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08/12/2015

La terre qui penche, Carole Martinez (MRL15)

 

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La terre qui penche débute par le récit d'une catastrophe naturelle qui a eu lieu au Moyen-âge. Le lit de la Loue s'est asséché et, alors que des hommes, des femmes et des enfants se trouvaient à l'intérieur pour venir admirer cette étrangeté, les eaux sont remontées et ont noyé ces humains. Une vieille âme raconte de cet événement tragique même si elle annonce que la petite fille qu'elle était est morte la veille. Le récit est raconté par deux voix: celle de la vieille âme et celle la petite fille morte qui n'a jamais vieilli et qui prend la parole pour raconter ce que la mémoire de la vieille âme a oublié au fil des siècles. Cette petite fille disparue à 12 ans en 1361 se nomme Blanche et elle est une fille légitime et mal aimée du seigneur Martin qui passe ses journées à faire la guerre et à courir après toutes les femmes. La voix de la vieille âme nous annonce dès le début du roman que la petite fille qui vit à ses côtés est morte à douze ans et, qu'ensemble, elles vont retracer sa courte existence et les événements qui l'ont amené jusqu'à sa disparition.

Dans tout le roman, Blanche cherche partout une image ou un souvenir de sa mère qu'elle n'a jamais connue et dont elle pourrait s'emparer. Blanche, petite et maigrelette, a survécu à la peste qui a ravagé le monde lorsqu'elle était enfant et qui a emporté sa mère. Elle vit avec ses frères et soeurs légitimes, avec ses soeurs bâtardes et passe ses journées à coudre en silence alors qu'elle rêve d'apprendre à lire et à écrire. Selon Martin, ces choses là ne s'apprennent pas aux jeunes filles, il ne faut pas faire entrer le diable dans son esprit. Blanche est gênante au château parce qu'elle parle dans son sommeil, révèle la haine qu'elle ressent pour son père, conteste l'éducation qui lui est donnée. Son destin sera alors tranché par son père et elle devra le suivre. Elle imagine alors le pire, son père la livrera-t-elle au diable ? La sacrifiera-t-elle pour que la peste ne sévisse plus jamais ?

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La Terre qui penche est un conte pour adulte, un poème lyrique et un roman initiatique. J'ai adoré la double narration qui mêle la voix et les souvenirs de l'enfant à ceux de la vieille âme. J'ai aimé l'intrigue dont les péripéties surprennent le lecteur et plus particulièrement à la fin. L'atmosphère du roman est très prenante et nous déambulons avec Blanche dans ces forêts inquiétantes, dans ce château médiéval posté sur une terre qui penche et nous sentons également l'eau de la Loue sur notre peau grâce à l'écriture sensuelle de Carole Martinez. Sous sa plume le monde est fascinant et mystérieux: une rivière devient une belle femme en colère et amoureuse, un cheval couleur terre se transforme en chemin sur lequel l'héroïne avance et un enfant idiot et fou s'imagine poisson. Son écriture poétique et incantatoire ensorcelle le lecteur qui est porté par les phrases et par les mots qu'il répète lentement et à haute voix pour mieux s'en imprégner. Ce roman est très original et je pense qu'il ne laisse pas indifférent. Pour ma part, je l'ai adoré. Je suis ravie d'avoir découvert cette auteur avec La terre qui penche.

Je remercie vivement Price Minister et les matchs de la rentrée littéraire (MRL15) pour ce très beau roman !

" A tes côtés, je m'émerveille.
Blottie dans mon ombre, tu partages ma couche.
Tu dors, ô mon enfance,
Et, pour l'éternité, dans la tombe, je veille.
Tout aurait dû crever quand tu as gagné ton trou, gamine,
Au lieu de quoi la vie a dominé, sans joie.
Seule la rivière a tenté quelque chose pour marquer ton départ, ma lumineuse."

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Fanny et Kheira .

