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29/06/2016

L'été avant la guerre, Helen Simonson

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Beatrice Nash arrive à Rye, petite ville rurale du Sud de l'Angleterre, durant l'été 1914. Elle est la nouvelle professeur de latin de l'école de Rye. Orpheline depuis peu, Beatrice sait que ce poste lui permettra de s'affranchir de la tutelle de sa tante bourgeoise et de mener la vie qu'elle souhaite en restant célibataire et en écrivant. Agatha Kent, femme à fort caractère influente dans le village, l'accueille, la chaperonne et lui présente le beau monde du village mais aussi les familles moins fortunées. Beatrice rencontre également les deux neveux d'Agatha: Daniel, poète cynique, extravagant et d'une grande beauté et son cousin Hugh, médecin intelligent et drôle. Beatrice n'est pas insensible aux charmes de Daniel et à l'intelligence de Hugh. Elle s'attache également à Agatha qui la défend et la protège des attaques de la femme du maire, Bettina Fothergill, première concurrente et ennemie d'Agatha. Le cercle d'Agatha Kent compte également un écrivain de renom que Beatrice admire, la fille du pasteur militant pour le droit de vote des femmes, des bourgeoises et plus tard un professeur belge réfugié en Angleterre avec sa fille. Alors que Beatrice rêve de publier un recueil des lettres de son père, que Daniel désire créer une revue poétique avec un ami et que Hugh fait des projets matrimoniaux et professionnels, la guerre est déclarée. Elle chamboule la vie de tous les personnages: homme et femme, envoyé au front en France ou resté en Angleterre.

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Les personnages imaginés par Helen Simonson sont très attachants. Ils sont le point très positif du roman: ils sont intelligents, drôles, sensibles et ne peuvent laisser insensibles. J'ai adoré les échanges sarcastiques ou moments de tendresse entre Daniel et Hugh. Agatha Kent est également très vive, tendre et drôle. La petite "guéguerre" qu'elle mène contre l'épouse du maire pour avoir la plus grande influence possible dans le village est très drôle. Helen Simonson a su équilibrer des instants de légèreté et d'ironie et d'autres tragiques et touchants dans son roman. La fin est très réussie et particulièrement émouvante. 

J'ai trouvé que le roman était un peu trop long, particulièrement au début. J'ai cru que Beatrice occuperait dès les premières pages son poste de professeur et que la guerre serait déclenchée très rapidement. Le début est trop long mais je crois que l'auteur avait tout de même besoin de tout ce temps pour créer une certaine ambiance et pour nous présenter tous les personnages du village. L'ambiance est réussie : entre ragots, guéguerres, amitiés, vieilles rancunes, rivalités, le lecteur s'amuse de tous ces personnages et a vraiment l'impression de faire partie du village. On a un peu l'impression de se trouver dans le village de Donwnton Abbey ou dans celui des Dames de Cranford d'Elizabeth Gaskell.

Helen Simonson parvient également à dresser le portraits des laissés pour compte du début du Xxe siècle: les femmes et les pauvres. Les femmes sont encore les gentilles marionnettes qui doivent faire ce que la société attend d'elles: Beatrice ne peut pas disposer de son héritage comme elle l'entend, elle ne peut pas affirmer qu'elle écrit sans se faire traiter d'idiote, l'intelligente Abigail a été retirée de l'école car elle doit être une sage petite servante, Mme Witte, divorcée et écrivain à succès est la pariât du village. Les pauvres sont destinés à le rester et même le directeur d'école n'espère pas que la culture et l'enseignement puissent leur permettre une ascension sociale. Beatrice semble être l'héroïne du roman mais de nombreux personnages ont une place très importante. Helen Simonson a dressé le portrait des hommes et des femmes de toute une époque qui s'apprête à sombrer dans l'horreur.

L'été avant la guerre contient des longueurs mais reste une lecture agréable. Les personnages intelligents, drôles et l'ambiance créée dans le roman sont plein de charmes.

Je remercie les éditions Nil et Babelio pour cette agréable lecture !

Fanny

Lu dans le cadre du mois anglais chez Cryssilda et Lou et dans le cadre du Challenge Première guerre mondiale chez Claire. 

