettera les lois sociales et religieuses auxquelles il se soumettait. Ils n'auront de cesse de chercher leur propre bonheur. Petits voiliers pris dans une tempête, ils se battront contre vents et marées pour vivre selon leur bon vouloir et selon leurs propres lois édictées contre celles imposées par la société.

Jude l'obscur a causé tant d'ennuis à Thomas Hardy qu'il n'a plus écrit un seul roman jusqu'à la fin de sa vie. Les thèmes et les propos tenus par les personnages sont résolument modernes. Le roman est une vive critique des lois et de l'institution du mariage. Le mariage n'est qu'une question d'hypocrisie: deux personnes ne peuvent pas ressentir exactement les mêmes sentiments tout au long de leur vie et lorsque ces sentiments sont contraints ils se délitent fatalement. Dieu et les hommes ne devraient pas forcer un couple à se marier.

Pour conclure, parce que si je ne m'arrête pas maintenant, cet avis sera beaucoup trop long, Jude l'obscur est un roman complexe et dense qui s'empare de nombreux sujets qui sont toujours d'actualité. Me mariant moi-même cette année, je n'ai pu rester insensible à toutes les réflexions des personnages concernant cette institution. Cette tragédie est souvent bouleversante même si elle connaît quelques longueurs. Jude l'obscur m'a moins touché que Tess d'Urberville, je dois bien l'admettre. L'écriture de Thomas Hardy est toujours aussi belle et la construction de ses intrigues et leurs rebondissements restent incroyables. Je reste sans voix devant l'audace et la modernité des idées et des critiques de Thomas Hardy qui a toujours des années d'avance pour certains esprits obscurs de 2016.


" Jude sortit, conscient plus que jamais de l'inutilité de son existence ; il s'étendit sur un tas de litière près de l'étable à cochons. Le brouillard était alors devenu plus léger et laissait deviner le soleil. L'enfant tira son chapeau de paille sur son visage et rêvassa, en regardant par les interstices cette clarté blanchâtre. Il voyait que l'âge apporte des responsabilités. Les événements ne s'enchaînaient pas comme il l'aurait pensé. La logique de la Nature était trop horrible pour qu'il s'en souciât. L'idée que ce qui était compassion envers certaines créatures devenait cruauté envers d'autres détruisait tout sentiment d'harmonie. Il s'apercevait qu'en grandissant on se sentait au centre de la vie et non sur un point de la circonférence comme lorsqu'on est petit : cela lui donnait le frisson. Tout autour de lui, il semblait y avoir des choses brillantes, éclatantes, assourdissantes ; ces lueurs et ces bruits frappaient cette petite cellule qui sécrète la vie, la secouaient et la brûlaient. "

Lu dans le cadre du challenge XIXe siècle chez Fanny et de A year in England chez Titine.

Fanny

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18/03/2016

Du fond de mon coeur, Jane Austen et Un portrait de Jane Austen, David Cecil

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Avant mon voyage en terres "austeniennes" et "hardyennes" en avril, j'ai voulu me replonger dans l'univers de notre chère anglaise. J'ai désormais envie de relire tous ses romans !

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J'ai débuté par Du fond de mon coeur, un recueil épistolaire. Jane Austen s'adresse à ses nièces: Fanny, Anna et Caroline. Ces correspondances sont agréables à lire et l'on retrouve le piquant de Jane Austen qui se moque de ses voisins, conseille ses pièces pour leurs propres oeuvres littéraires ou pour leurs histoires amoureuses. Malheureusement, Cassandra, l'aînée de Jane, est passée par là et a découpé dans les lettres de notre Anglaise préférée les extraits trop intimes. Nous n'apprenons rien sur la vie privée de Jane ou sur ses émotions et sentiments. Jane Austen est pudique dans sa correspondance, mais si certaines phrases révélaient un peu trop ses sentiments, nous pouvons être certains qu'elles furent détruites par Cassandra. Jane Austen n'a pas voulu que l'on atteigne son moi profond, il faut nous contenter de deviner sa personnalité à travers son attention pour ses nièces, sa générosité et son ironie. Jane révèle tout de même son art poétique à ses nièces et nous en apprenons ainsi davantage sur son travail de romancière.