Fanny

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24/11/2015

Sylphide fée des forêts, Philippe Lechermeier et Olivier Desvaux

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Chaque nuit James rêve d'une belle sylphide embaumant la forêt qui vient danser pour lui. Le jeune homme est sur le point de se marier avec la douce Effie, la plus belle jeune fille de la région. Tous les jeunes hommes l'envient mais James, lui, ne pense qu'à cette mystérieuse créature qui le hante.

Le jour du mariage, une vieille femme vivant dans les bois et ayant des dons de sorcellerie cherche refuge chez les futurs époux. James la rejette alors qu'Effie lui demande de lui prédire l'avenir. Madge la sorcière lui annonce que son futur époux ne l'aime pas et en aime follement une autre. James persuade Effie du contraire et le mariage a finalement lieu. Alors que les époux échangent leur alliance, la sylphide apparaît et vole la bague de la mariée. James se lance alors à sa poursuite dans les bois. En courant désespérement après l'incarnation de la jeune femme parfaite mais imaginaire, James prend le risque de perdre Effie et Magde, la sorcière qu'il a repoussée, est bien décidée à se venger ...

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Cet album est une réécriture du ballet La Sylphide crée en 1832 par Philippe Taglioni. Les peintures d'Olivier Desvaux, dominées par des couleurs lumineuses, sont magnifiques et nous invitent dans l'univers mystérieux et poétique de la Sylphide. J'ai particulièrement aimé la grâce et l'élégance des figures féminines que ce soient les fées mais aussi la mariée. Elles nous rappellent toutes de délicates danseuses classiques. Les textes de Philippe Lechermeier sont poétiques et raffinés à l'image de la délicate Sylphide.

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Cette réécriture est un délice pour les petits relativement grands (les tout petits risquent de ne pas être sensibles à l'intrigue matrimoniale) et pour les adultes.

Je remercie vivement Babelio et les éditions Gautier Languereau pour cet album féerique.

Fanny

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19/10/2015

Hiver, Christopher Nicholson

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Après avoir lu et adoré Loin de la foule déchaînée et Une femme d'imagination et autres contes, je me suis précipitée sur Hiver lorsque Babelio et La Table ronde ont proposé de le recevoir lors de la dernière masse critique. Je les remercie vivement pour cette belle découverte.

Comme un invité de marque, Christopher Nicholson guide le lecteur dès la première page sur le chemin de terre qui mène au cottage des Hardy et nous montre du doigt le vieux monsieur qui descend l'allée de son jardin jusqu'à son portail blanc accompagné de son fidèle Wessex. La vie quotidienne du grand auteur célébré par toute l'Angleterre est strictement organisée: tous les matins, Thomas Hardy promène son chien dans le jardin et malgré ses quatre-vingt-quatre ans il passe le reste de la journée dans son bureau à écrire pendant que Florence, sa seconde épouse de quarante-cinq ans, écrit sa biographie ou répond à son courrier. Même si sa feuille reste vierge, l'auteur n'envisage pas de quitter son bureau sur lequel il s'imagine mourir d'ici peu. Ces journées improductives sont alors pour lui l'occasion de se replonger dans son passée, de se remémorer des souvenirs heureux ou malheureux avec sa première épouse ou simplement de penser à la première adaptation de Tess d'Uberville qui se prépare.

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Après avoir défendu bec et ongles son roman préféré, Thomas Hardy a finalement accepté qu'il soit adapté au théâtre. Comme un dernier sursaut avant la mort, il est tombé sous le charme de la jeune femme de vingt-cinq qui joue Tess: Gertrude Bugler. Et comme le hasard se mêle de tout, il se trouve que Gerturde est la fille de cette mystérieuse et belle paysanne qu'Hardy rencontra un jour de promenade et dont il s'inspira pour créer son personnage. Florence est aux aguets et tente de refréner les élans amoureux et tardifs de son mari. Mais Florence doit également mener d'autres combats : elle est hantée par la première épouse de son mari qui a laissé sur la maison une trace indélébile, elle se sent prisonnière de cette maison froide et sombre à cause des arbres dont elle ne supporte plus l'ombre et qui ne cessent de croître et elle souffre de l'indifférence de son mari.