 

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20/06/2016

Freddie Friday, Eva Rice

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Marnie est l'élève exemplaire d'un lycée privé, douée en mathématiques et belle fille d'un acteur célèbre. Miss Crewe est sa brillante professeur de mathématiques, ancienne danseuse et amoureuse blessée depuis de longues années. Marnie et Miss Crewe sont tour à tour narratrices. Pour fêter sa réussite spectaculaire à un examen de mathématiques, Marnie et son amie Rachel font l'école buissonnière. Devant l'usine de la ville, elles rencontrent un jeune homme mystérieux, Freddie Friday, qui attire Marnie comme un aimant. Elles boivent plus que de raison et lorsqu'elles rentrent au lycée pour participer à la traditionnelle cérémonie qui consiste à nager dans la piscine, dans l'obscurité et en tenant une chandelle dans la main, un drame se produit. La vie de Marnie est alors bouleversée. Elle se rappelle de ce jeune homme rencontré avant le drame: Freddie Friday. Son obsession est de le retrouver. Freddie est un électricien qui passe ses samedis après-midi à danser clandestinement dans l'usine dans laquelle il travaille. Il ne vit que pour la danse malgré les réticences de son grand-père chez lequel il vit depuis le décès de ses parents. Marnie découvre son rêve de gloire et lui propose de lui trouver un professeur pour l'aider à progresser: Miss Crewe, l'ancienne danseuse qui a dû devenir professeur de mathématiques. Miss Crewe accepte sur un coup de tête de s'embarquer dans l'aventure proposée par Marnie : elle passe ses samedis avec Marnie et Freddie dans l'usine. Ces cours à la sauvette la replonge dans son propre passé, dans ses aventures à New-York alors qu'elle cherchait à être remarquée et à vivre de sa passion et dans ses rêves d'amour auprès de Jo. Elle remue des souvenirs qu'elle désire enterrer depuis de longues années mais dont elle ne parvient pas tout à fait à se défaire. Marnie, quant à elle, a l'impression d'avoir tout perdu et s'accroche aux rêves de Freddie comme si c'était les siens. Chaque membre du trio vit dans l'attente de ces retrouvailles du samedi après-midi. Des relations complexes se tissent entre les personnages. La rencontre de ce trio laissera une trace indélébile dans la vie de chaque personnage.

Freddie Friday est un roman d'apprentissage très agréable à lire et Eva Rice ne cherche jamais la facilité dans sa narration ou dans les personnalités des personnages et leurs relations. Le lecteur n'a pas l'impression que tout est tracé dès le début. Le roman réserve des surprises au lecteur. J'ai beaucoup aimé la double narration féminine: celle de Marnie qui cherche une lumière pour sortir de l'obscurité dans laquelle elle est plongée, qui découvrira un secret familial et qui est follement amoureuse de Freddie et celle de Miss Crewe, tournée vers le passé et qui lui permet de dépasser ses blocages. Les trois personnages principaux sont une grande qualité du roman: ils tous les trois attachants et ne sont pas lisses ou mièvres même si l'un des grands thèmes du roman est l'amour. Mention spéciale pour le frère de Marnie, Caspar, jeune homme intelligent et a l'humour noir.

N'étant pas une fanatique des mathématiques (...) et la danse n'étant pas la forme artistique qui me plait le plus, j'avais un peu peur de passer parfois "à côté" de certains passages du roman mais ce ne fut pas du tout le cas !

Freddie Friday est un roman touchant et agréable qu'il faut lire au plus vite ! Je le vois très bien trôner très vite sur les chaises longues de jardin et serviettes de plage cet été.

Je remercie vivement les Editions Baker Street et Madame Liebow qui m'a fait découvrir la fameuse Eva Rice dont les deux premiers romans ont été des succès !

Fanny

Lu dans le cadre du mois anglais et de la journée auteur anglais contemporain organisés par Cryssilda et Lou.

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09/06/2016

Le cottage natal de Thomas Hardy et Max Gate, Dorchester

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Voici enfin le second billet sur mon voyage en Angleterre ! Je me replonge avec plaisir dans ce voyage avec mes photos et les livres que j'ai achetés sur place. Vous pouvez agrandir les images si vous le souhaitez en cliquant dessus.

Le mercredi 13 avril, avant d'aller à Chawton nous avons passé la journée à Dorchester. Après avoir tant aimé les oeuvres de Thomas Hardy mais aussi Hiver de Nicholson je rêvais de visiter le cottage de Thomas Hardy. Contrairement à ce que je croyais après ma lecture du roman Hiver, l'auteur n'a pas vécu toute sa vie dans ce cottage.