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J'ai poursuivi mon parcours dans la vie de Jane par la lecture d'Un portrait de Jane Austen par David Cecil. Le début de ma lecture a été difficile: j'ai eu du mal à accrocher à cette biographique que je trouvais un peu scolaire et lente. Finalement, je suis ravie de l'avoir achevée. David Cecil trace un portrait flou à certains endroits de la romancière faute de témoignages ou d'écrits privés mais la biographie nous apprend énormément sur Jane Austen, sa famille, son époque et sa vision de la littérature. Peut-être que certaines informations ne sont pas analysées d'un point de vue objectif tant l'amour de David Cecil pour Jane Austen est grand, mais peu importe puisque le notre l'est tout autant. Nous nous demandons parfois où est la vérité derrière toute l'admiration de David Cecil qui semble peindre la Jane Austen idéale qu'il a imaginée en lisant ses romans. Jane Austen a voulu rester un mystère pour l'auteur de son époque en signant ses romans sous le pseudonyme "une dame". Des siècles après sa mort, elle semble encore plus inaccessible. Alors, finalement, chaque lecteur peut se construire sa propre Jane Austen.

Pourquoi ne pourrions-nous pas l'imaginer, comme David Cecil, intelligente, pétillante, pudique et drôle ?

"Chaque fois que son imagination commençait à travailler, un sourire se dessinait sur ses lèvres - et il ne les quittait jamais très longtemps. Ce sourire est la signature littéraire qui met un point final à chaque livre."

Fanny

Lu dans le cadre du challenge A year in England chez Titine.3071420461.2.jpg

 

 

26/02/2016

Docteur Glas, Hjalmar Söderberg

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Stockholm, fin du XIXe siècle. Le Docteur Glas tient un journal intime dans lequel il retranscrit sa vie quotidienne, revient sur son passé ou s'interroge sur Dieu, la mort ou l'amour. Il a l'habitude de croiser le chemin de femmes désespérées qui implorent son aide, le plus souvent pour faire disparaître un enfant indésiré. Ses oreilles ne sont pas attentives à ces discours, il ne se laisse pas toucher et se cache toujours derrière son devoir de médecin pour ne pas aider ces jeunes femmes et ne pas risquer de perdre son métier. Lorsque Madame Gregorius lui demande son aide, le docteur change de position. Madame Gregorius est une jeune femme pieuse mariée à un vieil homme qu'elle n'aime pas et n'a jamais aimé. Il est pasteur et elle a cru, en l'épousant, calmer ses troubles. Son mariage n'a fait que les accroître: elle ne le supporte plus physiquement et elle est tombée dans les bras d'un autre. Elle demande alors au docteur de l'aider à éviter tout contact avec son époux. Pris de pitié et surtout charmé par ses atouts, le docteur accepte de faire une exception et l'aide à fuir les bras de son mari. Le docteur finira par s'immiscer plus qu'il n'est convenable dans ce couple en étant le confident de l'épouse désespérée et du mari frustré. Il aime Helga Gregorius et ne ressent petit à petit pour le pasteur Gregorius que haine et dégoût.

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Passé après la lecture de Tess d'Urberville n'est pas une mince affaire mais Hjalmar Söderberg a su relever ce défi. Ce court classique suédois m'a fait penser aux nouvelles de Stefan Zweig. La brièveté du récit n'enlève rien à la densité de l'intrigue ou à la profondeur du héros. Ce "triangle amoureux" sordide est parfois gênant mais il est très intéressant. Aucun des personnage n'est à proprement parler attachants, mais paradoxalement, les interrogations sur le monde, sur la morale, sur la littérature ou sur la vie notées par le docteur dans son journal intime nous touchent et nourrissent nos propres réflexions. Elles sont tour à tour amères ou mélancoliques mais elles sont toujours profondes et souvent modernes pour le XIXe siècle. Ainsi le héros a des opinions très arrêtées sur la religion ou l'euthanasie. Enfin, j'ai aimé déambuler avec le docteur Glas dans Stockholm, une ville que j'ai beaucoup aimée lorsque je l'ai visitée il y a quelques années.
J'ai passé un très bon moment avec ce classique suédois qui est atypique.