Elle se trouve reléguée au sombre rôle de secrétaire alors qu'elle a tout sacrifié pour lui et que désormais il n'a plus d'yeux que pour une jeune femme qui joue faux selon Florence et qui n'est pas aussi belle qu'on veut bien le dire.

Hiver n'est ni une biographie distanciée ni une biographie romancée. Hiver est plutôt une sorte de promenade que nous faisons dans le Dorset en tenant le bras de Thomas Hardy d'un côté et de l'autre celui de Florence Hardy.

Nicholson donne la voix à chaque personnage et le narrateur change d'un chapitre à l'autre: les événements sont décrits par Hardy, Florence et Gertrude. Gertrude, le dernier amour oublié de la biographie sur Thomas écrite par Florence, a enfin son mot à dire. Ce changement de narrateur nous laisse percevoir tous les sentiments que les personnages n'osent pas exprimer et permettent au lecteur d'approcher la résignation du grand auteur qui sent sa fin venir ou d'imaginer le désespoir et les regrets de Florence.

Le lecteur est immergé dans l'intimité du couple et assiste au lent et douloureux effondrement du couple et de l'auteur. Je trouve que la psychologie des personnages est parfaitement campée, à tel point que le lecteur a l'impression d'être oppressé comme Florence lorsqu'elle devient narratrice. J'étais parfois mal à l'aise parce que j'avais l'impression d'être dans une position de voyeurisme vis-à-vis de cette femme encore jeune mais qui donne l'impression d'être si vieille et de ce vieux monsieur dont les élans ne sont plus de son âge. Certaines pages sur le temps, sur la dissolution du couple, sur le vieillissement, sur la gloire et sur la mort sont magnifiques, nous touchent droit au coeur et apportent à l'oeuvre une tonalité mélancolique.

"Il avait passé sa vie professionnelle à fréquenter les morts, les ressuscitant sous diverses apparences imaginaires: il ne parvenait pourtant pas, quand on l'y acculait, à croire à l'existence d'une vie après la mort, à tout le moins au sens d'une vie après la mort qui serait une prolongation de l'existence terrestre. Il y avait trop d'arguments contre, en dépit de tout le mal que s'étaient donné les spirites. Mais l'idée d'un sursis, d'un retrait progressif plutôt que soudain parmi les ombres, lui plaisait encore. "

Les descriptions de la nature et de l'Angleterre du début du Xxe siècle sont très bien rendues. Nous avons l'impression d'être au coin du feu, dans un fauteuil près de celui de Thomas Hardy en buvant un thé en compagnie de James Matthew Barrie alors que le vent souffle en rafales à l'extérieur.

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Hiver ne se lit pas d'une traite mais il se lit au coin d'un feu, sous un plaid et dans un silence absolu pour que les mots résonnent plus longtemps en nous. Vous l'aurez compris, l'écriture de Christopher Nicholson et Hiver m'ont séduite. 

Fanny

 

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Lu dans le cadre A year in England  

08/07/2015

Kouri, Dorothée Werner

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En février 1950, une rescapée d'un camp de la mort traverse la France et l'Allemagne en train pour aller témoigner au procès de deux anciennes gardiennes du camp.

Cette femme, surnommée Kouri par les résistants, est Germaine Tillion. Ce voyage sera l'occasion pour Kouri de replonger dans son passé et de se confronter à ses souvenirs du Monde Noir qu'elle ne parvient pas à regarder en face. Ce grand plongeon dans ces malheurs passés qui la poursuivront jusqu'à la fin de sa vie sont nécessaires puisqu'ils lui permettront de faire un choix. Les deux anciennes gardiennes du camp sont jugées pour avoir tranché la tête de prisonnières de camp. Kouri les croit innocentes de ces actes barbares en particulier mais elle sait également qu'elles en ont commis bien d'autres. Alors que faire ? Témoigner contre ces deux femmes qui ont recommencé leur petite vie tranquillement après la guerre, comme si de rien n'était? Les faire condamner pour un crime qu'elles n'ont pas commis et venger enfin, leurs victimes de toutes les autres horreurs qu'elles ont commises dans le camp? Ou alors défendre coûte que coûte la vérité quitte à ce que ces deux monstres soient relâchés? Opter pour la vérité n'est-ce pas trahir tous ces morts ? Mentir n'est-ce pas trahir ce pour quoi ces femmes ont cherché à survivre dans cet Enfer, c'est-à-dire trahir ce besoin de crier haut et fort la vérité et de dénoncer le sort qu'elles ont subi ?