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Avant les visites, nous avons pique-niqué dans la forêt qui entoure la maison natale de Thomas Hardy. La mise en scène de la découverte de la maison est incroyable. Le visiteur doit choisir un sentier de randonnée: celui de 15 minutes ou celui de 35 minutes. Ce chemin le mènera jusqu'à la maison de l'auteur qu'il pourra apercevoir depuis un promontoire avant d'arriver sur les lieux. Le cottage de la famille et le jardin sont plein de charme. Construit par son grand père, le cottage abrita la famille sur plusieurs générations. Thomas Hardy est né dans ce cottage, entouré par ses deux soeurs et son frère. Thomas Hardy a écrit ses premières oeuvres dans ce cottage dont Loin de la foule déchaînée. Dans chaque pièce, nous pouvons trouver un petit livre qui contient tout ce qu'il y a à savoir sur l'endroit et sur ses habitants. On apprend alors, qu'un jour, la mère de Thomas Hardy a trouvé un serpent dans le berceau de l'enfant endormi ou encore que l'auteur aimait se trouver dans la cuisine avec sa grand-mère pendant qu'elle repassait et qu'elle lui racontait la vie de Napoléon. Le cottage, le jardin, le décor qui l'entoure sont très émouvants. Avec ce ciel bleu, j'avais l'impression de me trouver dans l'endroit le plus apaisant au monde. Si le paradis existe, j'imagine qu'il ressemble à cet endroit ! Plusieurs petites randonnées sont possibles autour du cottage et sont très agréables à faire.

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Ensuite, nous avons repris la voiture pour aller visiter Max Gate, la maison dessinée par Thomas Hardy et construite par son frère après les succès littéraires de l'auteur. Max Gate est une belle et grand demeure mais qui n'a pas tout le charme du cottage. Thomas Hardy a vécu dans cette maison avec ses deux épouses, il y a écrit la majorité de ses oeuvres et il y est décédé.

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L'accueil est exceptionnel. Les gens qui travaillent dans Max Gate sont véritablement passionnés par Thomas Hardy et ils étaient si heureux de voir des Françaises de moins de 60 ans que nous avons été traitées comme des reines ! Nous avons d'abord été reçues comme Thomas Hardy recevait ses invités: nous nous asseyons près de la cheminée, le guide s'assoit quant à lui dans le siège principal, à la place de Thomas Hardy et nous raconte l'histoire de l'auteur et de la maison. Wessex, le chien favori de Thomas Hardy est même présent près de la cheminée sous la forme d'une peluche. Aucun objet de la maison n'est d'époque donc le guide vous encourage à toucher les bibelots ou à s'asseoir où l'on veut pour avoir l'impression d'être un hôte de Thomas Hardy. J'ai adoré cet aspect de la visite. Le jardin est magnifique également.

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Nous nous sommes ensuite promenés dans Dorchester qui est une petite ville agréable. Nous avons pu voir la maison qui a inspiré la demeure du héros dans  Le Maire de Casterbridge mais aussi la statue de Thomas Hardy qui fut inaugurée par son ami James Matthew Barrie.

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Le lendemain matin, avant de reprendre la route pour Chawton, nous sommes allées jusqu'à Stinsford qui est un hameau collé à Dorchester afin de visiter l'église dans laquelle Thomas Hardy a été baptisé et qu'il avait l'habitude de fréquenter. La dépouille de Thomas Hardy se trouve à l'Abbaye de Westminster à Londres mais son coeur est enterré dans le petit cimetière accolé à l'église auprès de sa famille et de ses deux épouses.

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Comme vous l'avez certainement compris, j'ai été extrêmement émue par cette journée et par ses visites. Je réalisais l'un de mes rêves. Si un jour vous avez l'occasion de visiter Dorchester et ces deux maisons, n'hésitez surtout pas !

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Fanny

Billet écrit dans le cadre du mois anglais et de la journée consacrée à la campagne anglaise organisés par Lou et Cryssilda 3127445033.jpg

 

01/06/2016

Manderley for ever, Tatiana de Rosnay

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L'an dernier lorsque Manderley for ever est sorti, j'ai eu très envie de le lire, tout comme beaucoup de lecteurs. Les éloges fleurissaient sur les blogs. J'avais déjà lu Le monde infernal de Branwell Brontë, L'Auberge de la Jamaïque et Le Bouc émissaire mais je voulais lire Rebecca avant de découvrir Manderley for ever.

En préparant ma PAL pour le mois anglais j'ai eu très envie de sortir cette biographie de ma bibliothèque, enfin.