Je te remercie vivement Babelio et les Editions Libretto pour cette belle découverte !

" Et depuis quelques temps, j'incline à croire qu'il n'y a sans doute aucune raison à ce que l'on comprenne la vie. Cette rage d'expliquer et de comprendre, cette chasse de la vérité n'est qu'une erreur. Nous bénissons le soleil parce que nous vivons à une telle distance de lui qui nous est utile ; mais quelques millions de kilomètres plus près ou plus loin, nous serions gelés ou consumés. S'il en était de la vérité comme du soleil ? "Celui qui contemple la face de Dieu doit mourir", dit le vieil adage finlandais, et Oedipe, après avoir résolu l'énigme du Sphinx, devint le plus malheureux des hommes."

" Mesure en toute humilité ton état, ta condition d'habitant de la terre. Alors la vie deviendra quelque chose d'important et la nuit sera éternelle et profonde."

Fanny

Lu dans le cadre du Challenge XIXe siècle chez Fanny.

 

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20/02/2016

Tess d'Urberville, Thomas Hardy

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Ivre, John Durbeyfield rentre la nuit chez lui lorsqu'il croise le pasteur de la région qui lui apprend qu'il est un descendant d'une illustre famille désormais éteinte: les d'Urberville. John n'a alors qu'une obsession: retrouver le prestige de ses ancêtres et le rang auquel il estime avoir droit. Ainsi, il n'hésite pas à faire culpabiliser sa fille qui a commis la faute de s'endormir en route et d'avoir eu un accident avec le cheval afin de l'envoyer chercher du travail auprès des derniers d'Uberville puissants de la région. Tess travaille et vit chez Alec d'Urberville et sa mère. Alec d'Urberville est un dangereux séducteur qui mènera Tess à sa perte.

Tess décide de fuir Alec malgré les voeux de ses parents qui souhaitent la marier à Alec. Tess, considérée comme impure par la société, sujet de ragots dans le village et jugée idiote par ses parents, trouve un travail dans une laiterie et essaie de se faire oublier. Elle rencontre alors de jeunes laitières qui vont devenir ses amies mais aussi Angel Clare, un fils de pasteur qui souhaite devenir fermier et qu'elle a déjà croisé des années auparavant.

Tess d'Urberville a tout pour séduire et fut un véritable coup de coeur pour moi. Tout est beau et tragique dans ce roman. Tout d'abord, l'Angleterre du Sud est magnifiée par Thomas Hardy qui décrit de vastes paysages et des scènes champêtres dans lesquelles, loin des clichés, les paysans ne sont pas des idiots lourdauds. Les personnages sont riches et notre regard ne cesse de se paufiner sur leur caractère. Tess est une héroïne qui force le respect: sa générosité, sa force de caractère et son abnégation sont sans failles. Angel Clare et Alec d'Urberville sont les deux personnages masculins opposés: l'un cherche la pureté, l'autre pourrait être la figure du diable. Les deux hommes sont intéressants pour le lecteur et bouleverseront l'existence de Tess. Les parents de Tess sont exaspérants et nous donnent des envies de meurtre.