Kouri sait que son témoignage pourrait faire basculer le verdict. Le lecteur plonge dans son esprit qui tente de résoudre ce dilemme en se remémorant certains épisodes de sa vie en Afrique lorsqu'elle était ethnologue, puis ces terribles moments dans les camps avec sa mère et enfin la libération et le retour à une vie dite normale mais qui ne le sera plus jamais. Kouri revoit ses chers disparus; son père décédé lorsqu'elle était enfant, sa nourrice, sa mère et ses amies mortes dans les camps mais aussi l'homme qui l'a trahie ou les bourreaux du Monde Noir.

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Ce roman est un long monologue qui s'inspire de faits réels mais qui n'est pas une biographie de Germaine Tillion. J'ai trouvé qu'il était plutôt difficile de débuter le roman. La forme peut surprendre puisqu'il ne se passe presque rien dans ce roman: les pensées vont et viennent et le lecteur les suit uniquement. Je crois que j'ai également mis du temps à accrocher à ce roman pour une cause qui lui est extérieure: j'avais envie de découvrir un peu plus la vie de Germaine Tillion récemment inhumée au Panthéon mais en ce début de vacances cette lecture était grave et peu légère. Le style de Dorothée Werner est très beau. Une fois que l'on s'est plongé dans le début du roman, la suite se lit avec beaucoup de plaisir. Enfin, l'auteur pose des questions primordiales et qu'il est important d'avoir à l'esprit tout au long de notre vie sur le courage face à des événements extraordinaires, la justice et le plus souvent l'échec de la justice face à la barbarie, l'insoumission, la lâcheté, l'honneur, la fidélité à soi même et aux siens et le devoir de vérité et de mémoire.

Je remercie Babelio et les éditions JC Lattès pour cette lecture enrichissante ! 

Fanny

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22/04/2015

Un pommier dans le ventre, Simon Boulerice et Gérard DuBois

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Cet album semble tout droit sorti d'un autre temps. On l'imagine aisément entre les mains de fillettes ou de garçonnets l'ayant obtenu comme prix scolaire en fin d'année aux temps où les élèves écrivaient encore avec des plumes.

Raphael, le narrateur, est un jeune garçon qui a l'habitude de manger les pommes en entier en ne laissant que la queue. Un camarade d'école, Rémi Smith, lui révèle que s'il mange les pépins des pommes, un pommier va pousser dans son ventre. Notre narrateur fait le calcul et panique lorsqu'il comprend que des dizaines et dizaines de pommiers sont en train de pousser dans son ventre. Rémi lui apprend que ces pépins deviendront de beaux pommiers grâce à l'eau et au soleil qui entre dans la bouche du narrateur lorsqu'il parle. Pris d'effroi, Raphael n'ose plus boire ou parler. Il a alors l'impression que des pommes poussent dans son ventre et déforment sa peau...

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Ce livre a tout pour plaire aux plus jeunes et il touchera également l'enfant qui survit dans l'esprit de chaque adulte. L'histoire de Simon Boulerice est amusante et parlera aux enfants qui possèdent tous leurs propres peurs et angoisses. Elle leur permettra de comprendre que la plupart du temps leur imagination les trompe.

Les illustrations de Gérard DuBois sont très originales et ont un charme fou. Elles nous plongent dans une ambiance rétro. Le lecteur adulte revit les récréations où ses camarades de classe lui apprenaient parfois de cruelles vérités concernant le père noël et autres mais aussi des bêtises colportées dans toute la cour et crues sans l'ombre d'un doute. Heureusement, l'insouciance l'emporte et Raphael fait un joli pied de nez à sa terreur.