Tatiana de Rosnay retrace la vie de Daphné du Maurier en parcourant les lieux chers à l'auteur. Chaque partie de la biographie est dédiée à un lieu de vie de Daphné et ces parties débutent par la découverte de ces endroits par Tatiana de Rosnay en 2013. J'ai beaucoup aimé le choix de cette structure qui révèle l'amour passionné de Daphné du Maurier pour les lieux, les demeures et les jardins dans lesquels elle a vécu de son enfance à son décès.

Petites filles d'un artiste et écrivain, filles d'un acteur, les soeurs du Maurier sont nées dans une berceau protégé par la fée des Arts qui leur a attribué le don de l'imagination et de la création. Dès leur plus jeune âge, Daphné et son aînée Angela écrivent alors que Jeanne, la petite dernière, peint. Elles fréquentent des comédiens, des auteurs comme James Batthew Barrie qui est un intime de la famille et le tuteur de leurs cousins germains. Devenue jeune fille, Daphné séjourne en France pour apprendre le Français, la langue de ses ancêtres et perfectionner son éducation. Elle tombe amoureuse de Fernande Yvon, la directrice de son école. De retour en Angleterre, Daphné sait déjà qu'elle veut gagner son indépendance grâce à ses nouvelles et romans. Très rapidement, Daphné se marie et connaît le succès avec L'Amour dans l'âme, L'Auberge de la Jamaïque et vient enfin la gloire avec Rebecca. Daphné devient une des auteurs les plus lues au monde. Ses ancêtres français, les lieux, les voyages l'inspirent pour ses romans qui sont la plupart du temps des succès populaires mais que les critiques égratignent. Daphné, à son grand désespoir, est cataloguée comme auteur "romantique" et "gothique" malgré ses protestations. Les malheurs, tourments se multiplient et la mémoire de Daphné est effacée petit à petit par un brouillard que l'auteur ne parviendra pas à faire disparaître.

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L'amour profond de Tatiana de Rosnay pour Daphné Du Maurier fait de Manderley for ever une réussite. Parfois, les biographies semblent écrites par des gens qui n'aiment pas la personne dont il retrace la vie et le livre paraît alors froid et distant. L'admiration du biographe pour son sujet est une nécessité selon moi pour écrire une biographie agréable à lire. Manderley for ever est une biographie passionnée qui se lit comme un roman que l'on ne peut plus abandonner.

La personnalité de Daphné du Maurier est complexe: déterminée, passionnée par ses amours et par son domaine Menabilly, intransigeante, éprise de liberté, indépendante mais aussi égoïste et préférant désespérément son fils à ses filles. Manderley for ever nous donne envie de visiter Fowey et de lire les romans de Daphné, plus particulièrement Ma cousine Rachel dans mon cas. Tatiana de Rosnay, par un tour de force, nous montre si bien la passion profonde de Daphné pour l'écriture qu'elle en vient presque à donner envie au lecteur d'écrire. L'écriture de Tatiana de Rosnay est très agréable.

Je vous conseille de lire Manderley for ever qui est une véritable réussite !

" Daphné fait partie de ces écrivains qui préfèrent regarder en arrière, pas de l'avant, qui sont capables de noircir des pages entières sur ce qui fut, un lieu, une trace, mettre des mots sur la fugacité de l'instant, la fragilité du souvenir qu'il faut embouteiller comme un parfum. "

Fanny

Lu dans le cadre du mois anglais organisé par Lou et Cryssilda

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22/05/2016

Le mois anglais

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Le mois anglais est de retour et je suis ravie ! C'est mon rendez-vous préféré de l'année et il m'est impossible de le rater !
Merci beaucoup à Lou et à Cryssilda pour l'organisation ! 
 
J'essaierai de respecter les délais de ces lectures communes :
 
- Campagne anglaise le 9 juin avec un billet sur mon voyage à Dorchester sur les pas de Thomas Hardy. 
- Un écrivain contemporain au choix le 20 juin avec Freddie Friday d'Eva Rice 
 
Je lirai également Manderley forever, la biographie de Daphné Du Maurier par Tatiana de Rosnay et
L'été avant la guerre de Helen Simonson.
 
Je n'ai choisi que des pavés (je ne suis pas sûre que ce soit très raisonnable !) , j'espère réussir à m'y tenir et si je le peux j'ajouterai un Conan Doyle ou un Agatha Christie
 
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Bon mois anglais à tous !
 