Thomas Hardy nous livre une grande et belle tragédie. Le lecteur sait que l'histoire se terminera mal mais la fin reste surprenante et la fatalité a un grand rôle. La rencontre de Tess et d'Angel est et devait être trop tardive, Tess devait d'abord rencontrer Alec pour son plus grand malheur. C'est la fatalité qui poursuit Tess qui est constamment coupable: coupable d'avoir tué le cheval, coupable d'avoir eu une relation sexuelle avec Alec, coupable de mensanges et de calculs. Elle est forcément coupable parce qu'elle est née femme. Thomas Hardy nous montre la vie cruelle et injuste que menaient les femmes au XIXe siècle dans une société qui les malmenait. Pendant ma lecture je pensais sans cesse à la phrase de Hobbes: "l'homme est un loup pour l'homme" mais dans Tess c'est surtout l'homme qui est un loup pour la femme. Et certaines femmes, comme la mère de Tess, sont encore des loups pour leurs semblables. Enfin, Dieu n'est pas là comme le rappelle Thomas Hardy et rien ne va. Tess ne peut attendre aucune aide, ni des hommes intolérants ni d'un être tout puissant.

Après Loin de la foule déchaînée, j'attendais énormément de Thomas Hardy et je n'ai pas été déçue. Tess d'Urberville et l'écriture poétique de l'auteur sont de un véritables coups de coeur.

" Tout à coup, un après-midi, regardant sa beauté dans la glace, elle se mit à penser qu’il existait encore une date bien plus importante pour elle, la date de sa propre mort, quand ses charmes auraient disparu : jour caché, invisible et sournois parmi tous ceux de l’année, qui passait devant elle sans donner de signe et n’en était pas moins sûrement là. Quel était-il ? Pourquoi, quand venait chaque année, ne sentait-elle pas le frisson de cette froide et familière rencontre ?
Comme Jeremy Taylor, elle songeait que, dans l’avenir, ceux qui l’auraient connue diraient : « C’est le tant…, le jour où est morte cette pauvre Tess Durbeyfield », et ces mots ne leur sembleraient pas étranges. De ce jour destiné à être le terme de son voyage dans le temps à travers les âges, elle ne connaissait ni le mois ni la semaine ni la saison ni l’année."

J'espère pouvoir voir rapidement les versions de Roman Polanski et de la BBC. Les avez-vous vus ? J'aimerais également lire Jude l'Obscur d'ici peu.

Lu dans les cadres des challenges du XIXe siècle chez Fanny, des 100 livres à lire au moins une fois chez Bianca et A year in England chez Titine.

Fanny

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22/12/2015

Christmas pudding, Agatha Christie

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Christmas pudding est un recueil de nouvelles d'Agatha Christie. Hercule Poirot enquête dans cinq nouvelles et Miss Marple est l'héroïne du dernier texte. Seule la première nouvelle, qui a donné son titre au recueil, a pour cadre les fêtes de fin d'année.

Dans Christmas pudding, Hercule Poirot s'infiltre dans un manoir sous prétexte d'assister à de traditionnelles fêtes de fin d'année anglaises mais il cherche véritablement rubis volé à un prince étranger.

Dans Le Mystère du bahut espagnol, en lisant le journal, Hercule Poirot découvre un meurtre mystérieux: un homme a été retrouvé mort dans un coffre dans un salon où la veille une soirée entre amis avait eu lieu. Personne ne semble avoir pu commettre le crime dans une pièce fermée lors d'une soirée mais pourtant un cadavre se trouve bien dans le coffre....

Le souffre-douleur débute par le meurtre d'un vieil homme acariâtre dont l'assassin semble déjà trouvé grâce à des témoignages accablants mais la veuve ne croit pas à cette version des faits. Hercule Poirot est invité à vivre avec cette famille afin de démasquer le véritable assassin.

Hercule Poirot dîne avec un ami au début du Mort avait les dents blanches. Par l'une des serveuses, il apprend qu'un vieux monsieur, dînant tout seul, vient dans ce restaurant à jour fixe et commande toujours les mêmes plats. La serveuse s'étonne de le voir venir un jour où il n'en a pas l'habitude et s'étonne de sa nouvelle commande. Peu après le vieil homme disparaît et Hercule Poirot part à sa recherche.

Dans Le Rêve, un riche homme d'affaire raconte à Poirot qu'il fait toutes les nuits le même rêve: il se suicide. Il imagine alors qu'un homme essaie de le tuer en manipulant ses pensées et en le poussant au suicide. Il fait appel à Hercule Poirot.