Merci à Babelio et aux éditions Grasset Jeunesse pour cet album tendre et mignon !

Fanny

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19/04/2015

Le cercle des plumes assassines, JJ Murphy

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Présentation de la maison d'édition:

 Critique, nouvelliste, poète, et plus tard scénariste, Dorothy Parker fut l’un des piliers de la célèbre Table Ronde de l’hôtel Algonquin, où déjeunaient ensemble les esprits les plus caustiques de New York. Dans ce roman qui nous fait revivre les années 20, elle se retrouve malgré elle au centre d’une enquête criminelle. Un matin, elle découvre, sous la table habituelle du cercle d’amis, un inconnu poignardé en plein cœur. Pour compliquer l’affaire, un jeune outsider, venu du Sud, un certain William (« Billy ») Faulkner, qui rêve de devenir écrivain, apporte un témoignage troublant. Il prétend avoir eu un furtif aperçu du tueur… Bientôt il sera traqué aussi bien par la police que par les malfrats les plus redoutables de la ville.

Dans un rythme endiablé, ce roman qui allie suspense et humour nous plonge dans l’ambiance de Manhattan à l’époque de la Prohibition. On y croise gangsters notoires, stars de cinéma, légendes littéraires, des personnes réelles côtoyant des êtres de fiction. Jeux de mots, propos acidulés, insultes à peine voilées : les répliques fusent comme des tirs de mitraillette, le tout dans une joyeuse anarchie.

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 Comme chaque jour à 13h, Dorothy Parker entre dans le restaurant de l'hôtel de l'Algonquin pour manger avec ses amis et confrères journalistes et auteurs mais surtout pour partager les derniers ragots et rivaliser de bons mots et de piques assassines. Alors que Dorothy Parker s'installe à la Table Ronde, elle découvre deux jambes dépassant de dessous la table. Elle pense alors que ses amis, portés sur la bouteille, sont déjà ivres. Elle se trompe amèrement, l'homme n'est pas ivre mais mort. Commence alors pour Dorothy et ses amis auteurs, journalistes et critiques qui se surnomment eux-mêmes le cercle vicieux une enquête pour retrouver l'assassin de leur confrère Mayflower tué avec un stylo-plume.

Le cercle vicieux est directement montré du doigt par la police et par les journaux à scandales puisque Mayflower a été retrouvé sous la Table Ronde qui est uniquement réservée à Dorothy Parker et à ses amis. Notre héroïne rencontre alors un jeune sudiste, William Faulkner, venu à New York pour devenir écrivain qui affirme avoir vu le tueur dans le hall de l'hôtel juste avant la découverte du cadavre. Dorothy est touchée par ce jeune homme qu'elle prend sous son aile et qu'elle présente au cercle vicieux. Suite à ces déclarations, Dorothy, son ami le plus proche Benchley et Faulkner sont poursuivis et menacés par un tueur en série qui veut les réduire au silence...

Dorothy Parker et ses amis vont se retrouver dans des situations improbables décrites avec beaucoup d'humour par JJ Murphy. Ils rencontreront des gangsters, traqueront un assassin, se cacheront sous des lits pour trouver des preuves dans l'appartement de la victime, risqueront d'être arrêtés parce qu'ils se moquent allègrement des inspecteurs de police et iront boire pour oublier toutes ces péripéties.

Avec beaucoup de talent, JJ Murphy plonge le lecteur dans le New York de la Prohibition et des années folles. Le lecteur est entraîné dans tout New York: il pénètre dans une imprimerie, dans un troquet malfamé ou encore dans des soirées littéraires où les invités vont se servir du punch caché dans la baignoire. A cette époque, William Faulkner cherche sa voix et Dorothy Parker est davantage connue pour ses répliques acidulées que pour sa poésie. A ma grande honte je ne connaissais pas Dorothy Parker, c'est une faute corrigée grâce à JJ Murphy. J'espère la lire très prochainement.