Fanny
 
 

19/05/2016

La Cuisinière, Mary Beth Keane

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1899. New-York. Mary Mallon, cuisinière de son état, s'occupe du petit Kirkenbauer qu'elle aime beaucoup et qui souffre de fièvres alors que sa mère a elle-même attrapé la typhoïde. L'enfant et la mère décèdent et Mary quitte son emploi. Commence alors pour Mary un long parcourt de cuisinière qui l'a fait passer d'années en années au service de riches familles, recevant du beau monde et faisant de la cuisine de Mary leur fierté. Ces années sont passées sous silence dans le roman et cette ellipse nous amène directement au jour de l'arrestation de Mary, suspectée d'avoir volontairement transmis la typhoïde à de nombreux membres des familles pour lesquelles elle a travaillé. Interrogée comme une criminelle, étudiée comme un cas unique, analysée comme un cobaye, enfermée comme un animal dangereux, Mary est méfiante, agressive et ne comprend pas ce qu'il se passe. Oubliée par son conjoint, observée par les journalistes, les docteurs et la population new-yorkaise toute entière Mary devra alors lutter pour retrouver sa liberté et prouver son innocence. Ce résumé ne concerne que les premières centaines de pages du roman mais pour ne pas trop vous en dire je m'arrête ici !

Les recherches de Mary Beth Keane pour reconstituer si finement la vie de Mary Mallon, surnommée la porteuse de germes ou Mary Typhoïde et pour installer une atmosphère et un décor si précis doivent être titanesques. Ce livre semble ne rien laisser au hasard ou à l'imagination de Mary Beth Keane même s'il ne s'agit pas d'une biographie mais d'un roman. J'ai apprécié la description des conditions de vie misérable des hommes et des femmes de cette époque ou encore les allusions aux grands événements de l'époque comme l'incendie qui tua de nombreuses ouvrières dans une usine ou le naufrage du Titanic. L'aspect documentaire du roman est très intéressant.

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Le début du roman est très accrocheur et la fin contient de nombreux rebondissements mais je dois bien admettre que j'ai trouvé certains passages bien trop longs. Afin de se faire un avis sur la culpabilité ou l'innocence de Mary, les médecins, juges et journalistes étudiaient à la loupe sa vie privée mais j'ai trouvé que la relation entre Mary et Alfred prenait trop de place dans le roman. Le rythme me semblait parfois trop lent, peut-être que j'attendais trop du roman. Ma lecture a donc traînée et ce n'est pas un bon signe ! Le destin de Mary Mallon est incroyable et parfaitement digne d'un roman mais il manque quelques petites choses pour transformer ce livre en une véritable réussite, peut-être un peu plus de rythme ou une héroïne un peu plus attachante.

Vous l'aurez compris je suis un peu déçue par cette lecture même si elle n'est pas totalement négative.

Lu dans le cadre de la lecture commune organisée par Fanny pour le challenge XIXe siècle.

Fanny

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07/04/2016

Jude l'obscur, Thomas Hardy

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Après mon coup de coeur pour Tess d'Urberville et avant d'aller visiter le sud de l'Angleterre d'ici quelques jours, j'ai voulu lire le dernier roman de l'auteur, considéré comme l'ultime chef d'oeuvre de Thomas Hardy : Jude l'obscur, roman à ne pas mettre en des mains tristounettes sans prendre le risque de les rendre encore plus désespérées.

Je ne vous raconterai pas toute l'histoire de Jude, tout d'abord le roman perdrait de son intérêt et je ne suis pas certaine de lui rendre justice. (Mieux vaut ne pas lire la quatrième de couverture du Livre de poche.)

Nous pouvons juste esquisser les premières fondations du roman qui sont si importantes pour la suite. Jude, un jeune orphelin, vit chez sa tante et travaille pour ne pas être considéré comme une bouche inutile à nourrir par sa parente. Lorsque son maître d'école quitte le village au début du roman, il lui fait promettre de ne jamais abandonner ses études et de toujours chercher à se cultiver. Jude fait cette promesse qui va orienter son destin. Dès lors, Jude n'a qu'une obsession: aller à Christminster, ville universitaire et pieuse, pour devenir quelqu'un : un homme cultivé, intelligent, affranchi de la terre et de la misère. Il n'aura de cesse de tendre vers cet objectif mais de nombreuses barrières se dresseront devant lui.