Le Policeman vous dit l'heure est l'unique nouvelle dans laquelle Miss Marple enquête. Un membre de sa famille est témoin du meurtre de sa patronne et la police est face à trois solutions impossibles.

Les nouvelles de ce recueil sont toutes de qualité. Christmas Pudding est certainement la moins prenante mais l'atmosphère de noël donne un charme supplémentaire au texte.

Ce recueil est agréable à lire et je vous le recommande. On est rarement déçu avec Agatha Christie !

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Jane Austen dans mon sapin

Je vous souhaite de belles fêtes de fin d'année et des instants de bonheur avec ceux que vous aimez.

Fanny

 Lu dans le cadre de  A year in England chez Titine !

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18/12/2015

Paris est une fête, Ernest Hemingway

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Paris est une fête n'est pas un roman mais une succession de vignettes dans lesquelles Hemingway raconte le Paris des années 20. Le lecteur parcourt les différents "chapitres" comme il pourrait feuilleter un album de photographies. Hemingway nous propose de déambuler avec lui dans différents lieux et quartiers de Paris et de rencontrer ses amis. Scott et Zelda Fitzgerald, Blaise Cendrars ou encore Sylvia Beach, propriétaire de la librairie Shakespeare and company, parcourent les rues de Paris avec Hemingway. L'auteur nous fait découvrir l'ambiance du Paris des années folles sans pour autant décrire les excès et les fêtes auxquelles il ne participait visiblement pas à cause de sa pauvreté. Le Paris d'Hemingway est jeune, heureux, créatif, libre et il lui donne l'impression d'être invulnérable.

Pendant les années 20, Hemingway abandonne son travail de journaliste et se lance dans l'écriture de contes et de nouvelles. Il vit avec Hadley, sa première épouse et la véritable héroïne du livre, et leur fils surnommé Bumby.  Il apprend son métier en observant les gens, en écoutant les expériences de ses amis et en corrigeant sans cesse ses manuscrits.

Paris est une fête a été publié à titre posthume, trois ans après le suicide de l'auteur. Le titre a été choisi par Mary, sa dernière épouse puisque l'auteur n'a pas eu le temps de terminer son ouvrage. En 1961, alors qu'il vit aux Etats-Unis et qu'il ne parvient plus à écrire aussi bien qu'il le souhaiterait, Hemingway se plonge dans "la remise", comme il le dit lui-même, de sa mémoire et de son coeur pour en extraire des souvenirs de sa jeunesse parisienne. C'était le temps de la pauvreté, de la création, de son amour encore intact pour Hadley , de son amitié avec des êtres désormais disparus. Même si le style d'Hemingway est épuré au maximum, la description de cette vie bohème n'en est pas moins mélancolique et touchante.

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Les amoureux aux poireaux, Doisneau, 1950

J'ai apprécié cette lecture qui était agréable mais qui ne sera pas inoubliable pour moi. Il faut laisser Hemingway nous prendre la main pour se promener dans les rues parisiennes et accepter de s'asseoir à un café avec lui pour écouter toutes ses anecdotes. J'ai apprécié les vignettes ajoutées dans l'édition Folio et les fragments qui nous montrent véritablement le travail minutieux du romancier qui réécrit à l'infini un même extrait.

Il était important pour moi de participer à la lecture commune organisée par Eliza. 

Je crois qu'une petite bougie sera allumée en chacun de nous pendant très longtemps afin de ne pas oublier ceux et celles qui ont perdu la vie, ainsi que leur famille, le vendredi 13 novembre 2015. A nous de ne pas la laisser s'éteindre.

" Ce fut la fin de notre première période parisienne. Paris ne fut plus jamais le même. C'était pourtant toujours Partis, et s'il changeait vous changiez en même temps que lui.... Il n'y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu'en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d'une personne à l'autre. Nous y sommes toujours revenus, et peu importait qui nous étions, chaque fois, ou comment il avait changé, ou avec quelles difficultés -ou quelles commodités- nous pouvions nous y rendre. Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux. "

Fanny