J'ai aimé suivre ces personnages, fictifs ou réels, qui ne manquent pas de mordant. Le cercle des plumes assassines est très original, atypique et totalement farfelu. L'intrigue policière est parfois oubliée au profit de l'humour et de scènes décalées et loufoques. Elle en devient même secondaire. J'ai franchement ri en découvrant certaines situations dans lesquelles se trouvent les personnages ou leurs jeux de mots et répliques piquantes rendus avec beaucoup d'intelligence par la traductrice Hélène Collon. On est presque parfois jaloux de la vivacité d'esprit et de l'humour corrosif de Dorothy. Le cercle des plumes assassines est le premier tome d'une série de romans policiers.

Comme vous l'aurez compris, j'ai énormément apprécié cette lecture et ce roman est un régal à lire.  

" Dorothy Parker observa les jambes immobiles qui dépassaient de la nappe, sous la Table Ronde de l'Algonquin.

Ça m'apprendra à arriver en avance, songea-t-elle.

D'habitude, elle n'arrivait jamais en avance nulle part. Souvent elle était même la dernière. Mais ce jour-là, malgré toute sa bonne volonté, quelqu'un l'avait précédée.

- Eh bien, on roule déjà sous la table alors qu'on n'a même pas déjeuné? Lança-t-elle en s'adressant aux deux jambes. Même moi, j'attends midi passé pour tomber si bas."

 

" Le téléphone sonna. Elle décrocha machinalement. C'était encore Mickey Finn.

- Raccrochez-moi au nez une fois de plus et vous serez la prochaine sainte à entrer au paradis.

- Au paradis, moi? Vous vous êtes trompé de numéro."

 

Je remercie infiniment Madame Liebow et les éditions Baker Street pour cette lecture mordante !

Fanny                                                                                             40eedf0fdabe3928abf88e5170f09aa7_400x400.jpeg

 

 

23/03/2015

L'Art d'écouter les battements de coeur, Jan-Philipp Sendker

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Le père de Julia, Tin Win, a disparu depuis quatre ans. Un jour, il a pris un avion pour une prétendue réunion à Boston et il n'est jamais revenu. Partagée entre la colère, l'incompréhension et la tristesse, Julia découvre un carton contenant les documents de son père et une lettre d'amour adressée à une mystérieuse Mi Mi vivant en Birmanie. Elle décide alors de partir à la recherche de son père en Birmanie, son pays natal. Sur place, elle va rencontrer un homme énigmatique, U Ba, qui semble en savoir bien plus sur son père qu'elle même. Le voyage de Julia va la conduire à la découverte de la Birmanie, de sa culture et de ses croyances mais surtout à la découverte du passé de son père dont elle ne sait rien. U Ba lui raconte alors l'histoire d'un enfant maudit par les étoiles, abandonné par ses parents, capable d'entendre les battements des coeurs et follement amoureux d'une jeune fille de son village. Petit à petit, Julia va retrouver les traits de son père dans ceux de cet enfant.

L'Art d'écouter les battements de coeur est un conte moderne. Les prémonitions et les étoiles guident les Birmans et cette culture laisse une large place au surnaturel et à l'extraordinaire. J'ai aimé la narration enchâssée : U Ba raconte à Julia le passé de son père qu'elle nous rapporte à son tour. J'ai aimé l'aspect merveilleux de certains extraits et l’immersion dans la culture birmane qui nous offre un regard différent sur la vie, l'amour et la mort. Cependant, je crois que l'aspect merveilleux du conte m'a empêchée de m'attacher véritablement aux personnages. La fin du roman est vraiment très surprenante.

J'avais lu d'excellentes critiques avant de participer à la masse critique de Babelio. J'ai été déçue de ne pas plus aimé le roman et de ne pas plus être touchée par la quête de Julia et par l'histoire de son père. Pour sa défense, j'ai lu L'Art d'écouter les battements de coeur juste après mon grand coup de coeur pour La Promesse. C'est toujours bien difficile pour un roman qui suit un coup de coeur...

Pour conclure, L'Art d'écouter les battements de coeur est un conte moderne empreint d'orientalisme agréable à lire mais pas inoubliable.

Je remercie vivement Babelio et la maison d'édition Le Livre de Poche !

 

Fanny

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