Ces obstacles seront extérieurs: la société telle qu'elle est au XIXe siècle ne permet pas à un petit jeune homme obscur de devenir un grand homme, ne donne ni temps ni forces à un travailleur manuel usé par ses journées de labeur pour s'instruire. De plus, cette société est est composée d'hommes et de femmes rongés par les préjugés, le fanatisme religieux, l'hypocrisie, nourris de scandales, de ragots et qui aiment plus que tout juger leur prochain. Les difficultés rencontrées par Jude seront également liées à sa propre personnalité: sa faiblesse pour l'alcool, sa sensualité qui le pousse dans les bras d'Arabella, sa passion pour Sue, ses propres préjugés et croyances religieuses joueront également contre lui et contre son idéal. Enfin, la pensée de Jude se trouvera confrontée à celle de Sue, sa cousine. Les idées de Jude en seront chamboulées: Jude est croyant, considère les cérémonies et lois religieuses comme sacrées. Sue, plus libre et indépendante que son cousin, est cultivée et possède un esprit critique aiguisé. Sans jamais le dire, ses faits et gestes montrent qu'elle ne croit pas en Dieu et elle rejette les institutions religieuses.

Jude l'obscur est une tragédie moderne : comme chez les Grecs, le "fatum", le destin se joue des personnages. Ils sont quatre: Jude, Sue sa cousine, Arabella une jeune paysanne et Richard un instituteur. Il seront désespérément liés, séparés et amenés à se rencontrer sans cesse au fil du roman. Ils subiront chacun leur tour les choix des autres personnages, le regard et les jugements de leurs contemporains et les nombreux pièges que la société du XIXe siècle tend à l'homme tout au long de sa vie pour le contraindre, le soumettre et anéantir sa liberté: le mariage et la religion. Sue et Jude, couple maudit, ont "cinquante ans d'avance sur leur monde". Influencé par Sue, Jude rejettera les lois sociales et religieuses auxquelles il se soumettait. Ils n'auront de cesse de chercher leur propre bonheur. Petits voiliers pris dans une tempête, ils se battront contre vents et marées pour vivre selon leur bon vouloir et selon leurs propres lois édictées contre celles imposées par la société.

Jude l'obscur a causé tant d'ennuis à Thomas Hardy qu'il n'a plus écrit un seul roman jusqu'à la fin de sa vie. Les thèmes et les propos tenus par les personnages sont résolument modernes. Le roman est une vive critique des lois et de l'institution du mariage. Le mariage n'est qu'une question d'hypocrisie: deux personnes ne peuvent pas ressentir exactement les mêmes sentiments tout au long de leur vie et lorsque ces sentiments sont contraints ils se délitent fatalement. Dieu et les hommes ne devraient pas forcer un couple à se marier.

Pour conclure, parce que si je ne m'arrête pas maintenant, cet avis sera beaucoup trop long, Jude l'obscur est un roman complexe et dense qui s'empare de nombreux sujets qui sont toujours d'actualité. Me mariant moi-même cette année, je n'ai pu rester insensible à toutes les réflexions des personnages concernant cette institution. Cette tragédie est souvent bouleversante même si elle connaît quelques longueurs. Jude l'obscur m'a moins touché que Tess d'Urberville, je dois bien l'admettre. L'écriture de Thomas Hardy est toujours aussi belle et la construction de ses intrigues et leurs rebondissements restent incroyables. Je reste sans voix devant l'audace et la modernité des idées et des critiques de Thomas Hardy qui a toujours des années d'avance pour certains esprits obscurs de 2016.


" Jude sortit, conscient plus que jamais de l'inutilité de son existence ; il s'étendit sur un tas de litière près de l'étable à cochons. Le brouillard était alors devenu plus léger et laissait deviner le soleil. L'enfant tira son chapeau de paille sur son visage et rêvassa, en regardant par les interstices cette clarté blanchâtre. Il voyait que l'âge apporte des responsabilités. Les événements ne s'enchaînaient pas comme il l'aurait pensé. La logique de la Nature était trop horrible pour qu'il s'en souciât. L'idée que ce qui était compassion envers certaines créatures devenait cruauté envers d'autres détruisait tout sentiment d'harmonie. Il s'apercevait qu'en grandissant on se sentait au centre de la vie et non sur un point de la circonférence comme lorsqu'on est petit : cela lui donnait le frisson. Tout autour de lui, il semblait y avoir des choses brillantes, éclatantes, assourdissantes ; ces lueurs et ces bruits frappaient cette petite cellule qui sécrète la vie, la secouaient et la brûlaient. "

Lu dans le cadre du challenge XIXe siècle chez Fanny et de A year in England chez Titine.

Fanny

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